La GSMA, l’association mondiale des opérateurs télécoms, a réuni à Kigali les acteurs majeurs du secteur télécom africain.
Photo MWC 2025
L’Afrique cherche désormais à peser dans la construction des technologies d’intelligence artificielle. Avec la montée en puissance des grands modèles de langage, se pose une question essentielle : quelle place pour les langues et les cultures africaines ?
C’est dans ce contexte que la GSMA, l’association mondiale des opérateurs télécoms, a réuni à Kigali six acteurs majeurs du secteur – dont Orange – autour d’un sujet commun : concevoir des modèles de langage pensés par et pour le continent. L’initiative, intitulée « AI Language Models in Africa, By Africa, For Africa », vise à bâtir une IA capable de refléter la diversité linguistique et culturelle africaine, tout en renforçant la capacité du continent à définir ses propres priorités numériques.
Orange, à l’origine du mouvement
Si la coalition voit le jour aujourd’hui, c’est en partie parce qu’Orange a ouvert la voie dès 2024. L’entreprise avait alors engagé un travail avec OpenAI et Meta pour entraîner des intelligences artificielles capables de reconnaître et de traiter les langues africaines. L’objectif était double : améliorer l’accessibilité de ses services en permettant aux utilisateurs d’interagir dans leur langue maternelle, et expérimenter des usages dans des domaines d’intérêt public, notamment la santé et l’éducation.
Cette démarche pionnière, amorcée avant la formation du groupe de travail de la GSMA, a démontré la faisabilité technique et la pertinence économique d’une approche localisée. Elle a aussi contribué à structurer le débat sur la souveraineté linguistique numérique en Afrique, en montrant qu’un acteur industriel pouvait initier un mouvement collectif autour d’un enjeu partagé.
Le projet désormais porté par la GSMA s’inscrit dans la continuité de cette réflexion. Il réunit des opérateurs, des laboratoires de recherche et des entreprises technologiques africaines autour d’un objectif : réduire la dépendance du continent aux modèles développés ailleurs, qui ignorent souvent la diversité des usages et des langues locales.
Orange y apporte une expérience accumulée dans la collecte de données linguistiques, la formation d’équipes locales et la mise en œuvre de solutions d’IA appliquées aux services publics. Son rôle n’est pas seulement technique : il consiste à contribuer à l’élaboration d’un cadre commun, où les données, les capacités de calcul et les compétences peuvent être mutualisées sans perdre de vue les spécificités nationales et culturelles.
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Une question de souveraineté numérique
La portée du projet dépasse la seule question des langues. En développant des modèles entraînés sur des données africaines, les partenaires entendent renforcer la maîtrise des infrastructures numériques et des normes techniques, condition indispensable à une véritable autonomie.
En développant des modèles d’IA nourris de données locales, les partenaires permettront la création de solutions adaptées aux réalités du continent : assistants vocaux multilingues, outils pédagogiques contextualisés, plateformes de santé communautaire ou encore interfaces administratives accessibles à tous.
Les opérateurs africains voient dans cette démarche la confirmation d’une conviction ancienne : la technologie n’a de sens que lorsqu’elle s’ancre dans les réalités locales. Favoriser l’émergence d’une IA africaine, ce n’est pas seulement répondre à un défi linguistique ; c’est contribuer à l’émergence d’un espace numérique où les citoyens, les entreprises et les institutions peuvent participer à égalité à l’économie mondiale de la donnée.
Une dynamique collective en construction
La GSMA a défini une feuille de route pour coordonner les travaux : mutualiser les ressources existantes, renforcer la formation d’experts africains en IA et élaborer un cadre réglementaire propice à l’innovation responsable. Orange, engagé dans la démarche depuis près d’un an, entend poursuivre sa contribution au sein de ce collectif en partageant les enseignements de ses premiers prototypes. L’enjeu, désormais, est de transformer cette convergence d’intentions en une capacité durable : celle d’un continent qui produit ses propres outils numériques, dans ses langues, selon ses priorités.