En Zambie, une série de partenariats économiques marque la visite du Premier ministre chinois
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

C'est la première visite d'un Premier ministre chinois en Zambie depuis 28 ans.
Photo DR
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

C'est la première visite d'un Premier ministre chinois en Zambie depuis 28 ans.
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Présent à Lusaka en Zambie dans le cadre d'une visite officielle de deux jours, le Premier ministre chinois Li Qiang a été reçu par le président Hakainde Hichilema. Il s'agit du premier déplacement d’un chef de gouvernement chinois dans ce pays d'Afrique australe depuis 28 ans. Les deux dirigeants ont eu des entretiens et assisté à la signature de plusieurs documents de coopération couvrant les infrastructures, les échanges économiques et des secteurs de développement.
L’un des sujets majeurs abordés porte sur la route ferroviaire TAZARA. Le jeudi 20 novembre, les autorités ont annoncé avoir signé l’accord de 1,4 milliard USD soit environ 1,2 milliard d'euros annoncé il y a plusieurs mois pour la modernisation de cette infrastructure construite pour faciliter les exportations de matières premières via la Tanzanie. D’après des propos attribués à un responsable de la China Railway Corporation par Reuters, les travaux sur les 1860 km de voie ferrée porteront entre autres sur la réhabilitation des gares, de la voie, des tunnels, des ponts et d’autres infrastructures le long du corridor. Le volume de fret transporté pourrait passer selon les projections communiquées, d’environ 100 000 tonnes par an à plus de 2 millions de tonnes une fois la rénovation achevée.
Des détails qui correspondent en partie aux éléments annoncés il y a quelques mois par Bruno Ching’andu, le directeur général de la Tanzania-Zambia Railway Authority qui gère ce chemin de fer. Il avait notamment indiqué que les Chinois prévoient une rénovation complète de l’infrastructure ferroviaire pour en rehausser la sécurité, l’efficacité et les capacités. Une partie de la somme engagée devrait servir, selon lui, à l’achat de locomotives neuves et de nouveaux wagons, afin d’augmenter les capacités de transport de marchandises et de passagers. Le cahier des charges intégrerait aussi des révisions périodiques, ainsi que la maintenance continue.
Selon plusieurs observateurs, l’intérêt de la Chine pour ce corridor s’inscrit dans un contexte de concurrence accrue entre grandes puissances pour contrôler les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques nécessaires à la transition énergétique. Les USA et l’Union européenne ont en effet annoncé de leur côté plusieurs investissements dans le corridor de Lobito, une autre route logistique importante reliant l’Angola à la République démocratique du Congo, en passant par la Zambie. Dans la même lignée, le Japon, en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD) et d’autres partenaires, a annoncé 7 milliards USD (environ 6,1 milliards €) d’investissements dans le corridor de Nacala, qui relie le Mozambique, le Malawi et la Zambie.
La signature de l’accord pour la TAZARA s’ajoute à d’autres initiatives annoncées durant la visite. Une coentreprise incluant une entreprise chinoise a reçu une licence pour construire une raffinerie de pétrole brut et un complexe énergétique évalué à 1,1 milliard USD soit près de 955,6 millions d'euros. Selon plusieurs sources concordantes, les autorités zambiennes ont aussi mentionné des perspectives de projets liés aux minéraux, à l’agriculture, à l’énergie et à la formation professionnelle. Les échanges entre les deux délégations ont porté sur une coopération dans les secteurs des véhicules électriques, de l’intelligence artificielle, de la santé et de l’éducation.
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Xinhua rapporte que Pékin a réaffirmé l’entrée en vigueur de son dispositif de traitement zéro tarif pour les exportations zambiennes, un cadre que les deux parties ont indiqué vouloir utiliser pour accroître le commerce bilatéral. L’agence de presse chinoise mentionne en outre des engagements en faveur du renforcement des échanges culturels, éducatifs et touristiques, notamment en vue de l’Année des échanges interpersonnels Chine - Afrique prévue en 2026. Les entretiens ont enfin porté sur une coopération accrue dans les domaines judiciaire, policier et sécuritaire.
La visite du Premier ministre chinois survient alors que la Zambie tente de mettre fin à une crise financière qui a débuté en 2020, année où le pays a fait défaut sur sa dette extérieure. Depuis, Lusaka s’est engagée dans un processus de restructuration complexe portant sur 13,4 milliards USD, soit environ 11,6 milliards d'euros, mobilisant à la fois les créanciers officiels, privés et multilatéraux. Le 30 octobre dernier, le ministre des Finances Situmbeko Musokotwane a annoncé que le processus de restructuration était achevé à 94%, précisant que tous les pays concernés ont signé des mémorandums d’entente actant les conditions convenues, et que les négociations étaient closes. Selon lui, les dernières étapes consistent à finaliser la traduction des accords en documents juridiques définitifs.
Cette progression est importante pour la Zambie. La dette extérieure publique et garantie atteignait 21,4 milliards USD, environ 18,6 milliards d'euros à fin 2024 selon le Fonds monétaire international (FMI), et la sortie du défaut doit permettre au pays de rétablir sa crédibilité financière, de stabiliser son économie et d’attirer de nouveaux investissements. La Banque mondiale prévoit une croissance de 6,5% en 2026, supérieure à la moyenne des deux dernières décennies, mais ce rebond dépend de l’assainissement durable des finances publiques et de l’amélioration des infrastructures.
Pour Pékin, premier créancier bilatéral de la Zambie avec 5,7 milliards USD, soit environ 5 milliards d'euros d’encours selon Reuters, cette phase est également déterminante. La Chine suit de près l’avancement de la restructuration et accompagne la reprise économique d’un pays qui fournit des matières premières essentielles à ses industries. Deuxième producteur africain de cuivre, la Zambie est en effet un point d’origine majeur des flux miniers d’Afrique australe, avec plusieurs corridors d’exportation reliant ses sites de production aux ports régionaux.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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