La stratégie de Sun King pour réduire la facture solaire... et attirer les investisseurs
Idriss Linge, Agence Ecofin

Sun King, basée au Kenya, commence à fabriquer en Afrique pour réduire les importations d'équipements solaires.
Photo DR
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Sun King, basée au Kenya, commence à fabriquer en Afrique pour réduire les importations d'équipements solaires.
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Sun King parie sur la production locale pour réduire drastiquement les importations d’équipements solaires. L’usine kenyane, inaugurée en octobre dernier à Tatu City (Nairobi), marque une étape majeure : c’est la première unité d’assemblage solaire à grande échelle sur le continent. Avec une capacité annuelle de 700 000 unités, extensible à terme, elle produit des kits solaires domestiques, des téléviseurs et des smartphones éco-énergétiques.
Occupant 7 600 m², cette installation devrait permettre une économie de 150 millions de dollars d’importations sur cinq ans, tout en créant des centaines d’emplois qualifiés. Pour les ménages kényans, ces équipements solaires locaux devraient faire baisser les coûts énergétiques et renforcer l’indépendance économique. Pour les investisseurs européens, ces projets représentent une nouvelle porte d’entrée vers la croissance verte africaine, en soutenant à la fois la fabrication locale et la transition énergétique.
Au Nigeria, la construction d’une usine similaire est en phase de gestation avancée. En octobre 2025, Sun King a signé un mémorandum d’entente avec l’Agence nigériane d’électrification rurale (REA) pour lancer la production dès 2026. Le site visera une capacité comparable à celle du Kenya, avec des économies de 150 millions de dollars sur cinq ans. Des études sur les chaînes d’approvisionnement locales sont en cours, notamment pour les téléviseurs et smartphones solaires. Ce partenariat public-privé s’inscrit dans un vaste effort d’électrification rurale, au bénéfice de millions de Nigérians.
Au Kenya, le coût moyen de l’électricité dépasse 0,20 dollar le kWh, un niveau parmi les plus élevés du continent. Malgré des avancées notables dans les énergies renouvelables, près de 15% de la population, soit environ 8 millions de personnes, n’a toujours pas accès à une source fiable d’électricité. La situation est encore plus sérieuse au Nigeria, où plus de 40% des habitants — environ 90 millions de personnes — vivent sans électricité. Les coupures de courant y sont fréquentes, forçant les ménages et les entreprises à recourir à des générateurs diesel coûteux et polluants.
C’est dans ce contexte que les solutions solaires hors réseau de Sun King apparaissent comme une alternative crédible : elles permettent de réduire la dépendance aux générateurs, d’alléger les factures d’énergie et de stimuler la productivité des zones rurales. La production locale au Kenya et au Nigeria contribuera aussi à abaisser les prix finaux des équipements, aujourd’hui gonflés par les coûts d’importation.
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Fondée en 2007 par T. Patrick Walsh et Anish Thakkar, diplômés de l’Université de l’Illinois, Sun King (ex-Greenlight Planet) est née d’une ambition simple, rendre l’énergie solaire abordable pour les populations sans réseau électrique fiable. D’abord connue pour ses lanternes solaires remplaçant le kérosène, l’entreprise s’est imposée comme le leader du solaire hors réseau.
Rebaptisée Sun King en 2020, elle opère aujourd’hui dans 11 pays africains, dont le Kenya, le Nigeria, la Tanzanie et l’Ouganda. Elle touche plus de 82 millions de personnes grâce à un modèle pay-as-you-go (paiement progressif), et déploie plus de 330 000 unités par mois. Une expansion qui illustre la montée en puissance du solaire comme moteur du développement social et économique.
Depuis sa création, Sun King a levé près de 896 millions de dollars en capital et en dettes. Parmi les opérations notables : une série D de 260 millions de dollars en 2022 menée par General Atlantic, un prêt de 80 millions de dollars de la Société Financière Internationale et de Stanbic IBTC en 2025, et une titrisation de 156 millions de dollars conclue avec Citi en juillet 2025 pour étendre l’accès au solaire à un million de Kenyans.
Plus de 30 investisseurs, dont British International Investment, ont participé à ces tours, confirmant la confiance internationale dans le potentiel industriel et énergétique africain. Ces financements soutiennent directement la construction d’usines locales et l’innovation dans les produits solaires intelligents.
L’essor de Sun King s’inscrit dans un véritable boom solaire continental. Selon African Energy Trackers, en septembre 2025, 269 projets totalisant 148,2 gigawatts sont en préparation à travers l’Afrique. Avec 60% du meilleur potentiel solaire mondial, le continent pourrait voir sa capacité croître de 42% en 2025.
Cette dynamique offre à l’Afrique une chance historique d’accélérer son électrification, de réduire ses émissions de carbone et de bâtir une industrie verte compétitive. Pour les Européens, c’est l’occasion de s’associer à un continent en pleine transition, dans une logique de coopération climatique et économique durable.
Idriss Linge, Agence Ecofin
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