Les zones économiques spéciales africaines face au défi de la productivité

Idriss Linge, Agence Ecofin

En Afrique, 40 % de ses zones économiques spéciales tournent à moins d’un quart de leur capacité.
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Idriss Linge, Agence Ecofin

En Afrique, 40 % de ses zones économiques spéciales tournent à moins d’un quart de leur capacité.
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En 2024, l'Afrique a importé 437 milliards de dollars de produits manufacturés, selon l'International Trade Centre (ITC), la plateforme de référence de l'OMC. Pourtant, plus de 40% de ses zones économiques spéciales (ZES) tournent à moins d’un quart de leur capacité, d’après le récent rapport sur l’indice d’industrialisation, produit par la Banque africaine de développement.
Le continent compte aujourd'hui 230 ZES réparties dans 43 pays, soit dix fois plus qu'au début des années 1990. Machines industrielles, équipements électriques, véhicules, médicaments, plastiques : ces produits représentent 62 % de tout ce que l'Afrique achète à l'étranger. La très grande majorité de cette demande est satisfaite par des producteurs asiatiques et européens. Selon le rapport « Africa Industrialization Index 2025 » de la BAD, présenté lors de ses assemblées annuelles à Brazzaville fin mai dernier, seules 15 % des ZES africaines fonctionnent à pleine capacité.
Pour la BAD, le problème est structurel. La plupart des ZES ont été pensées comme des vitrines fiscales pour attirer des capitaux étrangers (franchises douanières, exonérations d'impôts, formalités allégées), plutôt que comme des outils de transformation industrielle ancrés dans l'économie locale. Cette logique a produit des enclaves déconnectées du tissu productif national, incapables de stimuler les fournisseurs locaux ou de répondre à la demande intérieure. Les chiffres du commerce régional tendent à le confirmer. En 2025, et bien qu’en légère progression, seuls 14 % des biens intermédiaires exportés par les pays africains étaient destinés à d'autres marchés du continent, toujours selon des chiffres de l’Union africaine. Le reste partait vers l'Asie et l'Europe, souvent sous forme de matières peu transformées. Les ZES africaines exportent généralement ce que leurs voisins achètent à l'étranger.
À ces défauts de conception s'ajoutent des contraintes opérationnelles documentées. La BAD cite le coût élevé de l'énergie, les insuffisances logistiques et la fragilité des chaînes d'approvisionnement locales.
L'accès au crédit reste difficile pour les industriels africains, et les risques de change alourdissent le coût des échanges entre les pays. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé en 2025 sous l'impulsion d'Afreximbank, vise à réduire ces frictions financières, mais son impact réel doit encore se renforcer.
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Un frein supplémentaire tient à la structure même des zones. Près de 89% des ZES africaines sont multisectorielles, selon les enquêtes de la CNUCED. Elles accueillent tout type d'activité sans jamais atteindre la masse critique nécessaire pour qu'une filière devienne compétitive. Les rares réussites reposent toutes sur une spécialisation assumée : l'automobile et l'aéronautique au Maroc autour du complexe Tanger Med, le textile dans le parc industriel d'Hawassa en Éthiopie, la transformation du bois au Gabon.
De nombreux observateurs et rapports officiels partagent l’idée selon laquelle la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait changer la donne à condition que les ZES y soient connectées. La Banque mondiale estime que l'application complète de l'accord pourrait accroître de 109% les exportations intra-africaines, principalement dans les produits manufacturés. L'examen quinquennal du traité, engagé en 2025, doit notamment clarifier les règles d'origine applicables aux biens fabriqués dans les zones franches, afin qu'ils circulent sous régime préférentiel sur le marché continental, condition indispensable pour transformer les ZES en fournisseurs du marché africain plutôt que de simples plateformes d'exportation vers l'extérieur.
Pour la BAD, la priorité n'est plus de créer de nouvelles zones, mais de raccorder les 230 existantes aux stratégies industrielles nationales, de les spécialiser et de les intégrer aux chaînes d'approvisionnement régionales. Un continent qui importe 437 milliards de dollars de biens qu'il pourrait produire n'a pas besoin de davantage d'infrastructures. Il a besoin que celles dont il dispose déjà s’emploient à satisfaire sa demande.
Idriss Linge, Agence Ecofin
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