L'opposition des créanciers pourrait contrarier le sauvetage d'Eurotunnel

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Le plan de restructuration de la dette de l'exploitant du tunnel sous la Manche sera soumis au vote de ses créanciers le 27 novembre prochain. S'il est rejeté, Eurotunnel sera placé en redressement judiciaire et menacé de liquidation.

Pour sortir du gouffre et faire valider son plan de sauvetage lors du vote qui se tiendra le 27 novembre prochain, Eurotunnel aura besoin du feu vert de deux tiers de ses créanciers, s'ils représentent au moins la moitié de sa dette. "Notre problème, c'est que nos résultats progressent si rapidement que nos créanciers veulent plus que ce qui est proposé dans le plan", a averti aujourd'hui Jacques Gounon, le patron d'Eurotunnel, lors d'une conférence de presse. Il a indiqué qu'à sa connaissance, le fonds d'investissement Oaktree Management avait fait part de ses réticences sur le dernier plan de restructuration financière présenté par le groupe.

Cette institution américaine représente moins de 5% des droits de vote du comité des créanciers, mais pourrait toutefois compromettre l'avenir du groupe, estime Jacques Gounon. "Sous la procédure de sauvegarde, il n'y a pas de renégociations comme dans le cadre du Chapitre 11 aux Etats-Unis. Si des investisseurs anglo-saxons pensent que la loi française est la même qu'aux Etats-Unis, ils ont tort", a-t-il prévenu. Sans leur accord, la société serait alors placée en redressement judiciaire, ce qui dans la grande majorité des cas se solde par une liquidation.

Fin octobre, le conseil d'administration de l'exploitant du tunnel sous la Manche avait dévoilé aux créanciers et aux actionnaires un plan prévoyant une réduction de sa dette de 54%, la ramenant à 2,84 milliards de livres soit 4,7 milliards d'euros. En cas de vote favorable le 27 novembre, la proposition deviendra un projet qui sera soumis aux administrateurs judiciaires (Eurotunnel s'est placé depuis la mi-juillet en procédure de sauvegarde, la nouvelle disposition judiciaire qui se substitue au dépôt de bilan en gelant le remboursement des dettes) et au tribunal de commerce de Paris. Ce dernier étudiera le dossier avant Noël et s'il l'avalise le transformera en plan de sauvegarde début 2007.

Outre l'aval des créanciers, il faudra également qu'Eurotunnel puisse convaincre une grande majorité d'actionnaires de répondre favorablement à l'offre publique d'échange (OPE) qui est prévue au premier semestre 2007 afin de créer une nouvelle entité baptisée Groupe Eurotunnel. C'est cette nouvelle société qui portera la dette.


Eurotunnel pourrait faire circuler les premiers trains de sa filiale de fret en 2007
L'exploitant du tunnel sous la Manche souhaiterait commencer à mettre en circulation des trains de fret de sa filiale Europorte 2 en 2007. S'adressant à quelques journalistes en marge d'un voyage consacré à la visite du tunnel sous la Manche, le directeur des opérations du groupe, Jean-Pierre Trotignon a déclaré que "l'idée serait qu'un train circule dès l'an prochain". Créée en 2003, Europorte est titulaire d'une licence d'opérateur ferroviaire fret renouvelée en février dernier, mais aucun train ne circule actuellement. Les trains qui pourraient commencer à rouler en 2007 emprunteraient le tunnel et feraient du fret "de proximité", par opposition aux liaisons longues distances un temps envisagées dans le cadre d'Europorte. La France a officiellement ouvert en 2003 ses lignes internationales de fret à la concurrence, en application d'une directive européenne. Les lignes nationales sont quant à elles ouvertes à la concurrence depuis mars 2006.


Eurotunnel signe un accord avec le transporteur routier néerlandais Nedexco
Malgré le plan de restructuration de sa dette qui nécessite encore l'approbation de ses créanciers avant la fin de l'année, Eurotunnel s'engage à assurer 300.000 traversées de la Manche entre 2007 et 2011, pour le compte du transporteur routier néerlandais Nedexco. "Nous avons signé, parce que nous pensons que dans cinq ans nous serons encore là", a déclaré aujourd'hui en conférence de presse Jacques Gounon, le patron d'Eurotunnel. Le montant du contrat n'a pas été révélé, mais une traversée est généralement facturée entre 200 et 1.100 euros. Le montant du contrat pourrait donc s'élever à plusieurs millions d'euros. Sur les 793 millions d'euros de chiffre d'affaires d'Eurotunnel en 2005, 60% provenaient des navettes, dont 60% du fret.

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