Selon la GSMA, cette progression reposera sur l’essor de la 5G, de l’IA et de l’Internet des objets, mais aussi sur la capacité des opérateurs à transformer leurs modèles économiques pour devenir des acteurs centraux de la digitalisation du continent.
La contribution économique de la téléphonie mobile en Afrique pourrait atteindre 290 milliards USD, soit environ 252,9 milliards d'euros, à l’horizon 2030, selon le rapport « The Mobile Economy Africa 2026 » publié par la Global System for Mobile Communications Association (GSMA), représentant les opérateurs mobiles et l’ensemble de l’écosystème des télécommunications à l'échelle mondiale.
L’organisation estime que cette croissance sera portée par l’adoption croissante de technologies numériques avancées telles que la 5G, l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle (IA), dont les effets devraient se traduire par des gains de productivité dans l’ensemble des secteurs de l’économie.
Transformation du modèle
Elle souligne aussi que les opérateurs télécoms africains sont engagés dans une transformation profonde de leur modèle d’activité. Après plusieurs années consacrées principalement à l’extension de la couverture réseau, ils cherchent désormais à se positionner comme des partenaires de la transformation numérique des entreprises et des administrations publiques.
Cette évolution se traduit notamment par l’intégration de l’IA dans l’exploitation des réseaux et la relation client, ainsi que par le développement de nouveaux services numériques.
« L’industrie mobile africaine entre dans une nouvelle phase de développement. Alors que les opérateurs poursuivent leurs investissements dans les réseaux, l’attention se porte de plus en plus sur la création de valeur grâce à l’intelligence artificielle, aux services numériques et à de nouvelles formes d’innovation. Pour libérer pleinement ce potentiel, il faudra des investissements continus, mais aussi des cadres réglementaires favorables qui encouragent l’investissement, renforcent les compétences numériques et soutiennent l’adoption à grande échelle des technologies émergentes », a déclaré Vivek Badrinath, directeur général de la GSMA.
Selon le rapport, près de 79% des opérateurs du continent considèrent désormais leur rôle de partenaire de la transformation numérique comme leur principale priorité stratégique. En 2025, les technologies et services mobiles représentaient déjà 7,8% du PIB africain. Le secteur a généré environ 240 milliards USD de valeur ajoutée, soit environ 209,2 milliards d'euros, soutenu près de 13 millions d’emplois et contribué à hauteur de 39,2 milliards d'euros aux recettes publiques.
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L’essentiel de cette contribution provient des gains de productivité générés par l’utilisation des technologies mobiles, estimés à 130,8 milliards d'euros l’an dernier, auxquels s’ajoute une contribution directe du secteur évaluée à 61 milliards d'euros.
Des retombées dans les services, l’industrie et l’agriculture
La GSMA estime que les bénéfices économiques de la téléphonie mobile profiteront à l’ensemble des secteurs de l’économie africaine, même si certains domaines devraient en capter une part plus importante grâce à leur capacité à intégrer les technologies numériques de nouvelle génération.
D’ici 2030, le secteur des services devrait concentrer 24 % des retombées économiques liées aux technologies mobiles. Il sera suivi par l’industrie manufacturière (21%) et l’agriculture (20%). L’administration publique ainsi que le BTP (Batiments & Travaux publics) et l’immobilier devraient chacun représenter 12% des gains attendus, devant les services financiers (6%) et le secteur de l’information et de la communication (5%).
Pour accompagner cette dynamique, les opérateurs africains devraient investir 66,4 milliards d’euros dans les infrastructures réseau entre 2025 et 2030. Le rapport souligne toutefois que l’efficacité de ces investissements dépendra largement de l’environnement réglementaire. Les pays ayant réduit les coûts liés aux droits de passage, facilité le partage d’infrastructures et instauré une plus grande stabilité réglementaire enregistrent généralement des déploiements plus rapides.
La GSMA considère également le partage d’infrastructures comme une solution durable pour étendre la couverture dans les zones rurales ou faiblement peuplées, où les investissements demeurent peu rentables pour un opérateur agissant seul.
Le défi n’est plus la couverture, mais l’usage
Le rapport met en évidence un changement majeur dans les enjeux de connectivité du continent. Alors que seulement 9% de la population africaine reste privée de couverture haut débit mobile, 63 % des personnes couvertes n’utilisent toujours pas l’Internet mobile. Selon la GSMA, ce déficit d’usage s’explique notamment par le coût des terminaux, le prix des données, le manque de compétences numériques et diverses barrières sociales qui limitent encore l’accès aux outils numériques.
L’organisation estime dès lors que l’enjeu principal n’est plus seulement d’étendre les réseaux, mais d’encourager l’adoption effective des services numériques. Les stratégies les plus efficaces combinent ainsi des programmes visant à rendre les smartphones plus abordables, des initiatives de formation aux compétences numériques et des campagnes de sensibilisation à la sécurité en ligne.
Plusieurs opérateurs ont déjà lancé des initiatives en ce sens. Au Ghana, MTN s’est associé au constructeur Infinix pour proposer des smartphones avec paiement échelonné sur six mois et une enveloppe mensuelle de données gratuites. En Éthiopie, Ethio Telecom s’appuie sur sa plateforme de paiement Telebirr et des banques partenaires pour faciliter l’acquisition de terminaux via des mécanismes de financement adaptés.
Parallèlement, la 5G devrait poursuivre sa progression sur le continent. La GSMA prévoit que cette technologie représentera 21% des connexions mobiles africaines d’ici 2030, soit environ 383 millions de connexions, contre une part encore marginale aujourd’hui.
Selon l’association, la combinaison entre investissements dans les réseaux, démocratisation des terminaux et adoption croissante des technologies numériques avancées constituera l’un des principaux moteurs de la croissance économique africaine au cours de la prochaine décennie.