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La Bourse d’Éthiopie s’ouvre aux capitaux étrangers mais va devoir faire face aux défis de la transparence

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 05 décembre 2025 à 17:59

Hana Tehelku, directrice générale de l’Autorité éthiopienne des marchés de capitaux.

Hana Tehelku, directrice générale de l’Autorité éthiopienne des marchés de capitaux.

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La Bourse éthiopienne approche de son lancement, portée par une directive décisive sur l’ouverture aux investisseurs étrangers. Mais de lourds défis demeurent : volatilité du birr, incertitudes sur la convertibilité des capitaux, mise à niveau comptable des entreprises et capacités encore limitées du système financier.

L’annonce de Hana Tehelku, directrice générale de l’Autorité éthiopienne des marchés de capitaux (ECMA), confirme l'accélération du calendrier : la directive régissant la participation des investisseurs étrangers est en phase finale d'approbation. Cette étape juridique est cruciale pour l'Ethiopian Securities Exchange (ESX), dont le lancement vise à lever des capitaux pour l'État et le secteur privé. Toutefois, l'existence d'une loi ne garantit pas la liquidité du marché.

L'arrivée de capitaux étrangers (FDI et investissements de portefeuille) entraînera des arbitrages dans une réalité macroéconomique complexe, dominée par la récente libéralisation du régime de change. Depuis l'abandon de l'ancrage monétaire en juillet 2024, la devise nationale a vu sa valeur divisée par deux face au dollar, passant de 57 à plus de 120 birrs par dollar en quelques mois, un ajustement brutal nécessaire pour tarir le marché parallèle.

Si cette dépréciation rend les actifs éthiopiens abordables pour les détenteurs de devises fortes, elle soulève immédiatement la question de la valorisation des entreprises publiques (SOE) candidates à la cotation. Le cadre réglementaire devra préciser les mécanismes d'évaluation afin d’éviter que cette ouverture ne soit perçue comme une braderie des actifs stratégiques nationaux.

De la bonne intention à la réalité

Aussi, la question centrale pour tout investisseur international demeure celle de la « sortie », c’est-à-dire la capacité effective de rapatrier des capitaux et des dividendes. Sur le plan juridique, le cadre éthiopien se veut rassurant : la Proclamation sur l’Investissement et les directives de la Banque centrale garantissent le droit au transfert libre des fonds vers l’étranger.

Dans la pratique, toutefois, ce droit théorique se heurte à une réalité macroéconomique aride. Selon les données du FMI (octobre 2024), les réserves internationales de l’Éthiopie couvrent environ 1,3 mois d’importations, un niveau critique qui impose de facto une gestion restrictive des flux sortants. Bien que la réforme de juillet 2024 ait supprimé les listes officielles d'allocation prioritaire, la pénurie de devises persiste, entraînant des délais d'exécution aléatoires qui dépendent désormais de la liquidité disponible au sein de chaque banque commerciale.

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La crédibilité de l'ESX reposera sur sa capacité technique à garantir la convertibilité immédiate des fonds pour les investisseurs étrangers, indépendamment des pénuries cycliques de dollars. Sans une chambre de compensation capable de sécuriser ces flux sortants, ou une garantie explicite de la Banque centrale (NBE), les investisseurs institutionnels, soumis à des règles fiduciaires strictes, limiteront leur exposition. Le cadre légal en cours de finalisation doit donc aller au-delà de l'autorisation de principe et détailler les priorités d'allocation de devises pour les acteurs boursiers.

Mise à niveau normative et infrastructure de marché

L'autre défi majeur est l'écart entre les pratiques de gouvernance locales et les attentes internationales. L'ouverture du capital impose un changement drastique de la culture d'entreprise. Les sociétés éthiopiennes, qu'il s'agisse d'entités étatiques comme Ethio Telecom ou de conglomérats privés, opéraient jusqu'ici selon des logiques internes, souvent peu transparentes.

L'entrée en bourse implique l'adoption des normes IFRS (International Financial Reporting Standards) et la publication régulière de résultats audités. Or, le pays souffre d'un déficit de professionnels certifiés capables de produire ces données avec la rigueur exigée par les gestionnaires d'actifs mondiaux. La réglementation de l'ECMA impose ces normes, mais la capacité réelle des entreprises à s'y conformer à court terme demeure une variable d'ajustement critique. Le risque est de voir un marché à deux vitesses : quelques grandes entreprises conformes attirant tous les flux, face à une majorité d'acteurs locaux incapables de franchir le seuil d'éligibilité technique.

Enfin, l'infrastructure d'intermédiation doit être alignée sur cette ouverture réglementaire. Les investisseurs étrangers ne traitent pas directement ; ils passent par des banques dépositaires (custodians) mondiales pour sécuriser leurs titres. Actuellement, le secteur bancaire éthiopien s'ouvre à peine à la concurrence étrangère.

La directive doit préciser si les banques internationales pourront offrir des services de conservation de titres dès le lancement, ou si elles devront recourir à des partenaires locaux. Si les banques locales, bien que solides, n'ont pas encore les certifications technologiques et des processus de conformité (KYC/AML) alignés sur les normes mondiales, cela créera un goulot d'étranglement opérationnel.

Un potentiel à 10 milliards de dollars

En somme, la finalisation du cadre légal par l'ECMA est une condition nécessaire mais non suffisante. La réussite de l'ESX en tant que hub régional dépendra moins de la permissivité législative que de la robustesse des mécanismes de garantie de change et de la mise à niveau comptable du tissu économique éthiopien.

À court terme, l'ouverture vise une capitalisation boursière de 2 à 3 milliards de dollars, portée essentiellement par la cotation partielle d'Ethio Telecom et l'arrivée obligatoire des banques privées. Mais le potentiel réel, si l'État accepte de coter ses fleurons comme Ethiopian Airlines, se situe au-delà des 10 milliards de dollars à l'horizon de cinq ans, selon les études de faisabilité technique menées en 2024 par FSD Africa et validées par le PNUD, ce qui placerait instantanément Addis-Abeba dans le top 10 des bourses africaines.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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