Riche en uranium, en lithium et en terres rares, la Namibie devient un territoire stratégique pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le pays cherche à attirer des investissements capables de soutenir son industrialisation.
Début juillet, lors de la visite d’État de la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah à Pékin, la Chine et la Namibie ont signé huit accords portant sur les minerais, l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, l’éducation et les technologies.
Les engagements annoncés prévoient notamment une coopération renforcée dans l’uranium, le lithium et les terres rares, avec un accent mis sur la transformation locale, le transfert de technologies et le développement des compétences. Cette évolution intervient alors que la Namibie occupe une place croissante dans les stratégies mondiales d’approvisionnement en matières premières. Déjà reconnue pour son uranium, elle attire désormais l’attention grâce à ses ressources en lithium, en terres rares et à son potentiel pétrolier.
Cette nouvelle phase de coopération répond aux intérêts des deux pays. La Namibie cherche à mieux valoriser ses ressources en développant des capacités industrielles locales, tandis que la Chine entend renforcer son accès à des matières premières devenues stratégiques pour plusieurs secteurs de son économie.
Une présence chinoise déjà ancrée dans le secteur minier
Le rapprochement sino-namibien ne commence pas avec les accords signés à Pékin. L’empire du Milieu a construit sa présence économique dans le pays principalement autour des métaux. Selon des données citées par l’American Enterprise Institute, les investissements chinois en Namibie atteignent environ 4,2 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros), essentiellement dans le secteur minier. Pékin est également devenu un partenaire commercial majeur de Windhoek. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la Chine absorbe environ un quart des exportations namibiennes.
L’uranium constitue le principal pilier de cette relation. Il représente près de 85 % des exportations namibiennes vers la Chine, selon les données du FMI. Les groupes chinois sont déjà présents dans cette filière, qui place la Namibie parmi les premiers producteurs mondiaux de ce minerai utilisé par l’industrie nucléaire.
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Le groupe public China National Nuclear Corporation (CNNC) détient par exemple, dans le pays, une participation majoritaire dans la mine de Rössing et 25% des parts de la mine de Langer Heinrich, exploitée par Paladin Energy. En février dernier, il a conclu un accord avec l’Australien Bannerman Energy pour créer une coentreprise sur le projet Etango. En dehors de CNNC, China General Nuclear Power Group (CGN), autre acteur majeur chinois du nucléaire, est également propriétaire, depuis 2012, de la mine namibienne de Husab.
Cette présence chinoise explique l’intérêt croissant de Pékin pour les autres ressources du pays. La Namibie dispose également de gisements de lithium et de terres rares, deux catégories de minerais devenues essentielles pour les batteries, les véhicules électriques, les énergies renouvelables et plusieurs technologies avancées.
La visite de la présidente namibienne auprès de China General Nuclear Power Group illustre cette volonté d’élargir la coopération au-delà de l’exploitation minière, vers la valorisation des ressources et le développement des compétences.
Exportation de matières premières et création de valeur locale
La coopération annoncée avec la Chine insiste sur la transformation locale, le transfert de technologies et la formation. Une orientation qui s’inscrit dans une dynamique plus large en Afrique, où plusieurs pays cherchent à dépasser un modèle fondé sur l’exportation de ressources brutes. La Namibie a déjà engagé cette évolution dans le lithium. Depuis 2023, le pays interdit l’exportation de minerai brut afin d’encourager le développement d’activités de transformation sur place.
Le défi pour le pays africain sera désormais de transformer les engagements annoncés en investissements productifs. Le développement d’infrastructures, la formation d’une main-d’œuvre qualifiée et la création d’unités de transformation seront les principaux critères permettant d’évaluer les retombées économiques du partenariat.