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Dubaï, talon d’Achille de la traçabilité de l’or africain importé en Suisse

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 06 novembre 2025 à 15:52

Une large part de l'or importé d’Afrique ne provient pas de mines industrielles, mais de circuits parallèles.

Une large part de l'or importé d’Afrique ne provient pas de mines industrielles, mais de circuits parallèles.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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La Suisse a annoncé cette année plusieurs initiatives pour renforcer le contrôle de ses importations d’or. Mais l’importance de l’approvisionnement en provenance des Émirats arabes unis, qui n’appliquent pratiquement aucun contrôle sur leurs achats, complique le chemin vers un or véritablement « responsable ».

Entre janvier et septembre 2025, la Suisse a importé 316 tonnes d’or des Émirats arabes unis, soit plus du double des volumes annuels habituels. Selon l’ONG helvétique SWISSAID qui rapporte l’information, cette augmentation est préoccupante en raison des quantités d’or illégal et d’or de conflits importées, notamment de plusieurs pays africains, dont le Soudan.

L’or africain transite massivement par les Émirats

Des données publiées par l'UN Comtrade (et depuis supprimées du site) montrent que Dubaï reste la principale porte d’entrée de l’or africain vers les marchés internationaux. En 2024, les EAU ont importé 748 tonnes du métal jaune en provenance du continent, soit une hausse de 18 % sur un an. Cela représente par ailleurs plus de la moitié du total des importations aurifères émiraties cette année-là, chiffré à près de 1400 tonnes. Or, une large part de l'or importé d’Afrique ne provient pas de mines industrielles, mais de circuits parallèles.

L’Ouganda et le Rwanda constituent des plaques tournantes pour le métal précieux illégalement extrait en République démocratique du Congo, tandis que le Soudan, le Tchad ou la Libye servent de voies de sortie pour l’or des zones de conflit. En 2024, Abou Dhabi a ainsi importé 29 tonnes directement du Soudan, 31 tonnes d’Ouganda et 9 tonnes de Libye.

Pour SWISSAID, ces flux témoignent de l’échec de la politique émiratie d’approvisionnement responsable. En 2023, le pays avait en effet adopté un cadre inspiré des principes de diligence raisonnable de l’OCDE, censé interdire l’importation d’or illégal ou lié à des conflits. Mais les contrôles restent lacunaires et les sanctions rares, laissant prospérer un commerce opaque.

Les raffineurs helvétiques sous pression

Avec plus de la moitié des capacités mondiales de raffinage, la Suisse est l’une des principales destinations de l’or d’origine douteuse importé par les Émirats. Cette situation se répercute sur les autres pays du Vieux continent, puisque la Suisse est à son tour le plus grand exportateur d'or vers l'Union européenne.

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« En 2024, 63 % de l’or importé dans l’Union européenne provenait de la Suisse », souligne Marc Ummel, responsable du dossier matières premières chez SWISSAID. « Plusieurs pays européens connaissent des difficultés dans la mise en œuvre de la législation sur les minerais de conflit, notamment parce que l’opacité des raffineurs suisses ne leur permet pas de tracer l’origine réelle de l’or au-delà de la Suisse », explique-t-il à notre rédaction.

En 2021, le raffineur Metalor, l’un des principaux du pays, a bien tenté d’améliorer la situation grâce à un projet novateur avec l’Université de Lausanne : le passeport géoforensique. Cette technologie permet d’associer une signature minéralogique unique à chaque mine d’or, afin d’identifier la provenance du métal avant raffinage. Aussi prometteur soit-il, l’outil ne s’applique toutefois qu’à l’or fraîchement extrait des mines, soit à peine 30 % des volumes importés en Suisse en 2024, selon des calculs de M. Ummel.

La longue quête de la traçabilité

Alors que le prix du métal jaune a plus que doublé depuis 2020 pour dépasser les 4000 dollars l’once cette année, les regards se tournent de plus en plus vers Berne, qui doit démontrer sa capacité à assurer la transparence de son approvisionnement en métaux précieux. Face à la pression, l’Association suisse des métaux précieux (ASMP) prépare pour 2026 un registre censé fournir davantage d’informations sur l’origine des métaux transformés dans le pays. SWISSAID note cependant que la raffinerie Valcambi, qui importe la quasi-totalité de l’or émirati en Suisse, ne fait plus partie de l’ASMP. La zone d’ombre resterait donc intacte.

Le Parlement helvétique a toutefois franchi une étape importante en juin dernier, avec l’adoption de la révision de la Loi sur les douanes, incluant un volet renforcé sur le contrôle des métaux précieux. Le texte rend désormais obligatoire l’application intégrale du guide de diligence raisonnable de l’OCDE par les raffineries d’or suisses.

Concrètement, ces dernières devront vérifier l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, de la mine jusqu’au produit fini, et s’assurer des conditions d’extraction du métal. Le Bureau central du contrôle des métaux précieux voit également ses pouvoirs élargis. Il pourra désormais sanctionner les entreprises ne respectant pas les directives internationales, et sera tenu de publier les résultats de ses audits.

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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