Art déco, la sculpture chryséléphantine

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Ces statuettes en ivoire ont leurs amateurs. Prêts à payer des prix de plus en plus élevés.

C'était le cadeau de mariage des années 1925: la figurine d'ivoire et de bronze représentant, généralement, une danseuse trônait alors sur les cheminées Art déco. Les spécialistes appellent cela de la sculpture chryséléphantine. Des oeuvres qui peuvent atteindre des prix fous.

La technique est très ancienne (les Egyptiens l'utilisaient déjà), mais elle a été revue à l'aune de celle du début du XXème siècle. Combinant l'ivoire, surtout de morse, au bronze, au vermeil voire à l'or, les sculpteurs ont multiplié les modèles à foison. Si en France, la distribution était alors le fait des marchands de meubles car ces objets étaient considérés comme des accessoires, dans les pays anglo-saxons et au Japon, ces sculptures étaient d'emblée vendues en galeries d'art.

Leurs fournisseurs n'étaient pas les artistes qui se contentaient de vendre leurs droits de reproduction, mais les fondeurs: on ne sait pas exactement à combien d'exemplaires chaque figurine était éditée, parfois à quelques unités, souvent à des centaines. D'où des prix aujourd'hui très fluctuants.

En matière de sculpture chryséléphantine, la référence artistique est l'oeuvre, prolifique, du roumain Demeter Chiparus dont le coup de main est particulièrement reconnaissable. Après quelques dessins, l'artiste réalisait une "plastiline", un matériau ductile comme l'argile qui prend sa forme définitive en durcissant. Le fondeur assemblait le travail d'ivoire et la patine de métal, puis le tout était peint à froid. Enfin, un socle, en marbre ou en onyx, lui aussi parfois dessiné par l'artiste, complétait la statuette. Souvent, le sculpteur apposait sa signature, mais aujourd'hui, une pièce non signée peut avoir la même valeur si elle s'avère authentique.

Savoir - La valeur de la sculpture chryséléphantine est fonction de plusieurs critères: la rareté, même si l'on ignore le nombre de pièces éditées, la qualité artistique de l'exécution, la renommée du fondeur, sa taille (les pièces de 25 cm étaient destinées au salon, celles de 40 cm aux guéridons, celles de 75 cm aux cheminées), son état (une fêlure fait perdre jusqu'à 60% de sa valeur).. Mais ce qui importe le plus, est le modèle représenté, car les artistes, Chiparus en tête, trouvaient leur inspiration... dans les journaux "people" d'alors. Ainsi, "Le Tango" représente Rudolf Valentino ou "Civa 1926" la danseuse Gipsy Rhouma.

Attention - Les faux pullulent, d'autant que de nombreuses rééditions ont été réalisées "à la sauvette" dans les années 1970/80, pas toujours annoncées comme telles. De même, une oeuvre a pu être signée après la mort de l'artiste. Les spécialistes s'attardent sur les détails de la sculpture, les mains notamment, pour déterminer sa véracité. En cas de doute, il faut faire appel à un expert.

Acheter - Comme pour tout ce qui concerne l'Art déco, les prix s'envolent. Le record a été battu le 14 décembre dernier chez Sotheby's Paris avec un "Civa" de Chiparus adjugé 381.600 euros à un acquéreur russe. Pour une oeuvre moins sophistiquée de ce sculpteur, il faut tout de même compter entre 20 et 50.000 euros.

Pour 4 à 12.000 euros ont trouve les chryséléphantines de Claire Colinet, Ferdinand Preiss ou Maurice Guiraud-Rivière, pour 2 à 5.000 euros celles de Louis Chalon, Marie Louise Simard, Marcel Bouraine, Léon Alloit, Affortunato Gory ou Louis Sosson.

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