EADS salue l'entrée de la Russie dans son capital

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Selon Thomas Enders, co-président du groupe européen d'aéronautique et de défense, l'entrée de capitaux russes dans le capital du groupe revêt "une importance stratégique" pour EADS. Après une première réaction très méfiante, les Européens veulent désormais faire meilleure figure à leurs interlocuteurs à Moscou.

C'est un changement de ton marqué: le co-président exécutif du groupe européen d'aéronautique et de défense EADS Thomas Enders se félicite ce matin de l'entrée de la Russie dans le capital de son groupe. Dans une interview publiée par le quotidien allemand Die Welt, il affirme en effet que "l'entrée de la banque publique russe Vnechtorgbank dans EADS souligne l'intérêt important des investisseurs russes pour EADS" et qu'il y voit une dimension "stratégique" pour EADS. La banque russe a pris fin août 5,02% du capital d'EADS et des rumeurs non confirmées ont fait état depuis d'un renforcement de sa participation.

Cette initiative unilatérale a été fraîchement reçue en Europe, où elle a été perçue comme téléguidée par le Kremlin. D'autant que peu après l'annonce de cette prise de participation, un conseiller de Vladimir Poutine a affirmé que la Russie pourrait viser "une minorité de blocage" dans EADS. Et à Moscou, on a évoqué également la possibilité d'une entrée dans le conseil d'administration du groupe.

De telles hypothèses ont fait monter au créneau différentes personnalités européennes. Le ministre allemand des Affaires étrangères a affirmé qu'il n'était pas question que les Russes "s'emparent du groupe" et qu'il faudrait veiller à ce qu'ils demeurent "des actionnaires minoritaires". Quant à Arnaud Lagardère, l'un des principaux actionnaires d'EADS, il a affirmé pour sa part ne "pas être convaincu" par l'hypothèse d'une entrée significative de la Russie dans EADS. Et tous les responsables concernés ont souligné que le pacte d'actionnaires actuellement en place, qui organise la coopération entre les actionnaires français et allemands du groupe, ne permettrait de toutes façons pas à un actionnaire extérieur de s'imposer dans la gouvernance d'EADS.

Depuis, la tonalité générale s'est apaisée. Rencontrant fin septembre Jacques Chirac et la chancelière allemande Angela Merkel, Vladimir Poutine a voulu faire retomber les tensions, affirmant notamment que l'initiative de la banque publique russe Vnechtorgbank n'était qu'une opération financière naturelle, compte-tenu de la baisse du titre EADS en Bourse. Et le président russe d'ajouter que Moscou n'a "pas l'intention de changer ou d'influencer la politique" d'EADS, même si une place au conseil d'administration serait la bienvenue. Vladimir Poutine a aussi annoncé la création d'un groupe de travail franco-germano-russe sur cette participation.

Aujourd'hui, c'est donc la dimension industrielle des relations entre EADS et la Russie qui est mise en avant. Thomas Enders affirme ainsi dans son interview que "le travail en commun avec l'industrie aéronautique russe revêt une signification stratégique pour nous", car "la Russie est non seulement un marché important, mais dispose aussi d'une expérience multiple dans le développement et la construction d'avions". Le co-président d'EADS souligne que le travail avec la Russie est passé ces dernières années de coopérations ponctuelles à un partenariat stratégique.

De fait, EADS pourrait devenir le principal partenaire étranger du géant aéronautique public russe Russian United Aircraft Corporation créé en février dernier pour rassembler les différents constructeurs d'avions russes. Dans ce cadre, EADS a déjà acquis en décembre 2005 une participation de 10% dans le constructeur russe d'avions de combat, Irkout.

Lundi, le titre EADS cède 1,61% à 20,74 euros en fin de séance à la Bourse de Paris.

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