Les compagnies aériennes africaines ont les marges bénéficiaires les plus faibles du secteur, avec des coûts unitaires environ deux fois supérieurs à la moyenne mondiale.
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S'il présente des perspectives de croissance parmi les plus élevées au monde pour les prochaines décennies, le transport aérien africain continue d'être marqué par des coûts d’exploitation élevés, une faible rentabilité et des marchés fragmentés. A Rio de Janeiro, l’association qui réunit les transporteurs aériens a appelé les gouvernements du continent à réduire les taxes et à accélérer les réformes susceptibles de renforcer sa compétitivité.
L’Afrique présente l’un des plus importants potentiels de croissance dans le transport aérien mondial, mais continue de faire face à des obstacles structurels qui limitent son développement. C’est le constat dressé par Kamil Alawadhi, vice-président régional de l’Association du transport aérien international (IATA) pour l’Afrique et le Moyen-Orient, lors d’un briefing organisé à Rio de Janeiro en marge de l’Assemblée générale annuelle de l’organisation.
Selon les projections présentées par l’IATA, le trafic passagers africain devrait croître de 3,6% en moyenne par an entre 2024 et 2050, soit le deuxième rythme le plus rapide au monde après l’Asie-Pacifique. Cette dynamique devrait être soutenue par la croissance démographique, l’urbanisation, l’essor des classes moyennes et les importants besoins de connectivité qui subsistent sur le continent.
« L’Afrique est une histoire de potentiel inexploité et d’opportunités », a résumé M. Alawadhi, tout en soulignant que la concrétisation de ce potentiel dépendra de la capacité des États et des acteurs du secteur à surmonter plusieurs contraintes persistantes.
Des coûts parmi les plus élevés au monde
Pour l’IATA, le principal frein à la compétitivité du transport aérien africain demeure sa grille de coûts. Les compagnies aériennes du continent affichent les marges bénéficiaires les plus faibles du secteur à l’échelle mondiale. Leurs coûts unitaires sont environ deux fois supérieurs à la moyenne mondiale, tandis que les marchés restent relativement petits et fragmentés, limitant les économies d’échelle.
Le carburant constitue une autre source de pression. Selon les données présentées, son coût est en moyenne 17% plus élevé en Afrique que dans le reste du monde, et représente entre 30% et 40% des dépenses d’exploitation des transporteurs. À cela s’ajoute un parc d’avions plus ancien, de cinq ans en moyenne par rapport à la flotte mondiale, ce qui se traduit par des dépenses supplémentaires en maintenance et en consommation de carburant.
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L’organisation pointe également le poids de la fiscalité et des redevances. Les taxes et charges appliquées au secteur en Afrique sont environ 15 % supérieures à la moyenne mondiale, tandis que les taux d’imposition sur les sociétés atteignent en moyenne 28 %, soit les plus élevés parmi les grandes régions aériennes. Dans ce contexte, l’IATA a salué la décision prise par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) fin 2025, de réduire certaines taxes et redevances aériennes de 25 %. Cette mesure tarde encore néanmoins à être implémentée par tous les pays de cet espace.
Les fonds bloqués restent une préoccupation majeure
Autre sujet de préoccupation pour les transporteurs : les fonds bloqués chez certains Etats. Selon l’IATA, l’Afrique et le Moyen-Orient concentrent à eux seuls 740 millions USD (environ 642,4 millions d'euros) de recettes aériennes immobilisées, soit 98% du total mondial estimé à 756 millions USD (environ 656,3 millions d'euros). L’Algérie demeure le principal pays concerné avec 160 millions USD (environ 138,9 millions d'euros), devant le Liban (139 millions USD), le Mozambique (87 millions USD), l’Érythrée (78 millions USD), le Zimbabwe (65 millions USD) et l’Angola (43 millions USD).
L’organisation estime que ces restrictions compliquent la gestion financière des compagnies aériennes, perturbent les flux de trésorerie et peuvent affecter la connectivité aérienne, le tourisme ainsi que les investissements. Elle appelle les gouvernements concernés à faciliter l’accès aux devises et à simplifier les procédures de rapatriement des recettes.
Des signaux encourageants
Malgré ces défis, l’IATA estime que plusieurs évolutions récentes témoignent d’une dynamique positive sur le continent. Elle cite notamment les progrès réalisés en matière d’ouverture des visas. La République du Congo, le Togo et le Ghana ont récemment rejoint le Bénin, la Gambie, le Rwanda ou encore les Seychelles parmi les pays offrant un accès sans visa aux ressortissants africains. Selon l'organisation, cette tendance pourrait contribuer à renforcer la connectivité intra-africaine et à soutenir la croissance du trafic régional.
Le développement d'infrastructures constitue un autre motif d’optimisme. L’organisation met en avant le lancement de la construction du futur aéroport international de Bishoftu en Éthiopie, dont la capacité pourrait atteindre 60 millions de passagers par an dans une première phase, ainsi que l’extension en cours de l’aéroport Mohammed V de Casablanca dans le cadre de la stratégie marocaine « Airports 2030 ».
L’IATA voit aussi dans la transition énergétique une opportunité économique pour l'Afrique. Selon les estimations présentées à Rio, l’Afrique subsaharienne pourrait notamment fournir jusqu’à 106 millions de tonnes de matières premières destinées à la production de carburants durables d’aviation (SAF) d’ici à 2050.
Parallèlement, le continent pourrait mettre sur le marché jusqu’à 57,6 millions d’unités d’émissions éligibles dans le cadre du mécanisme CORSIA (Régime de compensation et de réduction du carbone pour l’aviation internationale) développé par l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale), ouvrant la voie à de nouvelles sources de financement climatique.
Un potentiel à transformer en résultats
Pour l’IATA, la croissance du trafic ne suffira toutefois pas à elle seule à garantir le développement du secteur. L’organisation appelle les gouvernements africains à considérer davantage l’aviation comme un levier de croissance économique, d’intégration régionale et de développement social, plutôt que comme une simple source de recettes fiscales.
Elle identifie quatre priorités : renforcer la sécurité aérienne, réduire les taxes et redevances, garantir un accès plus fluide aux devises pour les compagnies aériennes et poursuivre l’amélioration des infrastructures. Pour Kamil Alawadhi, la capacité du continent à lever ces obstacles déterminera sa faculté à transformer son potentiel de croissance en véritable moteur de développement économique.