Après un pic de trois ans, le reflux des cours du brut réduit la pression sur la BCE. La probabilité d'une hausse des taux avant l'été retombe à 50% avant la réunion du 19 mars.
Masood Aslami - unsplash
Après un pic de trois ans, les cours du brut refluent à la suite des déclarations de Donald Trump sur une fin de conflit imminente en Iran. Ce bol d’air sur le front de l’énergie réduit de moitié la probabilité d’un durcissement monétaire à Francfort dès le mois de juin.
Les informations à retenir
Quelles sont les conséquences de la volatilité du pétrole sur la politique de la BCE ?
La baisse de 8 % des cours du pétrole ce 10 mars réduit la pression inflationniste, ramenant à 50 % la probabilité d’une hausse des taux de la BCE cette année.
Les gouverneurs, dont François Villeroy de Galhau et Isabel Schnabel, prônent la prudence et le maintien du cap actuel tant que les anticipations d’inflation restent ancrées à 2 %.
L’institution attend la réunion du 19 mars pour évaluer si le choc énergétique lié au conflit en Iran est transitoire ou persistant.
Après avoir atteint lundi leur plus haut niveau depuis plus de trois ans, les cours du pétrole brut reculent de 8 % ce mardi. Ce retournement brutal fait suite aux annonces du président américain Donald Trump, qui a évoqué une issue rapide au conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. Cette détente relative sur l’approvisionnement redessine immédiatement les attentes de politique monétaire en zone euro.
La fin du consensus sur la stabilité des taux en 2026
Il y a encore 24 heures, les investisseurs pariaient massivement sur un relèvement des taux directeurs par la Banque centrale européenne (BCE) pour contrer l’inflation énergétique. La probabilité d’un tel mouvement d’ici à l’été, estimée comme quasi certaine lundi, est retombée à 50 %. Il s’agit toutefois d’une rupture avec le consensus de fin 2025-début 2026, qui tablait sur une stabilité absolue des taux tout au long de l’exercice 2026.
À Francfort, l’heure est à la temporisation. Gediminas Simkus, président de la Banque de Lituanie, résume ainsi l’instabilité ambiante :
« Si vous commencez à réfléchir à la politique monétaire le matin, vous risquez d’avoir une opinion très différente le soir venu. »
Pour l’heure, le banquier central appelle à « maintenir le cap », malgré les secousses géopolitiques en cours.
L’appel à la prudence des gouverneurs européens
La communication de l’institut monétaire se veut rassurante mais vigilante. Isabel Schnabel, membre du directoire et voix influente parmi les « faucons », avertit qu’il ne faut pas « baisser la garde ». Si elle juge la politique actuelle en « bonne position », elle souligne que la persistance du choc pétrolier pourrait altérer la trajectoire de l’inflation à un horizon de deux à trois ans.
« La récente flambée des prix de l’énergie rend la trajectoire de l’inflation plus incertaine », explique-t-elle.
Elle précise que l’enseignement des crises passées impose d’agir avec mesure. Un constat partagé par Madis Muller (Estonie), qui refuse toute décision hâtive avant de déterminer si la hausse des prix est transitoire, à l’instar des cycles précédents.
La réunion du 19 mars, pivot de la stratégie monétaire
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, se montre plus explicite : « Je ne vois pas aujourd’hui de raison pour laquelle nous devrions monter nos taux d’intérêt. »
Cette position est alignée avec celle de Luis de Guindos, vice-président de la BCE, pour qui le scénario de base reste celui d’un conflit de courte durée. Cependant, si les tensions devaient s’installer, le risque d’un dérapage des anticipations d’inflation redeviendrait une menace réelle.
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Pour Christine Lagarde, la présidente de l’institution, la flexibilité reste le maître-mot. Sans « rythme prédéfini », la BCE s’appuiera sur les nouvelles projections économiques attendues pour la réunion du 19 mars.
José Luis Escrivá (Espagne) juge d’ailleurs « très improbable » tout mouvement sur les taux lors de cette prochaine échéance, préférant surveiller les effets persistants de la crise sur les salaires et la dynamique sous-jacente des prix.
Une zone euro mieux armée qu’en 2022 face au choc énergétique
Joachim Nagel, président de la Bundesbank, tient à différencier la situation actuelle de la crise inflationniste de 2021-2022. À l’époque, la BCE sortait d’une phase d’assouplissement quantitatif (QE) massif. Aujourd’hui, les programmes d’achat d’actifs sont à l’arrêt et les taux ont déjà été ajustés lors du cycle de juin 2025.
Le système euro semble mieux armé pour absorber ce nouveau choc géopolitique, à condition que le reflux des cours pétroliers observé ce mardi se confirme dans la durée. La dépendance aux données, martelée par Olaf Sleijpen (Pays-Bas) et Martins Kazaks (Lettonie), demeure la seule boussole d’une institution qui refuse de céder à la panique des marchés.