Aérien : avec le Qatar, le Cameroun tente de repositionner Douala sur les grandes routes mondiales

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Aéroport international de Douala au Cameroun.
DR

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Aéroport international de Douala au Cameroun.
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Par un décret signé le 29 janvier dernier, le président camerounais Paul Biya a ratifié l’accord bilatéral de transport aérien conclu un an plus tôt à Doha avec le Qatar. Cet acte, qui parachève un processus engagé dès novembre 2025, ouvre formellement la voie à l’entrée de Qatar Airways sur le marché camerounais et s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement aérien et logistique du pays.
La ratification intervient après l’adoption, en décembre 2025, par l’Assemblée nationale, d’une loi autorisant le chef de l’État à valider l’accord signé le 16 janvier 2025. À ce stade, il ne s’agit plus d’une simple intention politique, mais de la mise en place d’un cadre juridique opérationnel, condition indispensable à toute desserte régulière par un transporteur international. Selon les autorités, l’objectif est de densifier le réseau aérien du Cameroun, d’améliorer la connectivité vers le Moyen-Orient et l’Asie, et de stimuler la concurrence sur un marché encore marqué par une offre limitée.
Dès le dépôt du projet de loi au Parlement en novembre 2025, le gouvernement avait clairement affiché ses attentes. L’exposé des motifs évoquait la volonté de réduire les coûts de transport grâce à une concurrence accrue, d’augmenter le nombre de compagnies étrangères opérant dans le pays et de capter davantage de recettes fiscales et parafiscales au profit de l’État.
Au-delà du transport de passagers, le gouvernement met également en avant les effets attendus sur le fret, le commerce et les partenariats stratégiques. La montée en puissance d’un opérateur global est perçue comme un levier pour renforcer l’attractivité des plateformes de Douala et de Yaoundé, appelées à attirer plus de flux régionaux et intercontinentaux. Dans cette perspective, la Cameroon Civil Aviation Authority (CCAA) et Aéroports du Cameroun (ADC) sont présentés comme des bénéficiaires indirects de la dynamique, via l’augmentation des mouvements, des redevances et des services annexes.
Cette ouverture aérienne intervient dans un contexte de renforcement des infrastructures aéroportuaires du pays. Fin 2025, le Cameroun a en effet relancé un projet de construction d’un aéroport de classe mondiale à Douala, longtemps resté en suspens. Les autorités prévoient le lancement des études de faisabilité à partir de 2026, avec l’ambition de doter le pays d’une plateforme capable de soutenir un positionnement de hub régional pour le trafic international et régional.
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Ce projet coïncide avec un programme de modernisation de l’aéroport international de Douala, d’un coût global de 144 millions d’euros. Les travaux en cours, qui portent sur l’extension des chaussées aéronautiques et l’agrandissement de l’aérogare, visent à porter la capacité annuelle de la plateforme de 1,5 million à environ 2,5 millions de passagers. À terme, ces investissements doivent permettre d’absorber l’augmentation attendue des flux de passagers et de fret induite par l’arrivée de nouveaux transporteurs internationaux.
Compagnie de classe mondiale, Qatar Airways revendique un réseau de plus de 170 destinations et un hub parmi les plus connectés au monde. Pour le Cameroun, l’enjeu est donc double : améliorer l’accessibilité du pays et renforcer sa visibilité auprès des touristes — la stratégie nationale de développement 2020-2030 vise à atteindre 3,5 millions de visiteurs par an d’ici 2030 —, investisseurs et partenaires commerciaux venant du Moyen-Orient, d’Asie, mais aussi d’Europe et d’Amérique.
Pour autant, l’impact réel de l’accord dépendra largement de ses modalités d’application. Les fréquences autorisées, le choix des routes, le niveau des redevances aéroportuaires et la qualité de la connectivité intérieure seront déterminants pour transformer la ratification en gains économiques durables. En misant sur un transporteur international de premier plan, Yaoundé affiche néanmoins une ambition claire de renforcement de son secteur aérien. Reste désormais à observer si cette ouverture aérienne s’accompagnera des réformes opérationnelles nécessaires pour inscrire le Cameroun sur les grandes routes du trafic mondial, au-delà de l’annonce politique.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin
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