Infogrames triple ses pertes et négocie avec ses créanciers

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L'éditeur de jeux vidéo est plombé par sa filiale américaine Atari, qui a annoncé hier soir n'être pas certaine de pouvoir poursuivre ses opérations. Le groupe multiplie par trois les pertes déjà annoncées pour le troisième trimestre de son exercice et étudie restructurations et cessions. Le titre s'effondre.

C'est beaucoup trop vite que l'on s'était réjoui, en novembre dernier, du redressement affiché par Infogrames, qui avait publié un perte nette au titre de son premier semestre divisée par trois sur un an, à 10,1 millions d'euros. Car ce matin, l'éditeur de jeux vidéo revoit en hausse ce chiffre et le porte à la coquette somme de 31 millions d'euros. En cause: les déboires de sa filiale américaine Atari, qui a annoncé hier soir avoir des "doutes substantiels" sur sa capacité à poursuivre ses opérations en l'état...

Infogrames, le numéro un européen du jeu vidéo, s'enfonce donc dans la crise. Jeudi soir, à New York, sa filiale à 51% Atari a publié de très mauvaises nouvelles. L'éditeur américain a en effet annoncé une perte nette de 4,8 millions de dollars (4 millions d'euros) au titre du dernier trimestre 2005. C'est la première fois depuis plus de trois ans que le groupe termine dans le rouge la période cruciale des fêtes de fin d'année. Un an plus tôt, Atari avait enregistré un bénéfice net de 19,6 millions de dollars sur la période.

Directement affecté par la transition en cours entre deux générations de consoles de jeux, Atari a vu son chiffre d'affaires fondre au trimestre dernier, chutant en un an de 156,4 à 100,8 millions de dollars. Des chiffres qui ont pris les analystes totalement de cours: ils anticipaient un chiffre d'affaires de 146,8 millions de dollars, selon Reuters. "Le marché est fortement chahuté et va continuer à l'être en 2006", a expliqué ce matin Bruno Bonnel, lors d'une conférence téléphonique. "Tout d'abord, le marché n'est pas bon. En outre, les prix de vente des jeux ont reculé aux Etats-Unis. Et puis, enfin, la licence Matrix n'a pas marché aussi bien que prévu".

"Sérieuse restructuration"

Du coup, le groupe américain a lancé un sérieux avertissement: il n'est pas certain que ses banques continuent à le financer et dans ces conditions, il existe "des doutes substantiels quant à la capacité de la compagnie de poursuivre ses opérations en l'état". Dans la foulée, Atari a annoncé qu'il envisageait une "sérieuse restructuration" de ses activités, des cessions de licences et la vente ou la fermeture de studios de production.

Reste que ces annonces ont fait l'effet d'une bombe. L'action Atari, qui avait clôturé jeudi à New York à 88 cents, s'est effondrée dans les transactions après-Bourse, chutant jusqu'à 50 cents, avant de remonter vers les 60 cents.

Ce matin, la maison mère d'Atari a donc dû tirer les conséquences du désastre américain. Infogrames a annoncé une profonde révision de ses comptes pour le trimestre à fin septembre. Compte-tenu de "la faiblesse du marché constatée au 3ème trimestre de l'exercice 2005/2006 et des faibles performances du Groupe aux Etats-Unis au cours de la même période", Infogrames a décidé de réaliser un "test de dépréciation sur l'évaluation des actifs incorporels du Groupe (goodwills principalement)". Ce qui se traduit par une perte de valeur de 21 millions d'euros. Du coup, le résultat net trimestriel part du groupe plonge à 31,1 millions d'euros, au lieu des 10,1 millions de perte initialement annoncés.

Externaliser l'édition

Confronté à cette détérioration de sa situation financière, Infogrames doit rembourser différents emprunts bancaires (à hauteur de 23 millions d'euros) et obligataires (13,4 millions d'euros). Le groupe a donc annoncé ce matin avoir lancé différentes actions. Il va négocier avec les banques de façon à "obtenir le report ou le refinancement des concours à moyen terme et le maintien des crédits de campagne court terme ou de concours par signature". Des négociations seront ouvertes afin de "refinancer une partie de la dette obligataire 2006-2008 arrivant à maturité en mars 2006". En parallèle, Infogrames étudie "la mise en vente de certains actifs". Il veut accroître la flexibilité en cédant des studios internes. "Aujourd'hui, 50% de l'édition provient de studios externes, et 50% est réalisée en interne. Nous voulons accroître la part de l'externe", a indiqué Bruno Bonnel. Le groupe possède cinq studios aux Etats-Unis, en Australie et à Lyon. Infogrames envisage aussi de céder des licences de jeux. Il n'a pas indiqué lesquelles mais assure qu'il n'y aura "pas de tabou". Enfin, Atari Inc. fera l'objet d'une restructuration.

Et la situation d'Infogrames est d'autant plus sérieuse que le groupe souffre également d'un très mauvais dernier trimestre 2005. Sur la période, son chiffre d'affaires a chuté de 21%, à 170,8 millions d'euros.

A la Bourse de Paris, ces annonces sont accueillies avec consternation. L'action Infogrames, initialement réservée à la baisse, s'effondre de plus de 27%, à 0,86 euro, en fin d'après-midi.

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