Cannabis médical : l’Allemagne, nouvel eldorado pour le cannabis africain ?
Espoir Olodo, Agence Ecofin

Jeune plante de cannabis cultivée en serre
Photo DR
Espoir Olodo, Agence Ecofin

Jeune plante de cannabis cultivée en serre
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Le 28 septembre dernier, Cilo Cybin, entreprise sud-africaine spécialisée dans le cannabis, a annoncé avoir déposé une demande de certification aux normes de bonnes pratiques de fabrication (GMP) sur le marché de l’Union européenne (UE). Cette certification garantit que les produits sont fabriqués dans des conditions strictement contrôlées, hygiéniques et traçables.
Selon les déclarations de Gabriel Theron, CEO de Cilo Cybin, rapportées par le quotidien sud-africain Business Live, la société cible en priorité l’Allemagne, dans le cadre d’une stratégie d’expansion sur le Vieux Continent.
L’intérêt du groupe sud-africain pour l’Allemagne s’explique par le fort potentiel de ce marché. Les autorités allemandes ont non seulement simplifié la prescription et la délivrance du cannabis en pharmacie, mais elles ont aussi autorisé depuis avril 2024 la possession et la consommation personnelle pour les adultes, mettant fin à des décennies de restrictions sévères et de sanctions pénales pour usage limité.
Ces réformes ont donné un coup d’accélérateur à l’industrie locale du cannabis. Sur les 17 000 pharmacies du pays, environ 2 500 proposent désormais du cannabis médical, selon l’Association allemande des entreprises du cannabis (BvCW).
D’après les données du cabinet de conseil spécialisé dans les marchés légaux du cannabis, Prohibition Partners, le marché allemand de la substance — toutes utilisations confondues — était évalué à 866 millions de dollars en 2023 et devrait enregistrer une croissance annuelle moyenne proche de 25 % d’ici 2028.
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L’Allemagne s’impose ainsi comme le plus grand marché européen du cannabis, devant le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et les Pays-Bas. Face à ce potentiel, plusieurs entreprises sud-africaines ont déjà franchi le pas et y commercialisent leurs produits.
Selon le cabinet, l’Afrique du Sud a exporté 473 kg de cannabis médical vers l’Allemagne durant les neuf premiers mois de 2024, devenant ainsi le principal fournisseur africain du pays.
Aux côtés du Maroc, l’Afrique du Sud abrite l’une des industries du cannabis les plus dynamiques du continent. Toujours selon Prohibition Partners, le pays comptait en 2024 environ 70 installations dédiées à la culture et à l’exportation de cannabis médical.
Cependant, si le marché allemand représente une réelle opportunité, la concurrence y est particulièrement rude. En 2023, la majorité des importations allemandes provenaient du Canada (51,9 %), du Portugal (12,6 %) et des Pays-Bas (7,9 %).
Dans ce contexte, les producteurs sud-africains devront non seulement réduire leurs coûts de production, mais aussi s’aligner sur les prix et les standards de qualité exigés, tout en misant sur la traçabilité et la conformité réglementaire pour se démarquer.
Face à une explosion des importations de cannabis — en hausse de plus de 400 % au cours du premier semestre 2025 (passant de 19 à 80 tonnes) —, le gouvernement allemand a adopté début octobre un projet de loi visant à encadrer plus strictement la vente en ligne.
Ce texte introduit notamment l’obligation d’un contact direct entre le patient et le médecin pour toute prescription de cannabis. Il interdit la vente par correspondance et limite la distribution aux seules pharmacies physiques, afin de renforcer le suivi médical et le contrôle des consommateurs.
Approuvé en Conseil des ministres, le projet de loi doit encore être voté par le Parlement. Il marque ainsi les premiers ajustements réglementaires du pays depuis la légalisation de l’usage récréatif.
S’il vise à mieux encadrer la consommation et à endiguer les importations illégales, ce durcissement pourrait, selon plusieurs analystes, freiner la dynamique commerciale du marché, jusqu’ici portée par des canaux de distribution souples et numériques.
Avec la nécessité pour les patients de multiplier les consultations en personne, la demande intérieure pourrait ralentir, pesant sur la croissance du marché et sur les importations de cannabis médical. Comme leurs concurrents internationaux, les exportateurs sud-africains devront donc s’adapter à cette nouvelle configuration pour continuer à tirer parti de ce marché en mutation.
Espoir Olodo, Agence Ecofin
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