Egypte : un investissement chinois de 1 milliard de dollars pour accélérer la transformation du phosphate
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le phosphate égyptien attire des investissements massifs.
Photo DR
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le phosphate égyptien attire des investissements massifs.
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Le groupe chinois Kunming Chuan Jin Nuo Chemical (CJN) a signé un accord avec El Sewedy Industrial Development pour construire en Égypte un complexe chimique intégré dédié aux produits dérivés du phosphate, ont annoncé les autorités égyptiennes la semaine dernière. Le projet, qui nécessitera un investissement d’un milliard de dollars, sera implanté dans la zone économique du canal de Suez (SCZONE) et déployé en trois phases entre 2026 et 2034.
Le complexe sera installé sur un site de 905 000 m² dans la zone industrielle de Sokhna. Selon les informations communiquées lors de la signature, la première phase, prévue entre 2026 et 2028, portera sur la production d’acide phosphorique et d’engrais tels que le DAP et le TSP, avec une capacité annuelle de 300 000 tonnes pour chacun des produits.
La deuxième phase, qui devrait être opérationnelle en 2031, étendra l’opération à des produits chimiques phosphatés de haute pureté, notamment l’acide phosphorique purifié (PPA) et le monophosphate de potassium (MKP). Ce sera, apprend-on, la première fois que ces produits seront fabriqués dans un pays du Moyen-Orient.
À partir de 2032, la troisième phase sera tournée vers les matériaux utilisés dans les batteries pour véhicules électriques, en particulier le phosphate de fer lithié (LFP) et le dihydrogénophosphate de lithium.
La dernière composante du projet porte sur un centre de recherche et développement spécialisé dans les technologies chimiques à base de phosphate. Le centre doit être lancé au même moment que la première phase, et est censé favoriser le transfert de technologies tout en renforçant les capacités de l'Égypte dans le domaine de la fabrication de produits chimiques à haute valeur ajoutée.
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Les promoteurs indiquent que l’ensemble du projet devrait créer environ 10 000 emplois directs et indirects, avec une production destinée à des marchés situés en Asie du Sud, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud.
Le nouvel investissement chinois s’inscrit dans une dynamique amorcée il y a quelques années en Égypte dans le secteur des phosphates et des engrais. En janvier dernier, la société chinoise Asia-Potash avait entamé des discussions avec l’Autorité générale pour l’investissement et les zones franches (GAFI) pour un projet de complexe industriel d’un coût total estimé entre 7 et 10 milliards de dollars. Le projet inclut l’extraction de 2 millions de tonnes de phosphate par an et la transformation du minerai en engrais destinés exclusivement à l’exportation.
Un an plus tôt, les entreprises égyptiennes El Nasr Mining Company et Al Safy Group s’étaient alliés au négociant singapourien Wilson International Trading pour construire une usine destinée à « augmenter la concentration du phosphate brut pour l’intégrer dans d’autres industries ». Le projet devait également permettre de développer la recherche scientifique dans le domaine de la valorisation du minerai de phosphate.
En août 2023, un autre groupe singapourien, Indorama Corporation, avait annoncé sa volonté d’implanter deux usines d’engrais phosphatés et de silicium minéral destiné à la fabrication de cellules photovoltaïques en Égypte pour un investissement total de 700 millions de dollars. Le même mois, Afreximbank a approuvé un prêt de 400 millions de dollars pour un projet de production d’engrais initié par la société publique El Wady for Phosphate Industries and Fertilizers.
Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) paru en novembre dernier, le phosphate demeure une ressource irremplaçable pour l’agriculture moderne, qui absorbe près de 95% de la demande mondiale. L’industrie n’en utilise qu’environ 5%, mais cette part progresse rapidement sous l’effet de la montée en puissance des batteries au phosphate de fer lithié (LFP). Ces batteries captent 40 % de la demande des véhicules électriques en 2025, contre 10 % en 2020, une évolution portée par les constructeurs chinois. À l’horizon 2030, la demande mondiale de phosphate liée aux batteries pourrait dépasser 3,8 millions de tonnes par an.
D’après les analystes cités par la BAD, cette double dynamique, agricole et industrielle, peut créer des risques d’arbitrage entre les besoins alimentaires et les besoins énergétiques si les capacités d’extraction et de transformation n’augmentent pas assez vite, d’autant que les réserves de phosphate sont très concentrées géographiquement. L’Afrique concentre près de 80 % des réserves mondiales de phosphate, dominées par le Maroc qui devance largement l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie ou encore l’Afrique du Sud. Les autres producteurs africains comme le Sénégal et le Togo ont de moins grandes réserves.
Pour l’Égypte, l’arrivée de ce nouvel investissement chinois et toute la dynamique en cours interviennent dans un contexte où le pays veut mieux valoriser un minerai dont ses réserves figurent parmi les plus grandes au monde.
Le secteur des engrais reste dominé par les produits azotés, et la montée en gamme des dérivés phosphatés constitue pour Le Caire un moyen d’élargir son portefeuille d’exportation tout en consolidant une filière industrielle capable de transformer davantage localement. L’accent mis sur la production d’acide phosphorique, d’engrais spécialisés et, à terme, de matériaux liés aux batteries s’inscrit dans cette logique de diversification et d’intégration industrielle.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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