Le Transgabonais est l’unique chemin de fer au Gabon, crucial pour le transport de biens, de personnes et de ressources naturelles.
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Dans un contexte de réorganisation stratégique de l'économie, Libreville a lancé un programme de modernisation de la ligne ferroviaire du Transgabonais, soutenu par l’AFD et l’UE. Ce financement vise à développer et fiabiliser un corridor clé tout en impulsant la dynamique d’industrialisation du pays d'Afrique centrale.
C'est en marge de la visite du président français Emmanuel Macron, que l’État gabonais et l’Agence française de développement ont signé la convention du « Programme de modernisation et de sécurisation du Transgabonais » (PMS). Une signature assortie d'un financement total de 203 millions d’euros, reposant sur un prêt souverain de 173 millions d’euros de l’AFD, complété par un don de 30 millions d’euros de l’Union européenne dans le cadre de la stratégie Global Gateway. Ce montage financier traduit l’importance accordée à cette infrastructure dans la transformation du modèle économique du pays d'Afrique centrale.
Pour l'agence française, il s'agit de « fiabiliser et sécuriser durablement le réseau ferroviaire, d’en augmenter la capacité et la performance, tout en améliorant la qualité du transport de passagers et en renforçant les capacités institutionnelles du secteur ferroviaire ». Long d’environ 648 kilomètres, le Transgabonais constitue l’unique chemin de fer au Gabon et un axe de liaison crucial entre le littoral et l’intérieur des terres. Reliant Libreville au Sud-est du pays via Franceville, il joue un rôle central dans l’acheminement du manganèse, du bois et d’autres ressources naturelles importantes, tout en assurant le transport de milliers de passagers et de biens commerciaux ou de consommation chaque année.
La décision d’investir dans le rail survient dans un contexte où le pays cherche à réduire sa dépendance à une production pétrolière dont les limites structurelles sont désormais largement reconnues, et à accélérer le développement d'autres secteurs à forte valeur ajoutée. Dans un environnement international où l’accès aux marchés de capitaux devient plus sélectif et plus coûteux pour de nombreux pays africains, le recours à un financement concessionnel structuré par des institutions publiques de développement apparaît comme un levier stratégique pour soutenir des projets d’infrastructure.
Impacts et enjeux
La modernisation du Transgabonais vise une amélioration significative de la fiabilité de ce corridor. Selon un rapport parlementaire publié en octobre 2024, le vieillissement du chemin de fer — dont le premier tronçon date de 1978 — est la cause majeure des déraillements et accidents observés ces dernières années. La sécurisation de la voie, la consolidation de la plateforme ferroviaire et la mise à niveau de certaines installations permettront de réduire les accidents et incidents techniques, de stabiliser les temps de trajet et d’augmenter les volumes transportés, tant pour le fret que pour les passagers. Selon l’AFD, l’objectif est d’accroître la capacité de transport pour atteindre jusqu’à 16 sillons par jour, soit 8 trains dans chaque sens.
Cette amélioration des performances logistiques constitue un élément clé pour la compétitivité des secteurs minier et forestier du Gabon. En facilitant l’acheminement des matières premières vers le port d’Owendo, le rail rénové soutiendra l’accroissement des exportations, mais aussi potentiellement, l’émergence d’unités locales de transformation. Dans cette perspective, le Transgabonais devient un outil de structuration industrielle, capable de soutenir la création de valeur ajoutée sur le territoire national plutôt que de favoriser uniquement l’exportation de produits bruts.
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Sur le plan institutionnel, le succès de cet investissement reposera notamment sur la capacité des acteurs locaux à maintenir une gestion rigoureuse et durable de l'infrastructure. La modernisation matérielle devra s’accompagner d’un renforcement des compétences, d'une maintenance préventive et d’une gouvernance adaptée, afin de garantir la pérennité des gains attendus et d’éviter un retour rapide à la dégradation.
Les ambitions du Gabon pour son transport ferroviaire
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation économique. Les autorités gabonaises ont récemment affiché leur ambition de faire du secteur minier l’un des principaux moteurs de la diversification du tissu national, avec la perspective de multiplier par 15 le budget qui lui est alloué à l’horizon 2026. Une telle trajectoire implique nécessairement une montée en régime de tout l’appareil logistique associé, au premier rang duquel figure le réseau ferroviaire.
Dans ce cadre, la Société d’exploitation du Transgabonais (SETRAG) a déjà engagé plusieurs actions concrètes, dont la réception récente de 3 242 rails destinés à remettre à niveau certaines sections critiques de la ligne. Cette opération illustre le passage progressif d’une logique d’entretien minimal à une approche de modernisation continue, désormais amplifiée par le financement conjoint de l’AFD et de l’Union européenne.
À terme, l’ambition affichée par l’État gabonais est de faire émerger un secteur de transport ferroviaire performant, capable de soutenir l’industrialisation, de créer des emplois qualifiés et de structurer de nouveaux pôles économiques le long du corridor. Le Transgabonais modernisé ne serait alors plus seulement un axe de transport, mais l’épine dorsale d’un nouveau modèle de développement, moins dépendant des hydrocarbures et davantage tourné vers la production, la transformation et la valeur ajoutée locale.