Visite d’État de la présidente indienne en Angola : un pas politique, des visées économiques
Idriss Linge, Agence Ecofin

La présidente indienne Droupadi Murmu à Luanda pour rapprocher les intérêts de l’Inde et de l’Angola.
The Hans India
Idriss Linge, Agence Ecofin

La présidente indienne Droupadi Murmu à Luanda pour rapprocher les intérêts de l’Inde et de l’Angola.
The Hans India
La visite d’État de la présidente indienne Droupadi Murmu en Angola, du 8 au 11 novembre dernier, a marqué une étape importante dans les relations entre les deux pays. La première visite d’un chef d’État indien à Luanda s’est tenue dans un contexte symbolique : l’Angola célèbre le cinquantième anniversaire de son indépendance et les deux nations commémorent quarante ans de relations diplomatiques. Accueillie par le président João Lourenço, la cheffe d’État indien a participé à plusieurs rencontres officielles consacrées à l’élargissement du partenariat politique et économique entre Luanda et New Delhi.
Dans son allocution au Parlement angolais, Droupadi Murmu a souligné la nécessité pour les pays du Sud de renforcer leur coopération dans les domaines technologiques, agricoles et agro-industriel.
Elle a salué les efforts de modernisation entrepris par l’Angola et réaffirmé la volonté de l’Inde d’intensifier les échanges économiques et institutionnels. Le président Lourenço a pour sa part rappelé la constance du soutien indien au développement de l’Afrique et « la convergence historique entre les deux pays, unis par leur héritage de lutte anticoloniale et par leur attachement aux principes démocratiques ».
La visite a abouti à la signature de plusieurs accords sectoriels. Des mémorandums d’entente ont été conclus sur les énergies renouvelables, la conservation de la faune et les biocarburants. L’Angola a rejoint, à cette occasion, deux initiatives internationales soutenues par l’Inde : l’Alliance internationale pour les grands félins (IBCA) et l’Alliance mondiale pour les biocarburants (GBA).
Un protocole de coopération a également été signé dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, incluant un volet de transfert de technologies. Par ailleurs, une ligne de crédit de 200 millions d’euros a été accordée dans le domaine de la défense pour des équipements et des formations. Ces engagements visent à consolider les échanges techniques et à favoriser une croissance plus durable.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La présidente Murmu a également rencontré la communauté indienne d’Angola, estimée à environ 8000 personnes, actives dans le commerce, les services, la santé et l’énergie. Elle a salué leur rôle dans le renforcement des liens humains et économiques entre les deux pays, rappelant que cette présence constitue un vecteur de coopération et d’investissement durable.
Les relations entre l’Inde et l’Angola reposent sur une solide base historique. Après son indépendance en 1947, l’Inde a soutenu plusieurs mouvements de libération africaine, dont celui de l’Angola, qui a obtenu la souveraineté en 1975. Les relations diplomatiques officielles ont été établies en 1985 et se sont progressivement étendues à la coopération économique.
Dès les années 1980, l’Inde a importé du pétrole angolais, devenu une composante importante de sa sécurité énergétique. Depuis la fin de la guerre civile angolaise en 2002, plusieurs entreprises indiennes, notamment ONGC Videsh, se sont implantées dans les activités pétrolières et para-pétrolières. Les deux pays collaborent également au sein d’organisations multilatérales telles que les Nations unies et le G77, en faveur d’un système international plus équitable.
Selon les données du Centre du commerce international (Intracen), le commerce bilatéral entre l’Inde et l’Angola a atteint environ 4,85 milliards d’euros en 2024. L’Inde a importé près de 4 milliards d’euros de produits angolais, essentiellement du pétrole brut, tandis que ses exportations vers l’Angola se sont élevées à 850 millions d’euros, principalement des produits pharmaceutiques, des équipements mécaniques et des biens de consommation. L’Angola dégage ainsi un excédent commercial d’environ 3,15 milliards d’euros à l’égard de son partenaire asiatique.
La précédente visite bilatérale de haut niveau, celle du président João Lourenço en Inde en 2023, avait permis d’identifier les premiers axes de ce rapprochement, notamment en matière d’énergie et de défense. Le déplacement de Droupadi Murmu à Luanda en a constitué la concrétisation, avec des accords formalisés et un dialogue institutionnel élargi.
Ce renforcement intervient alors que les échanges de l’Angola avec la Chine, son premier partenaire, représentent environ 18 milliards d’euros, dont un excédent de 13 milliards d'euros au profit de Luanda. Dans ce contexte, la coopération avec l’Inde s’inscrit dans une logique d’ouverture économique et de diversification des partenariats internationaux, fondée sur des intérêts économiques clairement identifiés et sur un dialogue politique régulier.
Idriss Linge, Agence Ecofin
Platine : la demande portée par l'IA met l'offre sud-africaine à l'épreuve
Ghana : un projet maritime de 118 millions d’euros sécurise son financement avec l’entrée de l'anglais PIDG
Pétrole : le Nigeria veut transformer son rebond productif en nouvelle vague d’investissements offshore
Ecobank mobilise un Nature Bond inédit pour financer la biodiversité africaine