La liaison Luanda-Guangzhou, signe d'un lien commercial sino-angolais qui se diversifie

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La liaison directe débutera le 23 juin avec un vol de 13 h par semaine, opéré par un Boeing 787 Dreamliner de 367 sièges.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La liaison directe débutera le 23 juin avec un vol de 13 h par semaine, opéré par un Boeing 787 Dreamliner de 367 sièges.
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Avec l'ouverture annoncée d'une liaison aérienne directe entre Luanda et Guangzhou à partir du mardi 23 juin prochain, TAAG Angola Airlines fait davantage que prolonger son réseau intercontinental. La compagnie nationale matérialise l'évolution d'une relation longtemps cantonnée au pétrole, vers davantage de commerce, d'investissement et de mobilité des affaires, au moment où l'Angola rembourse ses derniers prêts chinois adossés au brut.
Prévue pour être opérée chaque mardi depuis le nouvel aéroport international Dr. António Agostinho Neto avec un Boeing 787 Dreamliner de 367 sièges, la desserte hebdomadaire reliera la capitale angolaise au premier partenaire commercial du continent africain en 13 heures de vol sans escale. En Angola, des chiffres attestent de la profondeur du lien avec la Chine.
En 2025, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 20,83 milliards USD (environ 18 milliards d'euros), selon les données diffusées par la partie chinoise. Pékin a importé pour 16,04 milliards USD (environ 13,9 milliards d'euros) de produits angolais, essentiellement du brut, et exporté pour 4,93 milliards USD (environ 4,3 milliards d'euros) de machines, d'équipements et de biens de consommation. Ces échanges font du pays d'Afrique centrale le deuxième partenaire commercial du géant asiatique sur le continent.
Pendant deux décennies, Luanda a bâti cette relation sur un mécanisme particulier. Les prêts adossés au pétrole consistent à financer des infrastructures contre des livraisons futures de brut, l'État remboursant en barils plutôt qu'en devises. Ce modèle a permis de reconstruire le pays après la guerre civile, mais il a enfermé les finances publiques dans une dépendance aux cours du pétrole et dans des mécanismes de remboursement rigides.
L'Angola cherche aujourd'hui à s'en affranchir. La dette angolaise adossée au pétrole, concentrée sur les créanciers chinois, est passée de 10,1 milliards USD (environ 8,8 milliards d'euros) fin 2024 à 8,9 milliards USD (environ 7,722 milliards d'euros) à la mi-2025, le ministère des Finances visant une fourchette de 7,5 à 8 milliards USD (environ 6,5 à 6,941 milliards d'euros) à la fin de l'année. Le pays n'a plus contracté de prêt de ce type depuis 2017, et prévoit d'honorer les derniers engagements d'ici 2029. Pour les remplacer, le gouvernement s'est tourné vers les marchés internationaux, malgré des taux d'intérêt élevés.
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Cet « recalibrage » financier ne signe pas pour autant une rupture avec Pékin. L'investissement chinois, dont le stock dépasse 27 milliards USD (environ 23,4 milliards d'euros), irrigue désormais d'autres secteurs que le brut. Sur les cinq dernières années, l'Angola a reçu 596 propositions d'investissement pour 21,8 milliards USD (environ 18,9 milliards d'euros), dont près de 80 % émanent d'opérateurs chinois, selon le président de l'agence publique AIPEX, Arlindo das Chagas Rangel.
Les entreprises portugaises, à titre de comparaison, en ont déposé 72 pour 92,6 millions USD (environ 80,324 millions d'euros).
Dans le cadre du renforcement des liens avec Pékin, la compagnie nationale angolaise Sonangol négocie par ailleurs 4,8 milliards USD (environ 4,2 milliards d'euros) auprès d'institutions chinoises pour poursuivre la construction de la raffinerie de Lobito, un prêt non adossé au pétrole qui serait, en cas de succès, le premier financement majeur accordé par Pékin depuis sept ans.
Outre l'investissement productif, la coopération se déplace aussi vers la transformation numérique et la formation de cadres, comme l'a illustré début juin la visite de travail du chef du cabinet civil de la présidence angolaise en Chine, centrée notamment sur les parcs technologiques de Pékin et de Shanghai. En décembre 2024, la Chine a par ailleurs accordé à l'Angola la franchise douanière sur l'intégralité de ses lignes tarifaires, un geste censé aider à diversifier des exportations angolaises encore dominées par le brut.
La nouvelle desserte aérienne s'inscrit dans cette tendance. Elle décollera de l'aéroport Dr. António Agostinho Neto, plus grande plateforme de ce type jamais construite par une entreprise chinoise hors de Chine, inaugurée fin 2023 après un investissement de près de 3 milliards USD (environ 2,6 milliards d'euros). Conçue pour traiter 15 millions de passagers et 130 000 tonnes de fret par an, l'infrastructure incarne l'ambition de Luanda de devenir un hub régional reliant l'Afrique à l'Asie.
Guangzhou, l'un des premiers centres industriels et logistiques chinois, doit alimenter les flux d'hommes d'affaires, le commerce textile et technologique, ainsi que le fret, sans passer par les barils qui scellaient hier la relation.
Pour TAAG, l'enjeu est aussi financier. La compagnie a clôturé 2024 sur une perte nette de 134,2 milliards de kwanzas (environ 125,9 millions d’euros), contraignant l'État à la recapitaliser en avril 2026 en obligations du Trésor, à hauteur de 170 milliards de kwanzas (159,4 millions d’euros).
La ligne de Guangzhou, ouverte après le renforcement de son réseau africain vers Nairobi et Abidjan, doit contribuer au redressement d'un transporteur dont la direction veut ramener les pertes autour de 90 millions USD (environ 78 millions d'euros) en 2026, contre 123 millions USD (environ 106,6 millions d'euros) un an plus tôt, et faire passer la flotte d'une vingtaine à cinquante appareils.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin
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