Proche de 98%, la réduction togolaise va au-delà de la baisse minimale de 25% des redevances passagers et de sécurité décidée par les chefs d’État de la CEDEAO en décembre 2024.
Réunie à Lomé début juillet, la CEDEAO veut accélérer l’application de sa réforme sur les taxes aériennes, dans une sous-région où les coûts du transport aérien sont 82% plus élevés que les moyennes mondiales pour les liaisons internationales. Le pays tente d’en faire un levier plus large d’attractivité et de concurrence.
Le Togo veut se placer au premier rang des pays ouest-africains décidés à rendre le transport aérien moins cher. À Lomé, où s’est tenue, ce début juillet, la première réunion du Comité de supervision économique du transport aérien de la CEDEAO (ECATEOC), le pays hôte n’a pas seulement défendu la mise en œuvre de la réforme communautaire sur les taxes et redevances. Il a aussi annoncé une mesure nationale destinée à abaisser les barrières d’entrée pour les compagnies aériennes souhaitant s’installer sur son territoire.
Selon le directeur général de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), le lieutenant-colonel Idrissou Ahabou Abdou, les frais administratifs exigés pour l’installation d’une compagnie au Togo passent de près de 305 000 euros (200 millions FCFA) à plus de 5 300 euros (3,5 millions FCFA). La réduction, proche de 98%, va au-delà de la baisse minimale de 25% des redevances passagers et de sécurité décidée par les chefs d’État de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest en décembre 2024, à Abuja.
La logique défendue par Lomé est simple : un marché moins coûteux à l’entrée peut attirer davantage d’opérateurs, renforcer la concurrence et, à terme, peser sur les prix payés par les passagers. Selon les données rappelées à Lomé, les coûts dans l’espace CEDEAO dépassent de 85% les moyennes mondiales pour les vols régionaux et de 82 % pour les liaisons internationales.
Une réforme régionale encore trop lente
L’acte additionnel adopté à Abuja prévoit la suppression de taxes non directement liées au transport aérien, notamment la taxe sur les billets, la taxe de solidarité, la taxe sur le tourisme et la taxe sur les voyages à l’étranger. Il impose également une réduction d’au moins 25 % des redevances passagers et de sécurité, avec une entrée en vigueur fixée au 1er janvier 2026.
Six mois plus tard, l’application reste inégale. La Côte d’Ivoire a adopté en avril 2026 plusieurs textes pour réduire de 25% les redevances sur les vols intra-CEDEAO, mais d’autres pays n’ont pas encore engagé le processus. L’ECATEOC est désormais chargé d’établir un calendrier différencié, de suivre les transpositions nationales et de rendre compte aux chefs d’État, avec une première échéance attendue fin juillet 2026, puis une autre en décembre.
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Pour Kamil Al-Awadhi, vice-président régional de l’Association du transport aérien international (IATA) pour l’Afrique et le Moyen-Orient, les blocages du transport aérien africain relèvent d’abord de la gouvernance et du protectionnisme. À ses yeux, la décision de la CEDEAO constitue une avancée importante, mais elle ne produira ses effets que si les États l’appliquent réellement et de manière coordonnée.
Baisse des billets d'avion
Outre la transposition des décisions communautaires dans les législations nationales, il faudra aussi que les nouvelles données fiscales soient intégrées dans les systèmes de réservation qui configurent les taxes utilisées par les compagnies aériennes. Enfin, les transporteurs devront répercuter les allègements sur leurs tarifs.
Les projections présentées par les experts de la CEDEAO donnent une idée du potentiel : une mise en œuvre complète pourrait entraîner une baisse des billets d’environ 40% et une hausse de la demande de 20% à 30%. Les prochains mois diront si les pays ouest-africains changent réellement leur perception de l’aviation, encore souvent traitée comme une rente fiscale, pour la considérer davantage comme une infrastructure capable d’accélérer l’intégration régionale et les échanges économiques.