Europe, Golfe : Air France-KLM veut se renforcer et rééquilibrer la concurrence

L'intervention de Ben Smith au Paris Air Forum 2026, le 12 juin.
JB Héguy/LT

L'intervention de Ben Smith au Paris Air Forum 2026, le 12 juin.
JB Héguy/LT
C’est avec un grand calme, mais un ton ferme et offensif, que Benjamin Smith, directeur général d’Air France-KLM, s’est livré au rendez-vous désormais traditionnel du face-à-face lors du Paris Air Forum qui s’est tenu le 12 juin. Le patron du groupe franco-néerlandais a tenu à réaffirmer ses vues sur TAP Air Portugal et sur la prise de participation majoritaire dans SAS, mais a écarté une action en direction d’EasyJet.
« Le continent ibérique est très stratégique, géographiquement très orienté vers l’Amérique latine. Il n’y a que deux hubs sur la péninsule ibérique, Madrid, qui est contrôlé par IAG via Iberia, et Lisbonne. C’est le hub de TAP, qui a un réseau très important sur les liaisons sud-américaine. Si cette dernière fait partie de Star Alliance, elle est toujours indépendante. C’est très important pour nous que nous soyons le groupe qui puisse prendre pied à Lisbonne, via le rachat de TAP », réaffirme Benjamin Smith.
« Le fonds d’investissment Castlelake est un partenaire très important, avec qui nous avons pris 19 % dans le capital de SAS, et nous avons toujours la volonté de prendre une participation majoritaire dans la compagnie scandinave, précise-t-il. Une opération que nous espérons d’ici la fin de l’année, si nous avons l’approbation réglementaire de la Commission européenne. En revanche, nous n’avons aucune discussion avec Castlelake concertant une éventuelle reprise du capital d’Easyjet ».
Cette consolidation est essentielle pour Air France-KLM, alors que le conflit en Iran met à mal les trésoreries des compagnies aériennes, désormais à la recherche de nouveaux leviers de croissance. Mais dans ces conditions perturbées et encore plus dures qu’habituellement, le patron d’Air France-KLM réclame de l’équité.
« Les compagnies du Golfe ont pour objectif d’avoir le plus grand nombre de liaisons en correspondance via leur hub. Comme elles ont de très petits marchés intérieurs, elles ont besoin de voyageurs, provenant d’autres pays. C’est pourquoi il y a eu le développement de ces énormes hubs au Moyen-Orient, avec Emirates, Qatar Airways et Etihad Airways », explique Benjamin Smith. « C’est un business model très efficace, mais elles captent du trafic européen d’une manière qui nous est difficile à concurrencer », regrette-t-il.
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La crise en Iran a aussi pu montrer qu’une grande partie des capacités mondiales en sièges étaient justement très fortement contrôlées par les compagnies du Golfe. Quand, au début de la guerre en Iran, ces compagnies ont du être forcées de réduire leurs liaisons, cela a créé un vrai manque de capacités et les compagnies européennes doivent maintenant se réveiller par rapport à cette « Golfe-dépendance ».
« Nous ne demandons aucune protection particulière. Mais nous sommes dans un monde de concurrence globalisée. Nous attendons que chacun joue avec les mêmes règles. Si par exemple une personne est basée à Nice et veut voler jusqu’à Tokyo, elle sera obligée de passer par une correspondance. Si la connexion se fait par un aéroport européen, il y a d’abord l’ETS environnemental à payer qui s’applique à tous les vols intra-européens, énumère le directeur général d’Air France-KLM. Sur la partie vers Tokyo, il y a un surcoût lié à l’obligation d’emport d’une partie du carburant en SAF (carburant d’aviation durable). Si la correspondance se fait via un aéroport hors de l’Union Européenne comme Dubaï, la taxe ETS ne s’applique pas. Le surcoût SAF s’applique sur la première partie du vol mais pas sur la deuxième. Il n’y a donc des coûts supplémentaires pour nous, que les transporteurs du Golfe n’ont pas à supporter. »
Avant de compléter : « Il faut aussi préciser que les gouvernements qui sont derrière ces compagnies les soutiennent énormément, leur construisant des aéroports fantastiques, sans couvre-feu, avec des charges et des taxes qui sont extrêmement basses. Le directeur général du groupe ADP n’a pas du tout le même soutien de l’État français, comparativement à celui que Dubaï a de la part de son gouvernement. Si nous n’avions pas ce "mur de concurrence" vers l’est de l’Europe et le Golfe, nous pourrions proposer beaucoup plus de vols directs vers les régions au-delà du Moyen-Orient », déplore Ben Smith.
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