Xi Jinping, président chinois, et William Ruto, président du Kenya. Nairobi vient d’obtenir un accès sans droits de douane au marché chinois pour 98% de ses exportations.
DR
Premier partenaire commercial du continent depuis plus de quinze ans, la Chine a encore renforcé ses échanges avec l’Afrique en 2025. Les dernières statistiques officielles publiées par Pékin mettent toutefois en lumière un déséquilibre persistant, dont l’ampleur s’est accentuée dans un contexte de tensions commerciales accrues entre les grandes puissances.
Selon les données publiées début janvier par l’Administration générale des douanes chinoises, la Chine a exporté vers l’Afrique pour 225 milliards de dollars (environ 191 milliards d’euros) sur l’ensemble de l’année 2025, contre 123 milliards de dollars (104 milliards d'euros) d’importations en provenance du continent. L’écart, proche de 102 milliards de dollars (environ 87 milliards d’euros), porte le déficit commercial du continent à un niveau record. Ces chiffres confirment une tendance déjà observée ces dernières années, et largement commentée dans la presse internationale.
Un déficit commercial toujours plus grand
Dans le détail, les exportations chinoises vers l’Afrique ont progressé de 25,8% en glissement annuel en 2025, tandis que les importations en provenance du continent n’ont augmenté que de 5,4%. En valeur, le déficit a ainsi augmenté d’environ 34 milliards d’euros (40 milliards de dollars), quand on compare aux données de 2024, selon le journal chinois South China Morning Post.
La structure des échanges reste dans l’ensemble inchangée. L’Afrique exporte principalement vers la Chine des matières premières, notamment du pétrole brut, des minerais stratégiques comme le cuivre et le cobalt, ainsi que certains produits agricoles. En sens inverse, la Chine fournit au continent des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée, allant des machines industrielles aux équipements électroniques, en passant par les matériaux de construction et les technologies liées à la transition énergétique.
Comparée aux autres grands partenaires commerciaux de Pékin, l’Afrique se distingue par la rapidité de la progression des exportations chinoises. En 2025, les ventes chinoises vers l’Union européenne ont augmenté de 8,4%, et de 13,4% vers les pays de l’ASEAN. À l’inverse, les échanges avec les États-Unis se sont nettement contractés, les exportations chinoises vers le marché américain ayant reculé d’environ 20 % sur la période, sous l’effet du durcissement tarifaire décidé par Washington.
Déséquilibre ancien et contexte géopolitique
Le niveau des échanges entre Pékin et l’Afrique pour l’année globale 2025 ne surprend pas pour autant. Sur les huit premiers mois de l’année déjà, les échanges sino-africains avaient atteint 222 milliards de dollars, en hausse de 15,4% en glissement annuel, selon les douanes chinoises. Cette progression était déjà tirée par une forte augmentation des exportations chinoises vers le continent, tandis que les importations chinoises depuis l’Afrique affichaient une croissance nettement plus modérée.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Pour plusieurs analystes, cet écart a été porté en partie par la décision de Pékin de réorienter ses échanges commerciaux vers les marchés émergents afin d’atténuer l’impact des mesures protectionnistes américaines. Selon une analyse du cabinet de conseil Oxford Economics, parue en décembre dernier, si cette dynamique continue, elle risque de freiner les efforts d’industrialisation de l’Afrique et pousserait certains pays africains à adopter des mesures antidumping contre les produits « Made in China », ou des politiques visant à favoriser la production et la consommation locales.
Alors que se multiplient les critiques sur le déséquilibre de ses échanges avec le continent, la Chine a multiplié ces dernières années les annonces d’ouverture tarifaire. Pékin applique déjà un traitement tarifaire nul à l’ensemble de ses importations en provenance des pays les moins avancés avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, dont 33 pays africains. En juin 2025, les autorités chinoises ont annoncé leur intention d’étendre ce régime à 53 pays africains, mais aucune date d’entrée en vigueur n’a, à ce stade, été précisée.
Selon les analystes d’Afreximbank, si cette mesure se concrétise, l’un des principaux enjeux pour les économies africaines résidera dans leur capacité à dépasser l’exportation de matières premières pour développer des chaînes de valeur régionales, notamment dans la transformation agricole, l’industrie légère et le traitement des minerais. L’initiative ne pourra contribuer à rééquilibrer les échanges que si les pays parviennent à renforcer leurs infrastructures logistiques, améliorer la conformité aux normes et aux systèmes de certification exigés par Pékin, et aligner davantage leur offre sur la demande chinoise, y compris sur des produits de niche à plus forte valeur ajoutée.