La Libye dispose actuellement de 5 raffineries d'une capacité théorique cumulée de 380 000 b/j, mais la production effective plafonne autour de 180 000 b/j.
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Alors que la Libye s’efforce de revenir à son niveau de production pétrolière d’avant-guerre, la Compagnie nationale du pétrole engage en parallèle un chantier plus structurel, celui de la montée en puissance de ses capacités de raffinage.
La Libye envisage de porter la capacité nationale de traitement de brut à environ 660 000 barils par jour, afin de réduire une dépendance chronique aux importations de carburants qui fragilise les équilibres financiers de l'État. L’annonce a été faite le 13 janvier par Masoud Suleiman, le président de la société publique du pétrole (NOC).
Le pays dispose aujourd’hui de cinq raffineries pour une capacité théorique cumulée de 380 000 b/j. Dans les faits, la production effective plafonne autour de 180 000 b/j, un niveau qui reflète à la fois l’arrêt prolongé de la raffinerie de Ras Lanuf depuis 2013, et l’état de dégradation d’installations anciennes, conçues selon des normes peu adaptées aux standards actuels. Ce déficit explique la persistance d’un écart important la consommation intérieure de produits pétroliers raffinés et l’offre locale.
Cette stratégie aval s’inscrit dans un contexte politique toujours fragile, qui ne remet cependant pas en cause la priorité accordée à la relance de l’amont pétrolier, principal moteur de l’économie libyenne. La NOC vise un retour de la production de brut aux niveaux d’avant-guerre, soit 1,6 million de barils par jour d’ici fin 2026, contre environ 1,4 million b/j actuellement. Ce seuil constitue une étape intermédiaire avant un objectif plus lointain de 2 millions b/j, régulièrement évoqué par les autorités.
Réduire la dépendance aux importations
La refonte du raffinage domestique est portée par la NOC, qui en fait un levier de stabilisation économique. Selon Masoud Suleiman, les faiblesses structurelles de l’aval pétrolier ont enfoncé le pays dans une dépendance coûteuse aux importations de carburants, exposant les finances publiques aux tensions sur les marchés internationaux, et accentuant la pression sur les réserves de change. Le plan de la société repose sur la modernisation des raffineries existantes, combinée à la construction d’une nouvelle unité et au développement du projet de Southern Refinery, destiné à améliorer l’approvisionnement des régions méridionales.
L’enjeu est de sécuriser le marché intérieur et d’améliorer la rentabilité globale du secteur pétrolier en captant davantage de valeur localement. Le développement du raffinage s’accompagne d’une volonté affichée de réforme de la gouvernance du domaine. Masoud Suleiman a annoncé son intention de mettre fin au programme d’échanges de brut contre carburants, instauré en 2021 pour garantir l’approvisionnement du marché intérieur dans un contexte de pénurie de capacités locales et de contraintes aiguës de liquidités. Ce mécanisme permettait d’importer des carburants en contrepartie de livraisons de brut, sans paiement immédiat en devises.
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Si le dispositif a longtemps servi d’amortisseur, il est aujourd’hui critiqué pour son manque de transparence. Un audit financier mené en 2023 a établi que ces échanges avaient représenté plus de 8 milliards USD (environ 6,9 milliards d'euros), dont une part significative n’était pas correctement retracée dans les comptes du ministère des Finances, contribuant à brouiller la lecture des équilibres budgétaires.
La suspension du programme début 2025 a cependant eu des contrecoups immédiats. La NOC a accumulé près de 1 milliard USD (environ 859,3 millions d'euros) d’arriérés liés aux importations de carburants, dans un contexte où aucun cadre budgétaire alternatif n’a été formalisé. La compagnie n’a pas reçu de budget de fonctionnement pour l’année 2025, tandis que les dettes envers les sociétés de services et les fournisseurs continuent de croître, limitant sa capacité d’action.
Modernisation des infrastructures et défis institutionnels
Dans ce contexte, le développement du raffinage domestique apparaît comme un moyen de réduire une vulnérabilité structurelle. En réduisant les importations de carburants, la Libye chercherait à contenir les sorties de devises, à sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur et à restaurer une meilleure lisibilité financière du secteur. L’enjeu est d’autant plus important que les hydrocarbures représentent environ 90% des recettes budgétaires et 95% des exportations, selon la Banque centrale.
Selon les projections de la NOC, la montée en puissance progressive du raffinage permettrait d’atteindre l’autosuffisance en gaz de cuisson à l’horizon 2033, en diesel en 2034 et en essence en 2037. Ces échéances traduisent un calendrier long, à la mesure des investissements requis et de l’état d’obsolescence des infrastructures après plus d’une décennie de sous-investissement.
La relance de ce segment s’appuie parallèlement sur une réouverture progressive aux investissements étrangers. Les autorités estiment à entre 3 et 4 milliards USD (entre 2,6 et 3,4 milliards d'euros environ) les montants nécessaires pour moderniser les infrastructures et restaurer les capacités de production. Des discussions sont en cours avec plusieurs compagnies pétrolières internationales, dont ExxonMobil, Chevron, BP et Shell, tandis que le pays prépare son premier appel d’offres pétrolier en 17 ans.
Malgré ces signaux, la trajectoire reste exposée à des contraintes lourdes. La division persistante du pays entre deux gouvernements concurrents complique la coordination budgétaire et la sécurisation des investissements de long terme. Les infrastructures demeurent vulnérables aux interruptions liées aux tensions locales, tandis que l’absence d’un cadre réglementaire stabilisé continue de peser sur la visibilité des partenaires.
À ces facteurs s’ajoutent des déséquilibres internes, notamment le poids des subventions aux carburants, et la persistance de circuits parallèles alimentés par le déficit de raffinage. En cherchant à relancer simultanément la production de brut et la transformation de son aval pétrolier, la Libye tente de reprendre le contrôle de l’ensemble de la chaîne de valeur. La réussite de ce pari dépendra de la capacité des institutions à sécuriser les financements et à inscrire ces ambitions industrielles dans un environnement politique plus stable.