Le projet d'économies de l'assurance- maladie soulève un tollé

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L'hypothèse de fin de la prise en charge à 100% du remboursement des affcetions de longue durée, qui marque pour ses détracteurs la fin du principe de solidarité, a été a priori repoussée par le gouvernement.

Le projet du directeur de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam), Frédéric van Roekeghem, de ne plus rembourser à 100% les médicaments traitant les affections de longue durée (ALD) a provoqué un tollé mardi en France.

Cette hypothèse, qui marque pour ses détracteurs la fin du principe de solidarité, a été a priori repoussée par le gouvernement. "Il faut préserver cette prise en charge 100% des malades atteints d'une affection à longue durée", a déclaré la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, à l'Assemblée nationale.

"Le déficit de la sécurité sociale est quelque chose d'immoral mais il nous faut garder un très haut niveau de solidarité, en particulier vis-à-vis des malades les plus gravements atteints", a-t-elle souligné, rappelant que les maladies en ALD représentent 15% de la population française et 60% des dépenses maladie.

Le gouvernement ne prévoit "aucune remise en cause, bien évidemment, du remboursement à 100% des affections longue durée", avait assuré plus tôt dans la journée sur France Culture le ministre du Budget, Eric Woerth.

Dans un entretien aux Echos, Frédéric Van Roekeghem juge nécessaire un plan de redressement de l'assurance-maladie destiné à économiser plus de trois milliards d'euros en 2009. Selon lui, la prise en charge à 100% des ALD comme le cancer et le diabète, dont bénéficient actuellement 8 millions de malades, devrait être réservée "aux pathologies qui sont véritablement longues et coûteuses", ce qui n'est notamment pas le cas des personnes souffrant d'hypertension artérielle ou de certains diabètes. Ces dernières ne seraient plus remboursées qu'à 35% par la Sécurité sociale et le reste serait pris en charge par des mutuelles complémentaires.

Le démenti gouvernemental n'a pas empêché un tollé. Pour le Parti socialiste, "les franchises médicales imposées le 1er janvier dernier étaient bien un préambule au démantèlement de notre système de santé". Les mesures de déremboursement envisagées "s'attaquent directement au principe de solidarité", déplorent dans un communiqué commun Pascal Terrasse, secrétaire national à la Santé, et Claude Pigement, responsable national à la Santé.

Pour le député socialiste Jack Lang, envisager la fin du remboursement à 100% pour les ALD est "inimaginable". "Le gouvernement est-il capable d'aller jusqu'à cette ultime mesure, qui serait une véritable décapitation de notre système de santé et qui serait pour les familles concernées (...) une source de désespérance et parfois même de ruine ?", s'est-il interrogé sur LCI.

Le Parti communiste dénonce dans un communiqué un "plan effarant" qui sonne comme "une véritable insulte aux fondements de l'assurance-maladie".

"On n'a pas le droit" de faire des économies de la santé, a renchéri sur Canal+ le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, pour qui "le trou de la Sécu ne tombe pas du ciel, il est créé politiquement".

La CGT dénonce dans un communiqué des propositions "inacceptables", qui s'inscrivent "dans la logique anti-sociale des franchises médicales".

"Scandalisée", l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), accuse le gouvernement de vouloir "créer une crise majeure en s'attaquant aux plus faibles et aux malades".

Pour Act up Paris, l'Etat "déclare la guerre aux malades". La fin de la prise en charge à 100% des ALD "confirmerait la mort de l'assurance maladie", écrit l'association de défense des malades du sida dans un communiqué.

François Sauvadet, président du groupe du Nouveau Centre à l'Assemblée nationale, s'est déclaré opposé "à ce que qu'on touche au coeur de ce qui doit être la solidarité même". "Tous ceux qui aujourd'hui sont affectés de souffrances et d'affections de longue durée doivent être rassurés", a-t-il dit.

Selon Les Echos, l'assurance-maladie proposera jeudi un plan de redressement de 3,2 milliards d'euros en 2009. L'objectif est ramener le déficit de 4,1 milliards d'euros cette année à 2,8 milliards en 2009, alors que la "croissance naturelle" des dépenses conduirait à un déficit de 6 milliards.

Selon Frédéric Van Roekeghem, l'essentiel des économies (deux milliards d'euros) devra provenir de la maîtrise des prescriptions de la baisse des prix des médicaments. L'Uncam propose de n'appliquer cette règle qu'aux nouvelles demandes afin d'en amortir l'impopularité.

L'assurance-maladie avance aussi des mesures visant à améliorer la productivité des hôpitaux avec des plans de redressement "pour les 100 établissements les plus mal en point".

"L'assurance-maladie fait des propositions. Nous allons les analyser avec l'ensemble des partenaires sociaux", a dit Roselyne Bachelot au Palais-Bourbon. "Ce qui menace l'assurance-maladie et ce qui menace les assurés sociaux, c'est le déficit", a-t-elle souligné.

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