Quand des officiers généraux relèvent "l'espérance déçue" du Livre blanc

Sous couvert d'anonymat, des officiers critiquent les "incohérences" du Livre blanc sur la défense qui vient d'être présenté mardi: réduction de l'effort de défense et du format des armées au moment même où la France veut réintégrer pleinement l'Otan, réduction de la présence en Afrique alors que le continent est en crise, économies en trompe-l'oeil...

La "grande muette" prend la parole. Dans une tribune publiée ce jeudi par Le Figaro, un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées (terre, mer, air), réunis sous le pseudonyme collectif "Surcouf", établit une sévère critique du Livre blanc sur la défense et la sécurité de la France, présenté mardi par le chef de l'Etat, document qui, selon ce goupe, relève de l'"imposture".

Les officiers qui signent cette tribune au vitriol estiment que le Livre blanc dénature la volonté de réforme du président Sarkozy. "Une réduction prévisible et sans imagination du format des armées, à peine compensée par d'hypothétiques innovations technologiques et organisationnelles: il y a comme une imposture à présenter ces résultats comme un progrès dans l'efficacité de l'instrument militaire", écrivent-ils.

Pour les généraux de Surcouf, le modèle d'armée dessiné n'est que la "version dégradée" de celui de 1996 et la nouvelle orientation en faveur des satellites, ainsi que la création d'un commandement interarmées de l'espace, "font figure de gadgets". Ce que le Livre blanc présente comme des "avancées", comme les satellites, ressemble "à des lubies parce qu'elles ne sont pas sérieusement argumentées en termes d'abitrage, alors qu'on voit les intérêts industriels qu'elles servent", ajoutent-ils.

Ils mettent aussi en cause une "sous-représentation des militaires compétents" dans la commission qui a élaboré ce document. Ils relèvent certes plusieurs points positifs, comme le principe de concentration des implantations militaires, tout en soulignant qu'il faudra en attendre la mise en oeuvre pour en juger véritablement. Les militaires sont "habitués à ce que les logiques politiques locales prévalent, ce qui est le cas depuis plus de vingt ans", soulignent-ils.

Ils jugent également positive la revalorisation des fonctions de renseignement. "Pour le reste, le modèle d'analyse présenté par le Livre blanc est à notre sens déficient et, davantage, marqué par un certain amateurisme", ajoutent-ils en mettant en garde: "nous serons mieux renseignés, mais nous pourrons moins agir".

Ces officiers généraux déplorent que la France et l'Europe diminuent leur effort de défense "au moment même où chacun les augmente" et dénoncent l'absence, selon eux, d'arbitrages en matière de priorités entre le budget de la Défense et les autres budgets et au sein même du budget de la Défense. Ils relèvent une incohérence entre les choix proposés par le Livre blanc et l'évolution de la nature des conflits. Celle-ci, disent-ils, exige des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée et une réorientation des programmes d'armement en conséquence, choix fait par les Britanniques il y a plus de cinq ans.

"Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au 'report' de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure", écrivent les membres du groupe Surcouf. Ils relèvent également une incohérence dans la volonté affichée par Nicolas Sarkozy de réintégrer pleinement la France dans l'Otan, "avec une capacité militaire affaiblie (...) tout en y revendiquant des postes de commandement".

"Nous prétendons faire de la politique européenne de sécurité et de défense un dossier majeur du renforcement de la défense européenne sous présidence française (de l'Union) et nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne", ajoutent ces généraux, qui déplorent que la France abandonne le leadership militaire européen aux Britanniques. "La France jouera désormais dans la division de l'Italie", écrivent-ils.

Ils regrettent enfin la réduction du dispositif militaire français en Afrique, qui risque selon eux de conduire à un accroissement du nombre de crises sur le continent africain. Et d'estimer en conclusion que la "communication politique" ne "saurait masquer la réalité d'un véritable déclassement militaire" de la France.

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