Pétrole, agroalimentaire, médicaments : ce que disent les chiffres sur le commerce bilatéral France-Nigeria
Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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Pour la troisième année consécutive, le Nigeria est resté le premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne en 2024. Selon les données de la Direction générale du Trésor du ministère français de l'Économie et des Finances, les échanges ont totalisé 4,9 milliards d’euros, principalement portés par le géant ouest-africain. Derrière ce montant se retrouvent en majorité des produits pétroliers et une moindre part de produits manufacturés.
L'Hexagone a importé pour 4,4 milliards d’euros de biens depuis le Nigeria en 2024, dont 95% en hydrocarbures naturels. Cela représente 9% des exportations nigérianes cette année-là, hissant Paris au rang de second client d'Abuja. Alors qu’elle se classait 5eme en 2023, la France est désormais uniquement devancée par l’Espagne à ce classement.
Bercy précise que les importations françaises de pétrole brut représentent en moyenne 83% des échanges totaux entre les deux pays depuis 2018. Outre le brut, Abuja exporté pour 72 millions d’euros de produits pétroliers raffinés et de coke vers Paris en 2024 (soit 1,6% du flux), ainsi que des produits agroalimentaires pour 124 millions d’euros (soit 2,8% du flux).
Les importations du géant ouest-africain depuis la France ont, quant à elles, reculé de 16,7 % en 2024, pour s’établir à 537 millions d’euros, suivant une tendance générale impulsée par la forte dépréciation d'un naira qui a perdu 73% en valeur entre mai 2023 et décembre 2024.
Cette contraction est aussi due à une baisse du cours du baril (-9% en 2024), ainsi qu'à la mise en service de la raffinerie géante du groupe Dangote en septembre, réduisant les besoins d’importation de carburants. L'Hexagone a tout de même exporté pour 90 millions € de produits pétroliers raffinés vers Abuja.
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Ce sont néanmoins les produits agroalimentaires (119 millions d’euros, soit 22% du total) qui constituent le premier poste d'importations nigérianes depuis la France, suivis des biens électroniques et informatiques (113 millions d’euros, 21%), ainsi que des produits chimiques et cosmétiques (71 millions d’euros, 13%). Les produits pharmaceutiques complètent le tableau, pour 67 millions d’euros.
Au-delà des hydrocarbures qui dominent encore cette relation commerciale, Paris et Abuja affichent une volonté d’élargir et de consolider leurs échanges. Près de 100 entreprises françaises sont aujourd’hui implantées au Nigeria, contre une cinquantaine en 2010. Elles couvrent des secteurs allant de l’énergie aux cosmétiques en passant par l’agroalimentaire, tandis que des entreprises nigérianes comme Access Bank s’installent dans l'Hexagone.
TotalEnergies reste la première marque tricolore impliquée au Nigeria, où elle affirmait en 2023 posséder « un riche portefeuille de projets qui pourraient représenter plus de 6 milliards de dollars d’investissements dans les prochaines années », soit plus de 5,1 milliards d'euros. CMA CGM (actionnaire de La Tribune, NDLR) consolide sa présence dans un secteur logistique et portuaire local à forte demande, tandis que Danone, via sa filiale Fan Milk, a renforcé sa présence en lançant en 2024 une nouvelle ligne de production de yaourts à Ibadan.
Cette dynamique bénéficie d’un soutien politique de premier plan : après la visite d’État de Bola Tinubu en novembre 2024, le président nigérian a de nouveau rencontré Emmanuel Macron lors d’un déjeuner de travail à l’Élysée en septembre 2025.
Reste que la coopération doit composer avec les obstacles persistants sur le marché nigérian, notamment l’inflation élevée, l’insécurité et des infrastructures déficientes, qui freinent encore l’accélération des échanges.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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