Bottles of Volvic mineral water are displayed in a supermarket in Nice, France, January 9, 2023. REUTERS/Eric Gaillard - Bottles of Volvic mineral water in a supermarket in Nice - DANONE-PLASTIC/COMPLAINT
eg/ - REUTERS - ERIC GAILLARD
Huit marques emblématiques représentant 45% du marché (Badoit, Evian, Volvic...) se mobilisent pour défendre le « socle règlementaire strict » de l'appellation « eau minérale naturelle ». Une démarche qui vise à défendre leur réputation après les accusations de fraude contre Nestlé Waters, et qui désavoue la stratégie du producteur de Perrier et Vittel.
Dans l'industrie, la démarche est plutôt inédite. C'est pour le maintien de critères très exigeants, et contre leur assouplissement, que se mobilisent les producteurs de huit marques emblématiques d'eaux minérales naturelles, représentant 45% des volumes du marché: Badoit, Bonneval, Eau Neuve, Evian, Mont Roucous, Salvetat, Volvic et Wattwiller. Via leur syndicat, la Maison des eaux minérales naturelles (MEMN), ils lancent cette semaine une campagne publique pour défendre le « socle règlementaire strict » qui régit leur secteur. Elle sera massivement diffusée dans la presse quotidienne régionale ainsi que sur LinkedIn.
Une exigence de pureté à la source
La démarche vise à protéger la réputation de l'appellation, indirectement affectée depuis presque deux ans par les déboires de Nestlé Waters, dont une enquête journalistique et puis sénatoriale ont dévoilé des comportements frauduleux dans les sites de production français de Perrier, Vittel, Contrex et Hépar. « Après une année de questionnements pour la catégorie, cette prise de parole vise à rappeler une évidence : l’appellation 'eau minérale naturelle' ne coule pas de source. Elle est encadrée par des critères stricts définis par le Code de la santé publique », écrit la MEMN.
« Les eaux minérales naturelles sont telles car filtrées en profondeur par des roches issues d'une histoire géologique locale très spécifique, qui leur confèrent une composition et un goût propres. Les droits français et européen exigent en outre leur pureté à la source: qu'elles puissent être bues sans besoin de traitements dès qu'elles émergent », explique Cathy Le Hec, présidente de la MEMN et directrice des sources d'eaux minérales chez Danone Waters Europe. « Nous voulons que l'ensemble de ces critères soient maintenus et respectés lors des évaluations et des contrôles », plaide-t-elle.
La microfiltration autorisée dans des cas limités
Bien que Nestlé Waters ne soit jamais nommé, cette prise de position publique désavoue la stratégie adoptée par l'entreprise pour continuer d'utiliser l'appellation d'« eaux minérales naturelles » dans ses sites des Vosges et de Vergèze malgré le constat de problèmes d'impureté à la source. L'entreprise -qui ne fait plus partie de la MEMN depuis l'année dernière- a en effet remplacé des traitements interdits avec un « dispositif de microfiltration à 0.45 micron », qu'elle affirme être compatible avec la législation française et européenne. Elle espère qu'il lui permettra d'obtenir le renouvellement de son autorisation d’exploitation d’eau minérale naturelle par le Préfet du Gard, attendu avant la fin de l'année.
Le seuil de 0,45 micron pour la microfiltration est utilisé par d'autres sites, en France et dans l'Union européenne, mais il appartient en effet au préfet de confirmer dans son autorisation qu'il est conforme à la réglementation européenne. Or, « le droit européen et le Code de la Santé français envisagent la possibilité que le recours à la microfiltration soit autorisé seulement afin de retenir des éléments minéraux naturellement présents », rappelle Cathy Le Hec.
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
L'étiquetage des bouteilles en question
« Notre travail n'est pas seulement de mettre de l'eau minérale naturelle en bouteilles, mais surtout d'en protéger la pureté originelle, à tous les niveaux: sur le territoire de recharge de la nappe, dans son parcours souterrain, dans nos équipements », souligne la présidente de la MEMN.
« L'eau minérale, ça se mérite », résume-t-elle, tout en soulignant: « Nous sommes confiants dans notre capacité à continuer de le faire, malgré les défis du changement climatique et de la pollution, car c'est notre savoir-faire depuis longtemps ».
Les minéraliers de la MEMN se disent pour cette raison favorables à un renforcement de la clarté de l'étiquetage des eaux minérales naturelles. L'association de consommateurs UFC-Que Choisir a d'ailleurs demandé cette semaine au tribunal judiciaire de Nanterre le retrait temporaire des bouteilles Perrier, en considérant sa commercialisation en tant qu'« eau minérale naturelle » comme trompeuse.