Le 13 juin 2022 – trois mois et demi après le début de la guerre en Ukraine –, lors de l’inauguration du salon Eurosatory, c’est le choc. Le président de la République, friand d’expressions qui font le buzz, lance le fameux concept d’« économie de guerre » devant un parterre de généraux et d’industriels sidérés. « Nous entrons dans une économie de guerre, ce qui est un changement pour beaucoup d'entre nous », explique le chef de l’État tout juste réélu.
« Il a pris tout le monde de court et sans aucune concertation », grince un industriel agacé, résumant ce que pense tout bas une très grande partie de l’auditoire. Mais Emmanuel Macron souhaitait bousculer le confort des industriels en leur demandant d’investir, pour produire plus et plus vite afin de réduire leurs délais de livraison. Car livrer plus vite est devenu, à partir de 2022, un atout crucial pour réussir à l’exportation.
Depuis, face à une industrie de l’armement par nature conservatrice, le ministère des Armées et son son bras armé, la Délégation générale de l’armement (DGA), ont dû se montrer persuasifs pour mettre en œuvre, dans la vraie vie, ce concept d’« économie de guerre » à la française. Surtout dans une France qui n’était pas en guerre en 2022 et qui ne l’est toujours pas en 2026.
En revanche, le pays est de plus en plus étranglé par une dette qui s’envole (3.500 milliards d’euros à fin 2025) au fur et à mesure des déficits publics annuels. « Il existe des situations dans lesquelles nous n’avons pas encore accéléré, parce que nous considérons que le risque reste trop important à ce stade », a rappelé à l’Assemblée nationale Philippe Duhamel, président du Comité défense du CIDEF et du GIFAS, deux organisations professionnelles.