La Namibie, qui consomme environ 100 millions de litres de carburants par mois, dépend des importations pour couvrir ses besoins en essence et en diesel.
Dépendante des importations pour les carburants, la Namibie subit directement les tensions sur les marchés pétroliers. Pour contenir les prix et sécuriser les volumes, le gouvernement a multiplié les mesures d’urgence tout en accordant un rôle de plus en plus important à Vitol, l’un des plus grands négociants mondiaux de matières premières.
Au début de ce mois de juillet, le ministre namibien de l’Énergie, Modestus Amutse, a levé l’interdiction qui empêchait le distributeur local Nasan Energies de s’approvisionner en carburant auprès du négociant Vitol Group, basé en Suisse. La décision revient sur une condition imposée quelques mois plus tôt par l’autorité namibienne de la concurrence.
En mars dernier, la Namibia Competition Commission avait autorisé Nasan Energies à racheter 52 stations-service aux marques Engen et Shell à Vivo Energy, une filiale de Vitol. Mais Nasan n’avait pas le droit de s’approvisionner auprès de Vitol pendant cinq ans, l’objectif étant d’éviter que le négociant conserve une influence trop forte sur ces actifs après leur cession.
Comment Vitol s’installe au centre du dispositif
En mai, le gouvernement avait déjà accordé à Vitol un contrat d’approvisionnement de trois mois, de juillet à septembre 2026, afin de limiter les effets de la hausse des prix et des perturbations sur les marchés pétroliers liées à la crise iranienne. Selon le ministre Modestus Amutse, l’offre de Vitol se distinguait parce qu’elle permettait de couvrir entièrement les besoins du pays, sans prime supplémentaire et sans recours à des fonds publics.
Une fois Vitol désigné comme fournisseur d’urgence du pays, maintenir l’interdiction faite à Nasan Energies de s’approvisionner auprès du négociant devenait plus difficile à défendre sur le plan opérationnel. C’est ce qui explique la décision du ministre de lever cette restriction, au nom de considérations d’intérêt public plus larges que la seule politique de concurrence.
Dans sa décision, Modestus Amutse indique qu’il devait arbitrer entre les règles de concurrence et d’autres impératifs, comme la continuité de l’approvisionnement, la protection des consommateurs et la stabilité du marché. La commission de la concurrence a indiqué qu’elle surveillerait l’évolution du marché, notamment d’éventuels changements de structure, des comportements monopolistiques ou des pertes d’emplois.
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Comment la Namibie en est arrivée là
Pour comprendre cette séquence, il faut revenir à la vulnérabilité énergétique de la Namibie. Le pays dépend des importations pour couvrir ses besoins en essence et en diesel. Il consomme environ 100 millions de litres de carburants par mois. Lorsque les prix internationaux augmentent ou que les flux d’approvisionnement sont perturbés, les effets se répercutent rapidement sur son économie.
La crise liée à l’Iran a accentué cette exposition. Dès mars, le gouvernement avait annoncé une réduction temporaire de 50% des taxes sur les carburants, pour une période d’au moins trois mois, afin d’amortir la hausse des prix à la pompe. Il avait également mobilisé le National Energy Fund pour couvrir une partie du manque à gagner et stabiliser les prix domestiques.
Cette mesure visait à protéger les consommateurs, mais elle ne réglait qu’une partie du problème. En plus du prix, la Namibie devait aussi s’assurer que les volumes nécessaires seraient disponibles. C’est dans ce contexte que l’accord d’urgence avec Vitol a été présenté comme une réponse à la fois commerciale et sécuritaire.
Une réponse d’urgence qui inquiète
La décision du gouvernement ne fait toutefois pas consensus. Le parti politique d’opposition Independent Patriots for Change demande des explications sur la procédure ayant conduit à confier à Vitol un rôle aussi important dans l’approvisionnement national. Un de ses responsables, Rodney Cloete, a indiqué que le parti comptait interpeller le ministre au Parlement et n’excluait pas une action devant la Haute Cour pour faire annuler la décision.
Les critiques portent principalement sur le processus de sélection et sur la concentration du dispositif autour d’un seul acteur. Pour les opposants, un approvisionnement national stratégique aurait dû faire l’objet d’une procédure plus concurrentielle, même en situation d’urgence.
Des réserves ont également été exprimées par Maureen Hinda-Mbuende, ancienne directrice générale par intérim de Namcor, la compagnie pétrolière publique namibienne, et ancienne vice-ministre des Finances. Selon elle, accorder à une seule entité étrangère des droits exclusifs pour importer du carburant présente des risques pour la sécurité énergétique, la stabilité économique et le bien-être des consommateurs.
Le gouvernement rejette ces critiques. Modestus Amutse affirme que les arrangements conclus pour sécuriser l’approvisionnement du pays ne présentent rien d’irrégulier. Vitol, de son côté, assure respecter les lois, règlements et procédures applicables dans les pays où il opère, tout en rappelant qu’il appartient aux autorités nationales de déterminer l’organisation de leur système énergétique.
Comment Vitol s’installe au centre du dispositif