Chaînes de valeur industrielles : la solution du PDG de Neo Motors, pour une industrie inclusive en Afrique

Idriss Linge, Agence Ecofin

Nassim Belkhayat, cofondateur de Neo Motors.
DR

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Nassim Belkhayat, cofondateur de Neo Motors.
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Nassim Belkhayat, cofondateur de Neo Motors avec Mohamed Mehdi Bensaïd, aujourd’hui ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication au Maroc, a lancé, lors de l’Africa Investment Forum 2025, un plaidoyer en faveur de la création de fonds dédiés aux chaînes de valeur industrielles en Afrique. Selon lui, l’industrialisation du continent ne pourra progresser de manière inclusive que si des mécanismes financiers ciblés soutiennent les acteurs émergents, en particulier les PME industrielles et les entreprises intervenant aux maillons intermédiaires de la production.
Le patron de l'entreprise marocaine a rappelé que ces entreprises, essentielles au fonctionnement de toute chaîne industrielle, souffrent d’un déficit de liquidités opérationnelles, d’exigences de certification coûteuses et de délais de paiement qui freinent leur montée en puissance. Il estime que des instruments dédiés, combinant plusieurs mécanismes de financement, constitueraient un levier déterminant pour fluidifier l’ensemble de la production et démocratiser l’accès à l’industrie pour des promoteurs africains.
Ce plaidoyer s’enracine dans l’expérience de sa propre entreprise, Neo Motors, première marque automobile à capitaux nationaux au Maroc. Lancé en 2018 à partir d’une réflexion menée en 2017, le projet s’est développé au sein d’un écosystème automobile marocain structuré, avec la présence de grands groupes internationaux et de plus de 250 entreprises de composants. Aujourd’hui, ses promoteurs revendiquent de détenir toutes les certifications de conformité de production. Et pourtant, malgré ce cadre favorable, Belkhayat a évoqué les défis auxquels se heurtent les nouveaux entrants dans le secteur automobile.
Les fournisseurs dominants imposent des seuils de volume élevés, des certifications coûteuses et des conditions alignées sur les normes des multinationales.
Neo Motors a dû contourner ces contraintes en développant son propre châssis, conçu localement, et en s’appuyant sur un réseau de 43 fournisseurs marocains, ce qui lui a permis d’atteindre un taux d’intégration locale estimé à plus ou moins 65% selon les cas, avec un objectif de 75% pour l’électrique vers 2030.
À son lancement, l’entreprise avait annoncé un investissement initial de 156 millions de dirhams soit 15,6 millions d’euros pour son usine d’Aïn El Aouda, situé dans la région de la capitale marocaine, Rabat. En mai 2023, le projet a été distingué par le Wissam Al Kafaa Al Fikria, décerné par le roi Mohammed VI, pour sa contribution à l’innovation nationale. Elle a officiellement livré ses premiers véhicules en décembre 2023.
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Neo Motors prépare également la montée en cadence du modèle électrique Dial-E. Annoncé le 4 novembre dernier lors de la 3e Journée Nationale de l'Industrie, le modèle a été homologué en Europe en 2025 et vise une première commercialisation en 2026. Dans le même contexte, on apprend que Dislog Group, Buildings & Logistic Services et La Voie Express, trois filiales de H&S Invest Holding, ont passé des commandes cumulées de 50 véhicules de ce modèle, pour électrifier leurs flottes. Une initiative qui contribue à ancrer l’objectif de parvenir à une production-vente de plusieurs milliers de véhicules à partir de 2026
La réflexion de Nassim Belkhayat s’inscrit directement dans le thème central de la session consacrée aux PME, qui représentent près de 80% du tissu économique africain et jouent un rôle essentiel dans la création d’emplois, l’innovation et la production locale de valeur. Malgré cette importance, elles demeurent largement exclues des circuits financiers formels et des grands dialogues d’investissement.
L’accès au crédit reste limité, les exigences de garanties sont élevées, les systèmes de soutien public sont fragmentés et les faiblesses de gouvernance freinent l’investissement privé. À cela s’ajoutent une faible transparence financière et un manque de mécanismes efficaces de partage des risques, deux facteurs qui dissuadent les investisseurs internationaux de s’engager sur des segments perçus comme risqués.
Face à ces défis, plusieurs solutions alternatives ont été discutées au forum. Parmi elles, la titrisation, présentée par Adji Sokhna M’Baye, directrice générale de BOAD Titrisation, a été mise en avant comme un moyen de libérer le potentiel des ressources bancaires en transformant des portefeuilles de créances en instruments investissables.
Ce mécanisme permettrait de rediriger des liquidités vers le financement des PME, tout en améliorant la gestion du risque au sein du secteur bancaire. D’autres solutions ont été proposées par la Qatar Development Bank et l’agence qatarie de crédit export, qui offrent des lignes de financement structurées pour les PME, intégrant des volets de préparation, de déploiement et d’exécution afin d’accompagner les entreprises tout au long de leur cycle de financement.
La faisabilité d’un fonds dédié aux chaînes de valeur industrielles a également été abordée par l’Africa Finance Corporation. Son président, Samaila Zubairu, a rappelé des informations connues, qui indiquent que la mise en place d’un tel instrument n’était pas hors de portée.
Un rapport publié par son organisation en juillet dernier, rappelle l’existence de près de 4000 milliards de dollars de capitaux dormants à l’échelle africaine. Selon lui, ces ressources ne demandent qu’à être mobilisées à condition que des mécanismes de confiance, de transparence et de gouvernance appropriés soient instaurés pour orienter ces moyens vers les différents secteurs des économies africaines.
Les propos de Nassim Belkhayat, étayés par son expérience au Maroc, illustrent ainsi une conviction partagée par de nombreux participants : l’Afrique ne manque ni de talents ni de projets, mais d’outils financiers adaptés à la réalité des PME industrielles. Pour que l’industrialisation soit inclusive, il ne suffit pas d’attirer les grands projets ; il faut aussi soutenir les maillons intermédiaires, là où se créent les emplois, les compétences et la valeur ajoutée.
Dans cette perspective, le modèle marocain, avec ses zones industrielles intégrées, sa main-d’œuvre qualifiée et ses infrastructures logistiques, constitue une base solide, susceptible d’inspirer une stratégie continentale de co-industrialisation, capable de rendre l’économie africaine plus résiliente, plus accessible aux acteurs locaux et, par conséquent, plus autonome.
Idriss Linge, Agence Ecofin
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