Début juin, le PAM indiquait faire face à un déficit de financement important. Les contributions reçues sont tombées à environ 5,24 milliards € en 2025, contre environ 8,74 milliards € en 2024.
En matière d'aide alimentaire, la question n'est pas juste de savoir combien d'argent est mobilisé, mais aussi comment il est utilisé. Origine des denrées, achats locaux, transferts monétaires et logistique humanitaire sont autant de paramètres qui influencent l'efficacité des programmes d'urgence.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé mi-juin avoir reçu une contribution de 800 millions USD (environ 699;5 millions d’euros) des États-Unis, une enveloppe destinée à soutenir ses opérations d'urgence dans un contexte de besoins humanitaires croissants. Selon l’agence onusienne, ce financement doit permettre de renforcer l'aide alimentaire à plus de 38 millions de personnes vulnérables dans au moins 37 pays, tout en soutenant ses capacités logistiques dans plusieurs zones de crise, notamment en République démocratique du Congo, en Haïti et au Liban.
Besoins en augmentation
L'annonce fait suite à plusieurs mois de fortes tensions budgétaires pour le PAM. Principal bailleur de fonds de l'organisation, Washington avait considérablement réduit sa contribution. Les financements humanitaires américains destinés aux Nations unies sont ainsi passés d'environ 14,1 milliards USD (environ 12,33 milliards d'euros) en 2024 à 3,38 milliards USD (environ 2,95 milliards d'euros) en 2025, selon les chiffres cités par Reuters.
Pendant ce temps, les besoins continuaient d'augmenter. Début juin, le PAM indiquait faire face à un déficit de financement important. Les contributions reçues par l'agence sont tombées à environ 6 milliards USD (environ 5,245 milliards d'euros) en 2025, contre 10 milliards USD (environ 8,743 milliards d'euros) l'année précédente, tandis que les conflits, les déplacements de populations et les perturbations logistiques continuaient d'alimenter l'insécurité alimentaire dans plusieurs régions du monde.
Les nouvelles modalités de Washington
Quelques mois avant la nouvelle contribution, Washington avait déjà commencé à réactiver certains mécanismes d'aide alimentaire comme le programme Food for Peace, l'un des principaux instruments américains dans ce domaine.
Un accord de principe conclu en janvier 2026 entre le département américain de l'Agriculture (USDA) et le Programme alimentaire mondial prévoit ainsi jusqu'à 432 millions USD (environ 377,7 millions d'euros) d'assistance en faveur de sept pays, dont la République démocratique du Congo, l'Éthiopie, le Kenya, le Rwanda et Haïti.
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Le document détaille la fourniture prévue de 215 000 tonnes de produits alimentaires, parmi lesquels du riz, du blé, du sorgho, de la farine de maïs, des huiles végétales et des aliments enrichis destinés à la lutte contre la malnutrition.
Mais l'accord se distingue surtout par certaines dispositions relatives à l'origine des produits. Le texte prévoit que les denrées financées dans ce cadre soient intégralement issues de l'agriculture américaine. Lors de la publication des modalités du programme en mai 2026, cette exigence a notamment été relevée par le quotidien Le Monde. Citant une évaluation de l'ONG InterAction, le journal rappelle que les produits d'origine américaine ne représentaient jusqu'ici qu'environ un tiers de l'aide alimentaire financée par les USA.
Le nouvel accord prévoit, entre autres clauses, le maintien de mécanismes renforcés de contrôle et de suivi des fonds, ainsi que des mesures visant à réduire la dépendance de long terme à l'aide extérieure.
Les interrogations soulevées par le nouveau modèle américain
L'annonce du financement de 800 millions de dollars ne précise pas les modalités exactes qui encadreront l'utilisation de ces fonds. Elle s'inscrit néanmoins dans un environnement où les orientations de la politique d'aide américaine font l'objet d'une attention croissante.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a multiplié les références à la doctrine « America First », qui vise à aligner davantage les politiques publiques américaines sur les intérêts nationaux des États-Unis. Cette approche s'est déjà traduite dans plusieurs domaines de la coopération internationale.
Dans le secteur de la santé, Washington a par exemple engagé une réorientation de son aide, à travers de nouveaux accords bilatéraux prévoyant un partage accru des coûts avec les pays bénéficiaires, un transfert progressif de certaines responsabilités aux autorités locales et une place plus importante accordée aux entreprises et technologies américaines.
Sur le volet alimentaire, plusieurs questions demeurent ouvertes. La montée en puissance des achats de produits agricoles américains modifiera-t-elle durablement le fonctionnement des programmes du PAM ? Quel équilibre sera recherché entre les denrées expédiées depuis les États-Unis et les achats locaux ou régionaux souvent utilisés dans les réponses humanitaires ? Les nouvelles orientations américaines concerneront-elles uniquement certains programmes spécifiques ou influenceront-elles plus largement l'aide alimentaire multilatérale ?
À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas d'apporter de réponse définitive à ces interrogations. Une chose est certaine toutefois : le débat portera désormais autant sur les modalités de l'aide que sur son volume.