Dette contre développement : Rome lance une nouvelle offensive financière en Afrique

Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, en Ethiopie.
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Giorgia Meloni, présidente du Conseil italien, lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, en Ethiopie.
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Le 14 février dernier, à Addis-Abeba en Ethiopie, lors du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a annoncé un dispositif visant à convertir une partie des créances italiennes sur des pays africains en projets de développement mis en œuvre localement. Concrètement, les montants dus ne seraient plus remboursés sous forme de flux financiers directs, mais réaffectés à des programmes convenus entre les parties.
Rome prévoit également d’introduire dans ses prêts bilatéraux des clauses de suspension du service de la dette en cas de chocs climatiques extrêmes, afin de libérer temporairement des ressources budgétaires pour l’aide d’urgence et la reconstruction. L’Italie entend enfin renforcer sa contribution aux fonds de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale, qui soutient les pays les plus pauvres. Les modalités opérationnelles précises n’ont pas été détaillées.
Une première déclinaison chiffrée avait été annoncée en juin 2025 dans la capitale italienne lors d’une réunion avec la Commission européenne. Le pays avait indiqué qu’environ 235 millions d’euros de dette seraient convertis en projets de développement sur dix ans, avec pour objectif de réduire de moitié la dette de certains pays africains à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
L’initiative intervient alors que la dette constitue l’un des principaux facteurs de vulnérabilité économique en Afrique. Sur la dernière décennie, l’endettement extérieur a progressé plus rapidement que la croissance.
En 2023, le service de la dette a absorbé 16,7% des recettes publiques et 14,8% des recettes d’exportation des pays africains, selon l’Institut pour la justice économique. Le profil des créanciers a également évolué : près de 42% de la dette africaine était détenue par des acteurs privés, 36% par des institutions multilatérales et 22% par des États, indique le rapport « A world of debt 2025: It is time for reform » de la Cnuced.
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Les mécanismes internationaux de restructuration ont jusqu’ici produit des résultats limités, tandis qu’une large part des financements climatiques accordés aux pays en développement prend la forme de prêts, contribuant à maintenir la pression sur les finances publiques.
Pour l’Italie, l’annonce s’inscrit dans une dynamique portée par un programme de coopération avec le continent dénommé Plan Mattei. Doté d’un budget initial de 5,5 milliards d’euros sous forme de prêts, subventions et garanties, ce programme vise à établir un « partenariat stratégique » avec plusieurs pays africains dans des domaines tels que l’énergie, les matières premières, l’éducation, la santé et les infrastructures.
Le plan poursuit un double objectif : sécuriser les approvisionnements énergétiques européens en positionnant l’Italie comme hub entre l’Afrique et l’Union européenne, et soutenir le développement économique afin de réduire les facteurs structurels des migrations irrégulières. Des projets pilotes ont été annoncés dans la formation aux énergies renouvelables, l’éducation et la santé, dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et subsaharienne.
Dans ce cadre, l’allégement de la dette et les clauses climatiques constituent des instruments financiers complémentaires. Ils permettent à Rome d’articuler coopération budgétaire, investissements sectoriels et présence industrielle, en cohérence avec les engagements déjà pris dans l’énergie et les infrastructures. Toutefois, la portée réelle dépendra de la mise en œuvre concrète et de la capacité des projets financés à produire des effets mesurables dans les économies concernées.
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