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Energie et IndustrieEnergie

Photovoltaïque résidentiel : pourquoi l'entreprise JPME est dans le viseur de la justice

Photo de Cécile Chaigneau

Cecile CHAIGNEAU

Publié le 22 septembre 2025 à 09:25 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:19

La société JPME est sous surveillance pour ne pas avoir payés bon nombre de clients auxquels elle a racheté l'électricité photovoltaïque produite sur leur toiture et non auto-consommée.

La société JPME est sous surveillance pour ne pas avoir payés bon nombre de clients auxquels elle a racheté l'électricité photovoltaïque produite sur leur toiture et non auto-consommée.

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JPME, qui propose à ses clients d’acheter l’électricité produite par leurs panneaux photovoltaïques lorsqu’elle n’est pas autoconsommée et qu’elle est injectée sur le réseau, est dans l’œil du cyclone. Alors que les pouvoirs publics ont été alertés sur de nombreux impayés, le Médiateur national de l’énergie a saisi le Procureur de la République de Montpellier cet été.

Cet article a donné lieu à un droit de réponse (lire à la fin de l’article)

Le risque d’arnaques dans le secteur du photovoltaïque résidentiel est réel : promesses de rendements irréalistes ou d’aides inexistantes, usurpation du nom d’EDF ou de l’Ademe pour inspirer confiance, usage abusif du label RGE (reconnu garant de l’environnement), installations non conformes… Le Médiateur national de l’énergie Olivier Challan Belval n’a pas vocation à traiter tous ces sujets mais confirme : « Oui, il y a encore globalement beaucoup de litiges dans les énergies renouvelables et la baisse des tarifs de rachat de l’électricité sur le photovoltaïque résidentiel (en mars 2025, passés de à 12,7 à 4 centimes euros/kilowattheures, NDLR) est une nouvelle porte ouverte à ces abus ».

C’est ainsi que le Médiateur de l’énergie a reçu de nombreuses plaintes de la part de clients de la société JPME pour de nombreux et récurrents impayés. Créée à Bordeaux et délocalisée un temps près de Montpellier, JPME est basée à Paris depuis fin 2024 et son actionnaire majoritaire est Charles David Ohayon, fils de l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon. Elle propose à ses clients d’acheter l’électricité produite par leurs panneaux photovoltaïques lorsqu’elle n’est pas autoconsommée et qu’elle est injectée sur le réseau. Problème : un bon nombre d’entre eux ne sont pas payés.

Cet été, le Médiateur de l'énergie a saisi le Procureur de la République de Montpellier pour ces mauvaises pratiques. Il faut dire qu’il a enregistré 188 saisines contre JPME en 2024 et 408 depuis le 1er janvier 2025. Face à l’inertie de JPME, Olivier Challan Belval avait, dès septembre 2024, alerté les pouvoirs publics sur ses pratiques douteuses : la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), la Commission de régulation de l’énergie (CRE) et la direction de l’énergie et du climat (DGEC).

« Une pratique institutionnalisée »

Les faits sont considérés suffisamment préoccupants dans le contexte d’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité et du gaz. André Joffre, président du pôle de compétitivité Derbi (transition énergétique) et dirigeant du bureau d’études Tecsol (spécialisé dans l’énergie solaire), avoue ne pas connaître JPME mais analyse en effet, que « dans le contexte de libéralisation totale du marché, c’est compliqué car on ne sait pas ce que vont faire les prix… Beaucoup d’entreprises se sont montées pour vendre de l’électricité sur les marchés : ça va bien quand les prix sont élevés mais quand ils sont bas, cela suppose d’avoir des moyens pour stocker et vendre à des moments où les tarifs sont intéressants ».

« Il ne s’agit pas seulement d’éventuelles difficultés de trésorerie ou de gestion de l’entreprise : derrière, il y a tout un système qui me semble constituer des faits délictueux, estime Olivier Challan Belval. La directrice générale de JPME Sophie Bressol (qui a pris cette fonction en décembre 2024, NDLR) plaide avoir hérité d’une équipe pas sérieuse dans laquelle le ménage a été fait. Mais l’absence de paiement est à ce point systématique que ceux pour lesquels l’injection avait été réglée en 2023, à l’issue d’une médiation laborieuse, se retournent aujourd’hui vers la médiation pour être payés de leur production injectée en 2024. On est sur une pratique institutionnalisée. »

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Et il assure qu’il n’a pas connaissance par ailleurs de tels retards de paiement dans d’autres entreprises du secteur comme Urban Solar Energy, MyLight, Ekwateur ou Octopus Energy.

« Début 2024, nous avons été saisis par des adhérents car JPME ne payait pas, raconte Joël Mercy, le président de l’association GPPEP (groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque, près de 15 000 membres) qui apporte un soutien aux victimes d’arnaques dans le secteur. Les clients sont liés pendant un an avec renouvellement tacite, et les impayés peuvent représenter entre 400 à 600 euros par an pour chacun d’eux… JPME a fini par payer les clients adhérents du GPPEP en priorité et les autres sont restés le bec dans l’eau ! Plus de 600 personnes nous ont demandé de l’aide. »

La DGEC saisie

La boucle est bouclée. Trop, c’est trop. En novembre 2024, Olivier Challan Belval avait d’ailleurs saisi la DGEC d’une demande de retrait de l’autorisation d’achat pour revente d’électricité accordée à JPME. Interrogée par la rédaction sur les suites de cette procédure, la DGEC renvoie vers le bureau de presse de Bercy qui répond ne pas commenter les procédures en cours…

« En parallèle de l’action du Médiateur, six procédures judiciaires ont été diligentées au tribunal de Montpellier et Paris, on en a gagné certaines et d’autres sont encore en cours », ajoute Joël Mercy.

Dans son courrier au Procureur de la République, que La Tribune a consulté, le Médiateur de l’énergie évoque un service clientèle défaillant et quasi injoignable. De son côté, l’entreprise (25 salariés) assure que tout rentre dans l'ordre. Sophie Bressol, qui concède « de l’amateurisme », plaide une situation passée en cours de résolution : « C’était le choix de l’ancienne direction de séparer les contrats de rachat et les contrats de fourniture d’électricité pour ne garder que le rachat, et ils n’ont pas anticipé les remous sur les marchés, d’où les difficultés. Depuis ma prise de fonction, j’ai retourné le business model et désormais, on ne fait plus de développement sur le photovoltaïque résidentiel, on travaille en B2B sur la fourniture d’électricité avec une technologie batterie, soit 12 à 14 millions de chiffre d’affaires ».

« Le passif sera réglé fin 2025 »

En juin dernier, l’entreprise a adressé une lettre ouverte aux clients promettant une reprise en main. Sophie Bressol enfonce le clou : « L’objectif est de sortir de la crise des anciens contrats, nous avons d’ailleurs aujourd’hui un service clients, et JPME est désormais responsable d’équilibre, ce qui nous permet d’avoir une meilleure visibilité… Le passif sera réglé fin 2025 ».

Pourtant, le Médiateur de l'énergie dit recevoir encore des plaintes et la saisie du Procureur est « une façon de tirer le signal d’alarme ». Début septembre, le site fournisseurs-electricite.com faisait encore état d’une note de 1,5/5 d’après quelque 900 avis clients : « Ils déplorent principalement les importants retards de paiement, notamment sur le rachat du surplus photovoltaïque, ainsi que l'absence ou l’inefficacité du service client. La récente restructuration de l’entreprise est mentionnée mais n’a pas, à ce jour, apaisé la majorité des insatisfactions ».

Sophie Bressol répond qu’« on ne sort pas des avis négatifs du jour au lendemain et aujourd’hui, il n’y a plus qu’une quinzaine de saisines par mois ». La procédure en cours auprès de la DGEC reste « une épée de Damoclès » mais la dirigeante assure être « en discussion avec la DGEC ».

La saisie du Procureur de la République pourrait déboucher sur une procédure au tribunal correctionnel de Montpellier pour l’entreprise en tant que personne morale mais aussi pour les dirigeants. Un risque réputationnel supplémentaire.

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Droit de réponse de Thierry Clément (adressé à La Tribune le 24 septembre 2025) : Monsieur Thierry Clément, ancien directeur général de JPME révoqué en mai 2023, répond aux accusations formulées par l’actuelle direction du groupe, en particulier par Madame Bressol qui lui impute, en substance, la responsabilité des impayés subis par les clients du groupe JPME. Il entend préciser que sa révocation relevait uniquement d’un conflit d’actionnaires d’ordre purement pécuniaire avec le repreneur, Monsieur Charles-David Ohayon, et non de fautes de gestion. Que la justice a confirmé en juillet 2024 que cette révocation était intervenue « sans juste motif », décision devenue définitive. Et que les tentatives de l’actuelle direction de l’accuser visent, selon lui, à détourner l’attention de leurs propres dysfonctionnements. Monsieur Thierry Clément exprime sa condamnation ferme des impayés qui affectent les clients de JPME. Au vu du modèle de fonctionnement de l’activité du groupe, qu’il connaît parfaitement, il s'étonne que JPME ne remplisse pas ses obligations contractuelles en ne reversant pas à ses clients les sommes préalablement perçues, comme cela a toujours été le cas sous sa direction. Il affirme par ailleurs rester pleinement mobilisé aux côtés des clients et des autorités pour contribuer à faire toute la lumière sur cette affaire.

Cecile CHAIGNEAU

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