Idriss Déby Itno, le président tchadien, lors du Forum sur le commerce et l'investissement entre les Émirats arabes unis et le Tchad.
Photo DR
En dévoilant à Abu Dhabi son nouveau plan national de développement, baptisé « Tchad Connexion 2030 », le Tchad affiche l’ambition de remodeler une économie encore dépendante du pétrole et d’en faire un moteur de croissance durable. Doté d’un budget colossal de près de 26 milliards d'euros, ce programme quinquennal entend doubler le PIB du pays d’ici 2030 et sortir 2,5 millions de citoyens de la pauvreté.
C’est dans la capitale des Emirats arabes unis (EAU), à Abu Dhabi, que le Tchad a levé le voile sur son nouveau plan de développement. Devant un parterre d’investisseurs, de banquiers et de partenaires techniques, réunis pour le Forum sur le commerce et l’investissement Tchad–Émirats arabes unis, le 10 novembre 2025, le président Mahamat Idriss Déby Itno a appelé à un partenariat « stratégique et mutuellement bénéfique », soulignant que le Tchad ne proposait pas « une aventure », mais la participation à la transformation d’un État en quête de décollage.
Conçu avec l’appui du cabinet allemand Roland Berger et des institutions comme la Banque mondiale, la BAD, la BID, l’AFD et le FMI, le projet « Tchad Connexion 2030 » marque une nouvelle étape dans la planification économique du pays. Il s’inscrit dans la continuité d’un retour progressif à la stabilité institutionnelle, amorcé par le Dialogue national inclusif et souverain de 2022 et consolidé par le retour à l’ordre constitutionnel en 2024. Pour N’Djamena, ce plan symbolise la fin de la transition politique et l’entrée dans une phase de construction économique assumée.
Un plan de rupture pour changer de cap
Avec 30 milliards de dollars, soit près de 26 milliards d'euros, à mobiliser à travers 268 projets, dont 133 structurants, le gouvernement affiche une ambition claire : porter la croissance du PIB réel à 10% d’ici 2030 et réduire d’un tiers la pauvreté. Pour ce faire l’Etat veut agir simultanément sur les infrastructures, le capital humain, la diversification économique et la gouvernance.
Le volet infrastructurel concentre la plus grande part des ressources. Près de 2,9 milliards de dollars seront investis dans l’eau et l’assainissement afin de garantir un accès à l’eau potable à 11 millions de personnes supplémentaires et d’étendre à 100 000 hectares les surfaces irriguées. Le secteur de l’énergie, quant à lui, bénéficiera de 1,1 milliard de dollars pour faire passer le taux d’électrification nationale à 60%, contre 11% en 2022, grâce à l’ajout de 866 MW de capacité, dont 520 MW de solaire.
L’économie numérique n’est pas en reste : 1,5 milliard de dollars seront mobilisés pour élargir la couverture Internet à 80% du territoire et réduire de moitié le coût des services télécoms. Le secteur des transports constitue enfin le cœur du dispositif, avec 5,8 milliards de dollars destinés à la construction de 7 000 km de routes, à la modernisation de six ports secs et à la création d’une liaison lacustre avec le Nigeria. Ces chantiers doivent faire du Tchad un carrefour logistique du Sahel, au croisement de l’Afrique de l’Ouest, du Maghreb et de la Corne de l’Afrique.
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Au-delà des infrastructures, environ 4 milliards de dollars seront consacrés aux politiques sociales, dont 2,2 milliards pour l’éducation et 1,8 milliard pour la santé, afin d’élever les taux de scolarisation et de relever l’espérance de vie à plus de 60 ans. À cela s’ajoute un pari sur la diversification économique : doubler la productivité agricole, créer une filière exportatrice dans l’élevage et faire passer la contribution du secteur minier à 5% du PIB.
Un financement mixte et une stratégie de crédibilité
Le financement de Tchad Connexion 2030 s’inscrit dans une approche d’équilibre entre État, bailleurs et investisseurs privés. Selon le document, près de la moitié des projets (46 %) sont éligibles à des financements privés, principalement à travers des partenariats public-privé (PPP). Les autres seront portés par le budget national, complétés par des appuis concessionnels de la Banque mondiale, de la BAD, de la BID, de l’Union européenne et de l’AFD.
L’exécutif assure que cette stratégie reste compatible avec un niveau d’endettement maîtrisé, la dette publique s’établissant autour de 32 % du PIB. Une Unité d’appui à la mise en œuvre sera créée pour coordonner les interventions ministérielles, suivre les décaissements et garantir la transparence dans l’exécution. En filigrane, N’Djamena cherche à bâtir une réputation de fiabilité budgétaire susceptible de rassurer les investisseurs après des années d’instabilité.
Un contexte favorable, mais exigeant
Le lancement de ce plan intervient alors que le pays retrouve un certain dynamisme macroéconomique. Après une décennie marquée par les chocs pétroliers et les tensions sécuritaires, la croissance a atteint 4% en 2023 et 4,1% en 2024, un rythme supérieur à la moyenne de la zone CEMAC. Le Tchad a également attiré 913 millions de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2023, devenant le deuxième pays le plus attractif de la sous-région.
Cette performance s’explique en partie par la série de réformes structurelles engagées depuis 2022 : adoption d’un Code de transparence, création d’une Cour des comptes, mise en place d’une Autorité anticorruption indépendante, modernisation du cadre de gouvernance des entreprises publiques et lancement de la plateforme E-Tax pour la digitalisation des procédures fiscales. De plus, des accords de promotion et de protection des investissements ont été signés avec des partenaires étrangers, notamment les EAU qui ont accordé ces dernières années plusieurs lignes de financement à l’Etat tchadien.
Sur le plan politique, la restauration de l’ordre constitutionnel en 2024 et l’élection du président Déby en mai de la même année ont consolidé le retour à la légitimité institutionnelle. Ces signaux de stabilité, couplés à une meilleure visibilité sur les politiques publiques, nourrissent l’optimisme des bailleurs et des investisseurs régionaux.