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L’Afrique enregistre la plus forte croissance mondiale des systèmes de paiement instantané : enjeux

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 17 novembre 2025 à 10:53

Le Nigeria traite désormais plusieurs milliards de transactions par mois et représente une part majeure des volumes instantanés du continent.

Le Nigeria traite désormais plusieurs milliards de transactions par mois et représente une part majeure des volumes instantanés du continent.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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En trois ans, la trajectoire annoncée par McKinsey sur l’explosion des paiements numériques en Afrique se confirme comme l'appuie un récent rapport d’AfricaNenda. Du Nigeria au Maroc en passant par le Ghana, des marchés moteurs préparent désormais la prochaine étape : l’interconnexion continentale, devenue un enjeu stratégique autant économique que technologique.

En septembre 2022, la firme internationale McKinsey publiait son rapport « The Future of Payments in Africa », fondé sur une enquête menée auprès de 62 experts en paiements dans sept grands marchés africains : l’Égypte, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud. McKinsey estimait alors que les revenus du marché africain des paiements numériques pourraient atteindre 37 milliards d’euros en 2025. À l’époque, cette projection paraissait ambitieuse, tant le continent restait dominé par les paiements en espèces.  

Trois ans plus tard, le rapport « State of Inclusive Instant Payment Systems in Africa 2025 » d’AfricaNenda, publié le 13 novembre 2025, confirme que cette trajectoire est désormais crédible. Selon ce document de référence, le nombre de pays couverts par un système de paiement instantané a quadruplé en quatre ans : de 8 en 2021 à 36 en octobre  2025, pour 31 solutions pleinement opérationnelles.

Cette évolution s’accompagne d’un changement d’échelle rare dans les infrastructures financières : la valeur instantanée annualisée des transactions dépasse 1800 milliards d’euros, ce qui fait de l’Afrique la région connaissant la croissance la plus rapide au monde dans ce domaine. Les projections de McKinsey, qui annonçaient la montée en puissance des paiements numériques comme moteur de croissance, apparaissent ainsi fondées.

Nigeria, Maroc, Ghana : des laboratoires grandeur nature

Le Nigeria est le cas d’école le mieux documenté. Le système national de paiement instantané, opéré depuis plus d’une décennie, est identifié par le rapport AfricaNenda comme le premier système africain classé comme « mature et inclusif ». Le document souligne son rôle dans l’élargissement de l’accès aux services financiers, sa tarification abordable et sa forte intégration avec le mobile money et les paiements marchands. Le Nigeria traite désormais plusieurs milliards de transactions par mois et représente une part majeure des volumes instantanés du continent.

Le Maroc apparaît également dans plusieurs études comme un marché structurant. Selon AfricaNenda et plusieurs analyses publiées en 2024 et 2025, le pays a accéléré la modernisation de son écosystème de compensation en temps réel, en phase avec sa stratégie d’intégration économique à la fois vers l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Les investissements des dernières années ont permis de renforcer la digitalisation du secteur bancaire, un mouvement cité dans les études récentes sur la transformation financière du pays.

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Le Ghana, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire sont cités dans le rapport SIIPS 2025 comme des pays ayant instauré, dès la conception, un « identifiant proxy universel », c’est-à-dire l’association du numéro de téléphone à un compte de paiement. L’adoption de codes QR normalisés, également documentée dans le rapport, a permis de soutenir une forte croissance de l’usage marchand.

Cette montée en puissance des plateformes africaines attire l’attention des acteurs technologiques mondiaux. Selon plusieurs articles publiés entre septembre et novembre 2025 (Reuters, Ecofin, China-Global South Project), l’Inde promeut une architecture ouverte dérivée de son système UPI, adaptée aux économies à forte pénétration mobile. La Chine, par le biais de ses entreprises technologiques et de financements d’État, propose des solutions intégrées combinant matériel, logiciel et infrastructures cloud. L’Europe, forte de son expérience en matière de normes financières internationales, met en avant des technologies alignées sur les normes de conformité les plus élevées.

Interconnexion : la prochaine grande opportunité du secteur

Le rapport AfricaNenda 2025 insiste sur une réalité désormais structurante : la multiplication des systèmes nationaux ouvre une nouvelle phase, celle de l’interconnexion. Il ne s’agit pas seulement d’un défi technique ; c’est une opportunité économique majeure.

Selon AfricaNenda, des corridors transfrontaliers fonctionnent déjà, notamment entre le Ghana et le Nigeria, ainsi qu’entre le Rwanda et la Tanzanie. Ces initiatives préfigurent la possibilité de bâtir un marché africain des paiements réellement intégré. Une transaction Casablanca–Dakar ou Lagos–Accra effectuée en une seconde ouvre un espace économique bien plus vaste que les frontières nationales.

Pour les fournisseurs internationaux, cités dans les rapports et les analyses mentionnés, la capacité à proposer des technologies compatibles d’un pays à l’autre devient un argument déterminant. L’interconnexion devient ainsi un terrain stratégique où se jouent non seulement l’efficacité des paiements, mais aussi la souveraineté numérique du continent.

Les banques africaines, de leur côté, adaptent leur stratégie. Une étude de 2023 menée par Sopra Banking Software et Forrester Consulting indiquait déjà que la moitié des établissements bancaires africains investissaient dans la modernisation de leurs infrastructures, dans la blockchain ou dans les paiements en plusieurs échéances, et que 46% des autres prévoyaient de le faire dans les deux années suivantes. Ces investissements visent à répondre à la fois à la pression concurrentielle et à l’essor rapide des usages numériques.

Dans l’ensemble du continent, un mouvement convergent se dessine. Le Nigeria démontre qu’un système ouvert peut générer des milliards de transactions par mois. Le Maroc montre comment l’amélioration des infrastructures peut soutenir une stratégie internationale plus large. Le Kenya illustre comment l’usage massif du mobile transforme l’accès au financement. Et le Ghana confirme qu’une approche fondée dès le départ sur l’interopérabilité produit des résultats rapides.

L’Afrique se trouve désormais dans une phase où les infrastructures nationales, les rivalités technologiques internationales et les stratégies économiques se rejoignent. L’étape suivante consistera à transformer la puissance domestique des paiements instantanés en une architecture continentale intégrée. Pour les gouvernements comme pour les entreprises technologiques, l’interconnexion n’est donc pas seulement la prochaine difficulté à résoudre : c’est le prochain marché à conquérir.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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