Humour juif

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Un écrivain orthodoxe se rebelle contre sa religion et oscille entre ses racines profondes et son besoin d'assimilation. De quoi devenir parano. Heureusement, il y a la dérision...

C'est une histoire vraie, celle d'un écrivain juif orthodoxe qui se révolte, non contre sa religion, mais contre ses rites, ses contraintes, ses aberrations. "Je crois en Dieu, c'est un gros problème pour moi", précise d'emblée le narrateur. Toute la trame du roman-biographie est là. Un thème plutôt hermétique, mais heureusement que l'écriture est alerte et l'ironie partout présente, car il s'agit, une fois la lecture achevée, d'un étonnant ouvrage un peu grotesque, beaucoup iconoclaste et énormément émouvant.

Shalom - un tel prénom ne peut être donné que dans une famille profondément religieuse - apprend que sa femme attend un garçon. Lui, qui a toute sa jeunesse suivi les rigueurs de la Torah doit-il maintenir la tradition et faire circoncire le bébé, ou le banal Américain qu'il se veut désormais être doit il transgresser la coutume millénaire ?

Ressurgissent alors nombre de souvenirs très personnels qui lui ont fait douter de Dieu : pourquoi sa Mama juive le forçait à porter la kippa à la piscine, pourquoi son père se soûlait au vin kasher le shabbat, pourquoi le Démon ne s'est-il pas manifesté quand il s'est goinfré de hot-dogs, pourquoi on peut lire impunément des revues pornos, et même, pourquoi Dieu fait-il perdre les matches de base-ball des Rangers ? Autant d'interrogations qui lui font prendre les chemins de traverse d'une religion imposée dans un environnement laïque...

Les errements théologiques de Shalom vont en fait plus loin que la simple dérive paranoïaque du personnage : c'est tout le du fondamentalisme religieux qui est ici mis en cause. Mais à la manière de Woody Allen...

"La tentation du prépuce", par Shalom Auslander, traduit par B.Cohen, Belfond, 308 pages, 19 euros

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