Face à la poussée américaine, Pékin s’engage sur un projet de fer stratégique pour la RDC

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les réserves de minerai de fer du projet congolais MIFOR sont estimées à entre 15 et 20 milliards de tonnes.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les réserves de minerai de fer du projet congolais MIFOR sont estimées à entre 15 et 20 milliards de tonnes.
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Le développement du projet des Mines de Fer de la Grande Orientale (MIFOR) en République démocratique du Congo bénéficiera d’un « accompagnement prioritaire » de la Chine. C’est l’un des engagements pris la semaine dernière dans le cadre d’un mémorandum d’accord destiné à renforcer la coopération minière entre les deux pays. Pékin réaffirme ainsi sa présence dans le pays d'Afrique centrale, alors que les Etats-Unis tentent de bousculer la domination chinoise dans le secteur minier.
Aucun engagement contraignant n’a été pris au sortir de la rencontre entre le ministre congolais des Mines Louis Watum Kabamba et son homologue chinois Guan Zhi’ou, mais la mention du projet MIFOR dans le communiqué final est loin de n'être que symbolique.
La RDC fonde de grands espoirs sur cet actif présenté comme « structurant » pour son développement industriel. Au-delà de l’extraction des réserves de minerai de fer estimées à entre 15 et 20 milliards de tonnes, le projet MIFOR doit en effet s’accompagner de l’installation d’infrastructures de transformation et d’une chaine logistique complète, impliquant le transport ferroviaire et celui fluvial.
L’investissement initial à mobiliser est cependant élevé, chiffré à 28,9 milliards USD (environ 25,2 milliards d’euros), et Kinshasa n’a pas encore trouvé des partenaires techniques et financiers capables de conduire ce projet à terme. Selon le communiqué du ministère congolais des Mines, Pékin a un rôle à jouer, à travers « la mobilisation d’entreprises membres de la Chambre de commerce chinoise et le déploiement progressif d’unités industrielles de valorisation à grande échelle ».
Si les autorités doivent encore fournir des détails sur le type de partenariat envisagé avec ces entreprises, l’exemple de Simandou en Guinée montre que la Chine a les moyens d’exécuter ce type de projet. Pour exploiter le gisement guinéen, plusieurs entreprises liées au géant asiatique ont en effet été mobilisées sur toute la chaine de valeur, qu’il s’agisse de logistique, d’extraction ou de transformation.
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L’investissement global consenti par ces acteurs (y compris l’australien Rio Tinto) est ainsi estimé à plus de 20 milliards USD (plus de 17,4 milliards d’euros), incluant la construction d’un chemin de fer de plus de 600 km, ainsi que d'un port en eau profonde.
Par l’ampleur de ses réserves et de l’investissement à mobiliser, ainsi que du calendrier de développement et d’exploitation qui devrait s’étaler sur plusieurs décennies, le projet MIFOR permet à la Chine de jouer sur plusieurs tableaux. A court et moyen terme, l’implication de l'Empire du Milieu lui permet non seulement de se réaffirmer comme partenaire stratégique de la RD Congo, à un moment où cette dernière cherche à diversifier ses partenariats.
Les pays du Golfe, notamment les Emirats arabes unis et le Qatar, mais aussi et surtout les Etats-Unis, contestent de plus en plus son hégémonie dans le secteur minier congolais. Longtemps absent, Washington tente ces derniers mois de rattraper son retard à coup d’influence diplomatique et d’investissements du secteur privé. Le dernier exemple en date de cette rivalité sino-américaine est l’acquisition par l’américain Virtus Minerals de la compagnie minière Chemaf, qui détient en RDC plusieurs gisements de cuivre et de cobalt. Si l’entreprise était convoitée par le chinois Norin Mining, Kinshasa a opposé son veto à cette transaction, avant d’approuver il y a quelques semaines l’opération américaine.
En dehors de son importance dans le jeu d’influence autour des ressources congolaises, l’implication des entreprises chinoises dans MIFOR peut aussi servir les intérêts industriels de Pékin à long terme. Le projet constitue en effet une source d’approvisionnement potentielle pour l’industrie sidérurgique chinoise, qui renforce ces dernières années ses positions sur le continent africain. De la Guinée en Sierra Leone, en passant par le Gabon et le Congo, les entreprises chinoises sont propriétaires ou clients de plusieurs mines ou projets de minerai de fer.
L’ajout de MIFOR à ce portefeuille continental est cependant loin d’être acquis, et il faudra sans doute encore plusieurs années pour mettre en place un partenariat formel et contraignant entre la RDC et ses potentiels associés. Les chiffres économiques et estimations géologiques préliminaires avancées par les autorités congolaises devront aussi faire l’objet d’études plus avancées pour confirmer la viabilité du projet. En attendant, la Chine montre qu’il faudra continuer à composer avec elle dans les grands projets miniers en République démocratique du Congo.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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