Alors que le projet de loi d'urgence agricole arrive devant la commission mixte paritaire, l'ancienne ministre de la Santé et présidente du think tank Évidences, Agnès Buzyn, livre à La Tribune son analyse de la place de la science dans la décision publique. Elle appelle à une transparence totale des arbitrages politiques et défend avec force la rigueur de nos agences sanitaires face aux instrumentalisations de tous bords.
LA TRIBUNE – Vous défendez, via votre think tank Evidences, la valeur de la science dans la société et dans le débat politique. Cette question se révèle être centrale dans le cadre de l’examen du projet de loi d’urgence agricole par la Commission mixte paritaire (CMP), qui se réunit à partir de ce jeudi. Quelle est votre position ?
AGNES BUZYN - Je ne connais pas ce projet de loi dans tous ses détails. Mais chez Evidences, nous soutenons que, sur tout sujet à fort contenu scientifique, la décision publique doit s'appuyer sur la science, qui doit être mise à la disposition de tous de manière transparente.
Cela ne signifie néanmoins pas que la science impose la décision publique. Cette dernière repose sur un triptyque : ce que dit la science, ce qui est acceptable socialement et l’arbitrage politique entre les deux, qui doit tenir compte aussi d’autres impératifs (économiques, de souveraineté, etc.). Nous vivons dans un monde saturé de risques et nous ne pouvons pas choisir de n'en traiter que certains.
Dans les débats autour du projet de loi d’urgence agricole, la science est souvent citée, mais pour justifier des arguments opposés. Comment s’y retrouver ?
L’arbitrage politique se fait souvent dans un contexte d'incertitude, car la connaissance scientifique n'est pas toujours stabilisée, ce qui le rend encore plus difficile. La science est ainsi très souvent instrumentalisée par une partie ou l’autre, qui apportent au débat des études isolées servant leur point de vue.
Mais en France, nous pouvons nous référer à des agences dont l’expertise scientifique est très encadrée. Quand l’Anses rend un avis, il est le résultat d’une analyse de la totalité des études disponibles à un instant T, et du travail de nombreux experts totalement dénués de liens d'intérêt. Une étude brandie par les uns ou par les autres n'est absolument pas équivalente à l'avis d'une agence sanitaire.
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Le rôle de l’Anses est justement remis en cause par certains syndicats agricoles, et les agences de l’État sont parfois critiquées par des parlementaires voire par le gouvernement lui-même.