Euro fort : la variable qui pourrait pousser la BCE à baisser ses taux

La présidente de la BCE, Christine Lagarde.
REUTERS - Jana Rodenbusch

La présidente de la BCE, Christine Lagarde.
REUTERS - Jana Rodenbusch
Comme cela était attendu, la BCE a décidé d’opter pour le statu quo sur les taux. Mais une problématique a taraudé les gouverneurs de l’institution lors de la réunion ce jeudi : la vigueur de l’euro, qui s’est fortement apprécié par rapport au dollar. La semaine dernière, la devise européenne a profité de l’incertitude causée par la politique de Donald Trump pour franchir le seuil de 1,20 dollar. Une première en quatre ans. Elle est revenue depuis à 1,18 dollar.
« Un euro plus fort pourrait faire baisser l'inflation au-delà des prévisions actuelles, tandis que des marchés financiers plus volatils et plus réticents au risque pourraient peser sur la demande et ainsi également faire baisser l'inflation », a averti Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE). L’inflation en zone euro est redescendue en dessous de la cible des 2 % de l’institution avec 1,7 % sur un an en janvier. Mais elle « devrait se stabiliser au niveau de son objectif à moyen terme », a assuré la BCE.
L’appréciation de l’euro face au dollar permet de donner plus de pouvoir d’achat aux Européens car les importations libellées en dollars reviennent moins chères aux ménages. Mais cette situation crée également des tensions désinflationnistes en Europe. Une désinflation peut conduire à une déflation (l’inverse de l’inflation) où le niveau général des prix baisse. Si les ménages retrouvent du pouvoir d’achat, la déflation participe à la baisse des salaires, des embauches et à l’augmentation du chômage. Un « piège » dont il est difficile de se sortir par la seule politique monétaire.
Rien d’étonnant à ce qu’au cours de la semaine plusieurs gouverneurs aient réagi pour calmer les marchés. L’euro est « un des éléments qui guidera notre politique monétaire et nos décisions sur les taux d'intérêt, tout au long des prochains mois », avait ainsi déclaré la semaine dernière le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Christine Lagarde a répété de son côté ce jeudi que le taux de change ne faisait pas partie des objectifs de la politique monétaire mais qu’il était une donnée à prendre en compte pour la croissance et l’inflation.
Par ailleurs, la vigueur de l’euro face au billet vert n’a pas les mêmes conséquences selon les pays. La France n’est pas particulièrement concernée, contrairement à l’Allemagne qui, elle, dépend en grande partie de ses exportations. C’est une « charge supplémentaire considérable pour l'industrie exportatrice », a indiqué Friedrich Merz, le chancelier allemand.
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

Si les tensions désinflationnistes sont trop importantes à cause de l’euro fort, la BCE pourrait agir. « Elle pourrait baisser ses taux encore une fois pour donner un coup de fouet aux économies, notamment française et allemande, et réduire la pression à la hausse sur l’euro », commente, à La Tribune, Alexandre Baradez, analyste chez IG. « En baissant les taux, la BCE rendrait l’actif en euros moins attractif et le dollar aurait alors tendance à se renforcer », complète-t-il. Jusqu’ici, la perspective d’une nouvelle baisse de taux cette année était peu anticipée par les investisseurs.