Jean-Marie Bockel, un "blairiste" à la Coopération et la francophonie

Le sénateur-maire de Mulhouse ne cachait plus ses divergences avec le PS dont il était membre depuis les années 1970. Il travaillera avec Bernard Kouchner au Quai d'Orsay.

Cela faisait longtemps qu'il ne cachait plus ses divergences avec le Parti socialiste. Mais, en bon colonel de réserve qu'il est, il avait jusqu'alors fait preuve de discipline vis-à-vis de son parti, apportant même un soutien - du bout des lèvres, certes - à la candidate Ségolène Royal à la présidentielle. Ce mardi, Jean-Marie Bockel a franchi le Rubicon en devenant secrétaire d'Etat à la Coopération et la Francophonie.

Une nomination qui a fait s'étrangler d'indignation les ténors du PS. Pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS sortant de l'Assemblée nationale, "la réaction spontanée des députés socialistes est une réaction d'indignation, je dirai même d'écoeurement, eux qui se sont tant battus entre les deux tours pour aller convaincre les électeurs qu'on avait besoin d'un parlement équilibré (...) Alors, ça ne peut que nous indigner mais ça ne nous démoralise pas, parce que nous avons reçu un mandat des Français et des Françaises".

Jean-Marie Bockel, sénateur-maire de Mulhouse, qui se revendique ouvertement du "blairisme", a expliqué avoir tenté sans succès de moderniser le PS. "Je suis à la minute où je vous parle toujours membre du Parti socialiste auquel j'ai adhéré il y a trente-quatre ans. Je ne sais pas si j'en serai encore membre ce soir, ça dépend du Parti qui, je crois, dans ces cas-là, procède à l'exclusion", a-t-il déclaré sur RTL. Comme en réponse, le Premier secrétaire du parti socialiste, François Hollande, a déclaré à l'AFP que Jean-Marie Bockel "s'est mis de fait hors du PS".

"Cela fait dix ans que j'oeuvre, que je milite sans grand succès pour la modernisation du PS, pour y prôner en tout cas des idées davantage sociales-libérales, blairistes, des idées qui peut-être nous auraient permis d'ailleurs de gagner la présidentielle si on avait su davantage les défendre", a encore expliqué l'élu alsacien sur RTL.

"Il y a un moment où l'on se dit: 'est-ce qu'on va continuer comme ça très longtemps?' Lorsque par ailleurs, il y a une vraie volonté de réforme, une vraie volonté d'ouverture et des personnes - je pense au président de la République - qui sont loin de la caricature que l'on fait parfois d'eux à gauche...", a-t-il ajouté. "Souvent en privé avec ces leaders socialistes, nous étions d'accord sur l'analyse du monde, de la société, sur ce qu'il convenait de faire mais dès qu'on était dans le discours, dans les propositions, on avait à nouveau l'oeil dans le rétroviseur, on repartait trente ans en arrière. Et cela, il y a un moment où quand vous avez pris une autre voie, vous ne le supportez plus".

"Je me suis heurté à trop de murs, à trop d'incompréhension et à trop de mépris", a aussi expliqué sur France Bleu Alsace celui dont la motion "Pour un socialisme libéral" avait recueilli 0,65% des voix lors du congrès du Mans en 2005. "J'espère que d'autres sauront avec un courage neuf changer le Parti socialiste mais je ne fais pas partie de cette séquence", a ajouté celui qui se décrit comme toujours "de gauche" et reconnaît avoir "bien sûr hésité" avant de rejoindre un gouvernement de droite et d'"abandonner le Sénat".

Ancien benjamin du gouvernement Fabius (1984-1986) comme secrétaire d'Etat à 33 ans, puis ministre du Commerce, de l'artisanat et du tourisme, Jean-Marie Bockel préside depuis 2001 l'Association des maires des grandes villes (AMGV). Né le 22 juin 1950 à Strasbourg, titulaire d'une maîtrise de droit, il est avocat au barreau de Mulhouse depuis 1973. Secrétaire des Jeunesses socialistes du Haut-Rhin en 1974, il est élu pour la première fois député du Haut-Rhin en 1981. Réélu en 1986 et en 1988, il retrouve en 1997 le siège perdu en 1993. Candidat malheureux aux législatives de 2002, il est élu sénateur du Haut-Rhin en 2004.

Dans l'intervalle, élu conseiller municipal de Mulhouse en 1983, il devient maire de la ville en 1989 et sera constamment réélu. "Je suis un maire sécuritaire, sans états d'âme, mais avec un équilibre entre la prévention et la sécurité", dit-il. Jean-Marie Bockel a également été à plusieurs reprises conseiller général du Haut-Rhin. Longtemps proche de Jean-Pierre Chevènement, dont il fut le porte-parole au sein du courant "Socialisme et République" en 1987, cet européen catholique a fondé en 2001 le club "Gauche moderne" et rendu un rapport sur les moyens de simplifier la création d'entreprises.

Outre le PS, sa nomination dans le gouvernement Fillon 2 a fait aussi grincer quelques dents en Alsace. Le député-maire UMP de Saint-Louis, Jean Ueberschlag, a dit éprouver "un sentiment bizarre, celui qu'on éprouve quand on est cocu (...) C'est une véritable gifle pour l'électorat de droite alsacien"... Et la députée mulhousienne Arlette Grosskost, réélue dimanche avec 56,27% des voix, a annoncé ce mardi son retrait du groupe UMP à l'Assemblée nationale pour protester contre cette nomination.

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