Très dépendante du gaz importé pour produire son électricité, la Tunisie évolue dans un système où le renouvelable reste marginal malgré une montée progressive des capacités, dans un contexte de transformation énergétique accélérée.
En Tunisie, la société norvégienne Scatec et la japonaise Aeolus, filiale de Toyota Tsusho, ont lancé mi-juin les travaux de construction de la centrale solaire de Sidi Bouzid II. Les deux partenaires détiennent chacun 50% de la co-entreprise. Le démarrage intervient après la finalisation du bouclage financier du projet, estimé à 96 millions d’euros.
Le financement repose sur un montage combinant dettes etcapitaux propres, avec un levier proche de 70%. Les principaux bailleurs sontla BERD et la BEI, complétés par des dispositifs européens via la Neighbourhood In vestment Platform (NIP) et des garanties du Fonds européen pour le développement durable Plus (EFSD+). L’accord d’achat d’électricité (PPA) a été signé en décembre 2024 dans le cadre d’un appel d’offres public visant à renforcer les capacités renouvelables et la sécurité énergétique du pays.
Une fois opérationnelle au second semestre 2027, la centrale produira environ 276 GWh par an, permettant d’alimenter plusieurs milliers defoyers et d’éviter près de 107 000 tonnes de CO₂ chaque année. Scatec assure l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction, ainsi que l’exploitation et la maintenance, la phase de construction représentant environ 75 % du coût total.
Un mix électrique encore très dépendant du gaz
Le projet intervient dans un contexte de forte concentration du système électrique tunisien. En 2025, le gaz naturel assure 94,9% de la production d’électricité, confirmant sa position dominante. Il reste la seule source en progression sur l’année, malgré une hausse de 11 % des capacités installées à 1,21 GW.
Dans le détail, le solaire représente 2,5 % du mix électrique, l’éolien 1,5%, le fioul 1% et l’hydroélectricité 0,04%. La production reste donc fortement concentrée sur une seule source. Cette dépendance est accentuée par la structure d’approvisionnement en combustible : plus de 60 % du gaz utilisé est importé, exposant le pays aux fluctuations des prix internationaux et aux tensions d’approvisionnement.
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Dans ce contexte, le développement du solaire constitue un levier à la fois énergétique et macroéconomique, visant à réduire les importations et renforcer la stabilité du système électrique.
Une transition portée par les investissements internationaux
Le projet Sidi Bouzid II s’inscrit dans une stratégie nationale de transformation progressive du mix électrique. La Tunisie vise 35% d’énergies renouvelables en 2030, puis 50% en 2035. Cette trajectoire repose sur l’accélération des projets solaires et éoliens.
Scatec occupe une place importante dans cette dynamique. Cette centrale constitue son troisième projet en construction en Tunisie. Le groupe développe déjà deux centrales de 60 MW à Sidi Bouzid et Tozeur, et a obtenu un contrat pour une centrale de 120 MW à Tataouine. Un appel d’offres est également en cours pour une centrale de 300 MW avec stockage par batteries à Kébili.
Parallèlement, plusieurs projets ont déjà été mis en service. Les centrales de Tozeur et de Mezouna, chacune de 50 MW, ont récemment rejoint le réseau. Elles complètent le site de Metbasta, intégré dans un programme national de 500 MW répartis sur cinq gouvernorats.
La progression des renouvelables reste graduelle, mais continue. Elle traduit une dynamique encore insuffisante face à la domination du gaz, mais de plus en plus structurée. Dans ce cadre, la centrale Sidi Bouzid II illustre une transition énergétique progressive, soutenue par des financements internationaux, des partenariats industriels solides et une stratégie nationale de rééquilibrage du mix électrique tunisien.