Platine : la demande portée par l'IA met l'offre sud-africaine à l'épreuve

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les sud-africains Sibanye-Stillwater et Valterra Platinum contrôlent plus de la moitié de l'offre mondiale de platine.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les sud-africains Sibanye-Stillwater et Valterra Platinum contrôlent plus de la moitié de l'offre mondiale de platine.
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La demande de platine pour la production de verre devrait bondir de 83% en 2026 pour atteindre 377 000 onces, contre 206 000 onces un an plus tôt. Selon le World Platinum Investment Council (WPIC), cette progression est portée par la relance des capacités de fibre de verre et par la montée en puissance d'applications de haute valeur, liées à l'intelligence artificielle (IA). Premier producteur mondial de platine, l'Afrique du Sud est bien placée pour bénéficier de cette dynamique, même si sa production ne suit pas encore le rythme.
Le lien entre le métal précieux et l'IA tient à un usage industriel précis. Dans la fabrication de fibre de verre, des filières (bushings) en alliage platine-rhodium servent à étirer le verre fondu en fibres très fines, à très haute température. De ces fibres, on tire un verre de qualité électronique dénommé E-glass. Tissé puis imprégné de résine, il constitue le socle rigide des circuits imprimés, ces plaques qui assurent les connexions entre les composants d'un appareil électronique.
Les serveurs et les centres de données qui font tourner l'IA reposent entièrement sur les circuits imprimés. Plus la puissance de calcul grimpe, plus ils doivent transmettre les données rapidement et sans perte, ce qui exige un verre aux propriétés affinées. La demande d’E-glass progresse en conséquence, et avec elle celle de platine, utilisé tout en amont de la chaîne.
Pour l'Afrique du Sud, ce relais de croissance arrive à point nommé. Le platine sud-africain a longtemps reposé sur les pots catalytiques des moteurs thermiques, un débouché appelé à se réduire avec la transition énergétique. Le WPIC anticipe d'ailleurs un repli de 2 % de la demande automobile en 2026 et de 12% de la joaillerie. À l'inverse, la demande industrielle, qui englobe le verre, devrait progresser de 9% sur l'année. Les sud-africains Sibanye-Stillwater et Valterra Platinum représentent à eux seuls 54% de l'offre mondiale, avec 3,14 millions d'onces produites en 2024.
Cette recomposition pousse d’ailleurs ces acteurs à élargir activement la palette des usages du platine. En février 2026, Sibanye-Stillwater s'est allié à son compatriote Valterra Platinum et au britannique Johnson Matthey, spécialiste du raffinage des PGM, pour développer des applications alternatives aux débouchés automobiles traditionnels du métal.
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L'Afrique du Sud aborde ce virage avec une production de platine en redressement. Après un recul de 4% en 2025, à 3,95 millions d'onces, sa production raffinée devrait remonter à 4 millions d'onces en 2026, soit une hausse de 1 % selon le WPIC. Ce rebond s'appuie sur la remise en service de capacités de traitement chez Implats et sur la montée en puissance du projet Platreef d'Ivanhoe Mines, mis en service fin 2025.
La reprise reste néanmoins insuffisante pour combler le déséquilibre du marché à court terme. Le WPIC table ainsi sur un quatrième déficit annuel consécutif en 2026, estimé à 297 000 onces, contre 1,19 million d'onces en 2025. Cette tension soutient les prix du platine, le métal s'étant négocié en moyenne à 2 206 dollars l'once au premier trimestre 2026, en hausse de 30 % sur trois mois selon la Banque mondiale.
Pour l'Afrique du Sud, l'enjeu pourrait désormais se déplacer vers sa capacité à accompagner cette croissance sur le moyen terme. Jusqu'au premier trimestre 2025, le platine évoluait dans un environnement de prix déprimés, sous la barre des 1 000 dollars l'once. La donne a changé, mais les marges de manœuvre du pays restent étroites. La production sud-africaine de platine a reculé de plus de 25 % en deux décennies, après son pic de 5,3 millions d’onces en 2006, à mesure que les gisements s'exploitent à de plus grandes profondeurs et que les teneurs déclinent.
Du côté de l’électricité, des hausses tarifaires annuelles à deux chiffres depuis 2021 maintiennent une pression inflationniste sur les coûts des producteurs. Autant de contraintes qui limitent la vitesse à laquelle les producteurs sud-africains peuvent convertir cette demande nouvelle en onces supplémentaires.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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