À l’échelle internationale, le marché du beurre de karité poursuit sa montée en puissance portée par la demande croissante de l’industrie cosmétique et de la chocolaterie. Ce contexte est de bon augure pour les principaux producteurs de noix situés en Afrique.
Au Tchad, une délégation du groupe indien Manorama Industries, spécialisé dans la production et la commercialisation de beurres et de matières grasses végétales, a été reçue ce 2 juillet par le ministère de la Production et de l’Industrialisation agricole.
Au menu des échanges entre les deux parties, des possibilités d’investissement dans la chaîne de valeur du karité dans le pays d’Afrique centrale.
« La mission indienne envisage une descente vers le sud du pays pour visiter les coopératives œuvrant dans la transformation et la valorisation de la filière karité », souligne un communiqué publié sur le site dudit ministère.
Il s’agit du second pays africain dans lequel le groupe mène des démarches après le Burkina Faso où il a reçu en août 2025 l’aval des autorités pour implanter une unité de production de beurre de karité.
Une filière à haut potentiel
En attendant de nouveaux développements dans les prochains mois, les observateurs estiment que l’arrivée d’un acteur industriel de cette taille pourrait marquer un tournant pour la filière qui dispose d’un atout exceptionnel.
Selon une étude de la Société financière internationale (SFI), le pays abriterait environ 82 millions d’arbres de karité, le plus grand parc naturel au monde, avec une capacité de production brute estimée entre 380 000 et 800 000 tonnes de noix par an.
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Si un tel niveau lui permettrait de surclasser le Nigéria qui a produit environ 345 000 tonnes de noix brutes en 2023 d’après la FAO, le potentiel reste pour l’heure largement invisible dans les statistiques internationales. Les volumes de production et d’exportation du Tchad sont peu ou pas documentés dans les bases de données globales, alors même qu’il se situe au cœur de la ceinture africaine du karité.
En se basant sur les prix moyens payés aux producteurs dans la région fin 2024, la SFI estime que la valeur de cette production brute se situerait entre 250 et 500 millions de dollars, soit de 220 à 437 millions d'euros.
La transformation, le nerf de la guerre
Audelà des noix brutes, l’institution financière souligne que c’est grâce à la transformation que le pays pourra pleinement tirer profit de ses ressources. Avec une offre abondante en matières premières, le Tchad peut se positionner comme un hub pour les industriels qui veulent capter une part croissante du marché.
D’après la SFI qui cite Future Market Insights, la demande mondiale de beurre de karité progresse rapidement, avec une croissance annuelle d’environ 7% sur la période 2023-2033. Porté par les industries alimentaires – où il sert d’alternative au beurre de cacao – et cosmétiques, le marché atteignait près de 2,6 milliards de dollars en 2023, dans un contexte où les consommateurs plébiscitent les produits naturels, biologiques et perçus comme plus sains.
Selon les analyses de l’institution, le pays serait ainsi nettement plus compétitif sur le beurre de karité transformé que sur la simple vente de noix. Dans un tel contexte, un investissement de Manorama pourrait amorcer le développement d’une chaîne de valeur locale centrée sur la transformation, à condition de faire face préalablement en amont aux multiples défis auxquels sont confrontés les acteurs de la filière. Il s’agit notamment d’une organisation insuffisante avec une collecte encore peu structurée, la faiblesse des capacités de stockage ainsi que de coordination entre producteurs et coopératives.