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Johannesburg réussit le premier G20 africain, malgré les pressions et les divergences

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Publié le 02 décembre 2025 à 10:30

Le sommet du G20 s’est déroulé à Johannesburg avec une importante participation des pays du Sud, ainsi que des partenaires européens.

Le sommet du G20 s’est déroulé à Johannesburg avec une importante participation des pays du Sud, ainsi que des partenaires européens.

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Le sommet du G20 qui s’est tenu pour la première fois sur le sol africain a revêtu une grande importance pour l’Afrique du Sud, qui le présentait comme l'occasion d’inscrire durablement les préoccupations du continent dans la gouvernance économique mondiale. Cette ambition s’est heurtée néanmoins au boycott américain et à l’absence de plusieurs dirigeants majeurs.

Depuis qu’elle a pris la présidence tournante du G20 en décembre 2024, l’Afrique du Sud a mis en avant sa volonté de renforcer la coopération multilatérale et d’accorder une place visible aux priorités africaines. L’allègement du fardeau de la dette des pays en développement, la question des obstacles commerciaux, la transition énergétique et les moyens d’accroître la résilience face aux chocs climatiques avaient été placés parmi les thèmes clés. L’entrée de l’Union africaine comme membre permanent dans le groupe, donnait un relief particulier à ces ambitions.

Pourtant, les jours précédant le sommet ont été marqués par une succession d’annonces rendant incertain cet agenda. Washington avait confirmé qu'elle n'enverrait aucun représentant de haut niveau, Pékin que Xi Jinping ne participerait pas, laissant sa délégation être conduite par le Premier ministre Li Qiang. D’autres dirigeants comme Vladimir Poutine, Javier Milei et Claudia Sheinbaum, ont eux aussi notifié qu'ils ne viendraient pas. L’accumulation de ces absences a alimenté les doutes sur la portée réelle du sommet de Johannesburg.

Une déclaration adoptée malgré l’absence des États-Unis

Malgré ce contexte, le sommet de Johannesburg s’est déroulé avec une participation importante des pays du Sud ainsi que des partenaires européens. Les délégations du Brésil, de l’Inde, de l’Arabie saoudite, de l’Indonésie, de la Turquie, de l’Union européenne et de l’Union africaine ont activement participé aux séances plénières et aux réunions en marge du sommet. « Nous ne devons laisser rien diminuer la valeur, la stature ou l’impact de la première présidence africaine du G20 », a déclaré dans son discours d’ouverture le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Le fait marquant de cette édition reste l’adoption d’une déclaration finale abordant plusieurs défis mondiaux, malgré les objections américaines. L’Argentine s’est retirée de la dernière séance de discussions, estimant que le passage consacré au Moyen-Orient ne reflétait pas toute la complexité du conflit, mais elle n’a pas bloqué le processus. L’Afrique du Sud a estimé que le niveau de consensus obtenu suffisait pour avancer, et a défendu l’idée que le texte représente le résultat d’un an de travail collectif. « Nous avons travaillé toute l’année vers cette adoption, et la dernière semaine a été particulièrement intense », a déclaré Vincent Magwenya, porte-parole du président sud-africain, selon des propos rapportés par Reuters. Il a précisé que le texte ne peut pas être « renégocié ».

Selon les détails relayés, la déclaration reprend plusieurs des thématiques mises en avant par Pretoria depuis le début de sa présidence. Elle affirme la nécessité de réduire le poids de la dette dans les pays en développement et appelle à réformer le système financier international pour aider les économies à faibles revenus à investir dans leurs infrastructures, leur santé ou leur éducation. Elle insiste sur l’urgence climatique et sur l’importance d’un financement beaucoup plus ambitieux, en suggérant le passage de montants encore limités à des volumes capables de répondre aux besoins réels de la transition. Les dirigeants soutiennent également le renforcement des capacités d’adaptation, l’accès à l’énergie pour les populations vulnérables et la mise en place de systèmes d’alerte précoce face aux catastrophes climatiques.

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Le texte met en avant la question des minerais stratégiques, un enjeu crucial pour les économies africaines. Il appelle à sécuriser des chaînes d’approvisionnement davantage exposées aux tensions géopolitiques et aux mesures commerciales unilatérales, en soulignant l’importance de ces ressources pour la transition énergétique et les technologies émergentes. Il contient par ailleurs un appel à une paix durable dans plusieurs zones de conflit. Les dirigeants affirment notamment leur intention de travailler en faveur d’un règlement juste et complet au Soudan, en République démocratique du Congo, dans les territoires palestiniens occupés ou en Ukraine. Cette formulation constitue l’unique mention du dossier ukrainien, alors qu'en marge du sommet, les Européens ont souligné les limites du plan américain et évoqué la nécessité de proposer une alternative.

Sauver le multilatéralisme

Au-delà de la déclaration, le sommet a été marqué par des discussions parallèles qui reflétaient les priorités variables des différentes régions du monde. Bloomberg rapporte que plusieurs dirigeants occidentaux se sont réunis à Johannesburg pour examiner la proposition américaine relative à la guerre en Ukraine et tenter d’élaborer une réponse commune. Le média indique aussi que les pays du Sud accordent une attention particulière à la dette, à la transition énergétique, au commerce et aux technologies émergentes, des thèmes qui reviennent régulièrement dans leurs priorités politiques.

En marge du sommet, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud ont tenu une rencontre trilatérale, initiative entrant dans le cadre de leurs efforts de coopération. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a rappelé pour sa part que le multilatéralisme peut encore produire des résultats, malgré les tensions géopolitiques qui marquent l’actualité internationale. « Je crois que le multilatéralisme prévaudra, parce que tout le monde ici sait qu’ensemble, nous serons beaucoup plus forts, beaucoup plus compétents, et qu'il sera plus facile de résoudre les problèmes du monde », a-t-il déclaré, s’érigeant contre la volonté du président américain Donald Trump de « renforcer l’unilatéralisme ».

Pour le chancelier allemand Friedrich Merz, « de nouvelles alliances émergent et le monde se réorganise. [...] Les États-Unis n’ont joué aucun rôle dans tout cela. Je ne pense pas que ce fut une décision avisée de leur part de ne pas être là ». Même son de cloche chez le Premier ministre canadien Mark Carney, qui a indiqué que le centre de gravité de l’économie mondiale se déplace. « Le sommet a réuni des nations représentant les trois quarts de la population mondiale, deux tiers du PIB mondial et trois quarts du commerce international, et cela sans la participation officielle des États-Unis ».

Perspectives

Le premier sommet du G20 en Afrique s’est achevé le dimanche 23 novembre à Johannesburg. Malgré les déclarations optimistes, plusieurs interrogations subsistent, d’autant plus que la présidence du groupe sera désormais assumée par les États-Unis.

Washington a déjà réagi à la déclaration récemment adoptée en accusant l’Afrique du Sud d’avoir « instrumentalisé » sa présidence. Selon la porte-parole de la Maison-Blanche, Anna Kelly, « la volonté de l’Afrique du Sud de publier une déclaration des dirigeants du G20 malgré des objections américaines constantes et fermes […] montre qu’ils ont instrumentalisé leur présidence pour saper les principes fondateurs du G20 ».

Certains éléments du texte divergent en effet avec les positions affichées par l’administration Trump depuis quelques mois. Comme exemples, il y a les références au changement climatique, à l’investissement dans les énergies renouvelables et aux besoins d’adaptation des pays vulnérables. Les USA disent déjà vouloir « restaurer la légitimité » du G20 dès l’année prochaine, quand ils assureront la présidence tournante. Si le sommet sud-africain aura permis d’inscrire plusieurs priorités de l'Afrique dans la discussion internationale, la continuité de ces avancées peut dépendre des orientations que Washington donnera au G20 dans un contexte international qui reste incertain.

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

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