« Un décalage terrible » : en pleine canicule, la baisse du fonds vert ne passe pas auprès des élus locaux

Une personne marche sur le pont des Arts, à Paris, le 22 juin 2026, alors que la France est en pleine canicule.
REUTERS - Alice Sacco

Une personne marche sur le pont des Arts, à Paris, le 22 juin 2026, alors que la France est en pleine canicule.
REUTERS - Alice Sacco
La baisse du fonds vert pour le climat de l’État est-elle le symbole du retard du gouvernement sur l’adaptation climatique de la France ? Pour Jean-François Vigier, maire UDI de Bures-sur-Yvette, la réponse est clairement « oui ».
« Il y a un décalage terrible. Tout le monde parle de canicule en ce moment car on est en plein dedans », déplore à La Tribune celui qui est aussi coprésident de la commission « transition écologique » de l’Association des maires de France (AMF). « Pourtant, du côté du gouvernement, dès qu’il y a une économie à faire, on taille dans les ressources financières allouées à la transition écologique. Et les communes sont en première ligne ! »
Sur le fonds vert, lancé par l’ex-Première ministre Élisabeth Borne en 2023, les faits lui donnent raison. Initialement dotée d’un budget de 1,5 milliard d’euros, puis abondée jusqu’à 2,5 milliards, cette enveloppe d’investissement dédiée aux collectivités locales a été rabotée à 837 millions d’euros par le projet de loi de finances 2026.
Et le rabotage risque de continuer : afin de faire face aux conséquences économiques de la guerre en Iran, début juin, l’exécutif a indiqué envisager le gel de 3,2 milliards d’euros de crédits pour différents ministères ou dispositifs, dont 163 millions d’euros pour le Fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires (nom complet du fonds vert).
Derrière, des conséquences concrètes, selon l’édile essonnien : « On met en difficulté les collectivités qui avaient inclus la subvention du fonds vert dans le budget de cette année. Derrière, ce sont des projets qui ne se feront pas. » Comme, liste-t-il, l’isolation thermique d’un bâtiment public, la végétalisation d’une place pour créer un îlot de fraîcheur, ou encore le remplacement de l’éclairage public par des ampoules LED, plus économes en énergie.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Une situation d’autant plus problématique que les collectivités doivent légalement présenter un budget à l’équilibre entre dépenses et recettes, avec une capacité d’endettement très limitée. Ajoutée à cela, la suppression récente de certains dispositifs fiscaux, sources de recettes pour les communes, comme la taxe d’habitation, n’arrange pas la situation.
Sous la pression des élus locaux et des citoyens face à la canicule, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a reconnu lors des questions au Sénat mercredi dernier que les moyens alloués pour s’adapter au dérèglement climatique et aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes n’étaient « pas à la hauteur » et qu’il faudrait « augmenter les ressources ».
Mais la ministre a tenu à défendre les efforts déjà fournis, soit 1,7 milliard d’euros déjà consacrés à « des travaux liés aux questions d’adaptation » dans les territoires. Avec cette promesse : la moitié de l’enveloppe du Fonds vert sera consacrée à l’adaptation en 2026.
Monique Barbut a également rappelé que la France était dotée d’un « Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) » afin de se préparer à une hausse des températures de 4 °C en 2100. Au programme : la mise en place de 200 mesures concernant les logements, les exploitations agricoles ou encore les transports.
Au mois de mai, lors d’une précédente vague de chaleur qualifiée de « précoce » par Météo-France, le gouvernement Lecornu a été plusieurs fois critiqué par des élus de l’opposition, mais aussi par certains scientifiques et ONG, pour son « manque de préparation ».
Le sujet des logements « bouilloires thermiques » a une nouvelle fois été mis sur la table. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés, un tiers des logements sont concernés en France.
Si la baisse de l’enveloppe allouée à ce véhicule financier est autant déplorée par les élus locaux, c’est aussi parce que le dispositif fonctionne bien. Selon le dernier bilan du ministère de la Transition écologique, le Fonds vert a consommé « la quasi-intégralité de ses crédits disponibles au 31 décembre 2025 ». Soit 896 millions d’euros d’autorisations d’engagement (99,9 % de l’enveloppe) et 809 millions de crédits de paiement (99,6 %).
Au total, 5 590 projets locaux en ont bénéficié, dont 817 dédiés à la « renaturation des villes et villages », une des mesures les plus structurantes pour rafraîchir l’espace public. En outre, 1 233 projets de « rénovation énergétique des bâtiments publics locaux » ont bénéficié des deniers du Fonds vert.
Jean-François Vigier confirme bien l’utilité du dispositif, mais il estime que le problème est plus profond : « Les coupes dans ce fonds dédié aux collectivités en disent long sur les priorités politiques du gouvernement… C’est ça, le vrai problème. »
D’autant que les besoins d’investissement pour la transition climatique des collectivités sont colossaux. Selon l’Institut de l’économie pour le climat, d’ici à 2030, 19 milliards d’euros annuels sont nécessaires. Et cette enveloppe ne compte que les mesures d’atténuation, pas celles liées à l’adaptation.
Et le maire de Bures-sur-Yvette de conclure : « La transition climatique, on va la faire, c’est certain. Mais à ce rythme-là, on la fera dans… 25 ans. Si tel est le cas, il faut assumer de le dire aux habitants. Pas sûr qu’ils acceptent… »