Le projet de port d’Olokola était dans les tiroirs depuis plusieurs années. Après plusieurs tentatives avortées, il a été remis sur la table en 2025.
DR
Le projet de port en eau profonde d’Olokola revient au cœur de l’agenda infrastructurel nigérian. Rebaptisé Blue Marine Economic Zone, ce projet ambitionne de désengorger Lagos et de renforcer l’ancrage industriel et logistique du pays, dans un contexte de compétition portuaire accrue en Afrique de l’Ouest.
En janvier 2026, le Nigeria a amorcé une nouvelle étape dans sa stratégie portuaire et industrielle avec un feu vert présidentiel donné au lancement du projet de port en eau profonde d’Olokola, dans l’État d’Ogun. Ce projet longtemps en gestation est officiellement relancé après des années d’atermoiements politiques et de désengagement d’investisseurs.
Lors de l’annonce, le gouverneur de l’État d’Ogun, Dapo Abiodun, a salué une décision qu’il considère comme structurante pour l’économie côtière et nationale. « Nous annonçons que M. le Président a approuvé le démarrage immédiat du port maritime profond d’Olokola, tant attendu dans la zone de gouvernement local d’Ogun Waterside. Le port maritime, qui sera connu sous le nom de Blue Marine Economic Zone, va décongestionner considérablement les ports de Lagos, libérer un vaste potentiel commercial, et tirer pleinement parti de notre avantage stratégique côtier, en particulier avec la route côtière qui offre maintenant un corridor logistique alternatif », a-t-il déclaré.
Cette annonce arrive dans un contexte où Abuja cherche à accélérer la modernisation des infrastructures logistiques nationales, alors que la congestion chronique des plateformes portuaires de Lagos constitue l’un des principaux goulots d’étranglement du commerce extérieur du pays.
Un projet ancien relancé dans un contexte industriel nouveau
Prévu pour être implanté dans la Olokola Free Trade Zone (OKFTZ) à environ 100 km de Lagos, le projet de port d’Olokola était dans les tiroirs depuis plusieurs années. Après plusieurs tentatives avortées, il a été remis sur l’agenda national en 2025, lorsque plusieurs médias locaux ont rapporté l’annonce du groupe Dangote d’y construire ce qui pourrait devenir l’un des ports les plus profonds et les plus vastes du pays, dans une logique d’intégration verticale avec ses activités d’engrais, de pétrochimie et de raffinage. Le site est également historiquement associé à des projets énergétiques majeurs, comme un terminal LNG envisagé dès 2005.
La relance de ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des infrastructures portuaires du Nigeria, déjà engagée avec le port en eau profonde de Lekki. Ce dernier, inauguré en 2023 avec une capacité de 2,5 millions d’EVP par an, a mobilisé environ 1,5 milliard USD (environ 1,252 milliard d'euros) d’investissements privés, illustrant l’orientation PPP (partenariat public-privé) adoptée par Abuja pour ses grands projets logistiques.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Dans ce paysage, Olokola apparaît comme un second pôle structurant, capable de soutenir l’exportation de produits pétrochimiques, de répondre aux défis de congestion tout en renforçant les chaînes logistiques manufacturières. Pour l’État d’Ogun, l’infrastructure représente également un levier de développement territorial, susceptible d’attirer des investissements industriels et de repositionner la côte sud-ouest du Nigeria dans la géographie portuaire régionale. L’État fédéré est déjà le deuxième pôle manufacturier du pays, derrière Lagos, et abrite notamment plusieurs cimenteries du groupe Dangote, ainsi que d'autres industries à forte demande logistique.
Perspectives et interrogations
Si le feu vert politique est important, plusieurs inconnues subsistent. Les autorités n’ont pas encore détaillé la structuration financière, le calendrier de construction, ni les partenaires industriels retenus, alors même que le projet est qualifié de « multimilliardaire » par les médias locaux. Les précédents cycles d’abandon rappellent par ailleurs les défis liés à la gouvernance foncière, à la coordination fédérale-étatique et à la mobilisation de capitaux privés.
À l’échelle régionale, Olokola se profile dans une compétition portuaire accrue en Afrique de l’Ouest, où le Nigeria cherche à renforcer son rôle de hub logistique face aux montées en régime de Tema au Ghana, de Ndayane au Sénégal ou d’Abidjan et San Pedro en Côte d’Ivoire. Dans ce contexte, la future plateforme portuaire pourrait constituer un maillon stratégique de la politique industrielle nigériane, à condition que la mise en œuvre suive l’ambition politique affichée.