ENTRETIEN - Apporter mentoring et financement aux jeunes porteurs de projets pour qu’ils contribuent à la transformation du continent, telle est l’ambition de Bridge Africa Summit, lancé il y a deux ans par l’UM6P de Benguérir, au Maroc. Khalid Baddou, président de la plateforme, retrace les contours d’une ambition qui réunit actuellement une centaine de jeunes issus de 25 pays et livre son analyse sur les enjeux du leadership en Afrique.LA TRIBUNE AFRIQUE - Vous présentez souvent Bridge Africa Summit comme « un point de bascule ». Qu’entendez-vous par là ?
KHALID BADDOU - Aujourd’hui, les alliances internationales et les intérêts économiques/politiques se redessinent. Nous passons d’un monde unipolaire à un monde multipolaire. Cette transformation met en évidence l’absence de l’Afrique autour de la table. Si nous voulons faire partie de la nouvelle configuration mondiale, nous devons être autour de la table. Et nous avons beaucoup de choses à faire valoir. Les organes internationaux sont de plus en plus affaiblis. Le multilatéralisme peine à être une force de frappe. Il est quasiment demandé aux pays, aujourd'hui, de choisir leur camp. Dans un monde devenu transactionnel, l’Afrique doit prendre part en capitalisant sur ses ressources naturelles et sur son capital humain.
Les pays d’Europe et même les États-Unis ou le Japon connaissent un vieillissement rapide de leurs populations. Il y a donc besoin de renouveau. Au-delà de la robotisation ou de l’intelligence artificielle, il est clair que le capital humain devient -malgré tout- de plus en plus important pour nourrir le monde. Et à ce sujet, l’Afrique est incontournable : elle recèle 60% des terres arables non exploitées du monde sont en Afrique ; une pluviométrie qui reste très importante de manière générale ; une agriculture qui reste très solide, avec un pays comme le Maroc qui détient plus de 60% des réserves mondiales des phosphates, ressources pour la fabrication d’engrais et donc pour booster l’agriculture et ainsi favoriser une production maximale. Nous avons des atouts que nous devons mettre en avant et jouer nos cartes dans la géopolitique mondiale. Bridge Africa est dans ce sens un momentum avec les jeunes au centre, non seulement comme force de proposition, mais aussi force de transformation.
La grande thématique abordée cette année est celle d’un nouveau leadership africain. Dans un contexte mondial entremêlé de bouleversements géopolitiques, crises économiques, défis climatiques face à un continent africain qui compose avec ses échéances (les ODD des Nations Unies en 2030 et l’Agenda 2063 des Nations Unies), à quoi devrait ressembler ce nouveau leadership ?