L'Europe spatiale peut-elle rester en Ligue des champions ?

Le Paris Air Forum était organisé par La Tribune ce 12 juin.
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Le Paris Air Forum était organisé par La Tribune ce 12 juin.
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Évidemment, l'introduction en Bourse de SpaceX était dans tous les esprits lors de la table ronde organisée dans le cadre du Paris Air Forum de La Tribune sur la course spatiale mondiale, le 12 juin. Mais si cette énorme opération affirme la suprématie américaine, elle peut aussi servir de catalyseur pour l'Europe.
Acteur de premier plan jusqu'à il y a peu, avec des programmes tels qu'Ariane, Galileo ou Copernicus, le Vieux Continent est à la peine aujourd'hui. Question de moyens financiers, face à la puissance de feu des États-Unis et de la Chine, mais aussi question de mauvaise entente entre partenaires souverains… Il est temps de se ressaisir, de s'appuyer sur son excellence et de bâtir de nouveaux partenariats techniques si l'Europe veut rester en Ligue des champions et conserver sa souveraineté.
Les recettes de base sont connues : elles passent d'abord par une vraie prise de conscience des enjeux, souhaitée par François Jacq, PDG du CNES. Ensuite, par une plus grande agilité – prônée par la générale Eva Portier, adjointe Espace du délégué général pour l'armement au ministère des Armées – et enfin, par une ambition forte de concrétiser les projets déjà initiés, bref, de « délivrer », selon la formule de David Cavaillolès, président exécutif d'Arianespace.
Certes, mais cela suffira-t-il pour que l'Europe soit « pilote » plutôt que « simple passager » à l'avenir ?, se demande Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space, faisant une comparaison avec la prochaine mission, en 2027, de Thomas Pesquet, « dans un programme totalement américain », précise-t-il.
Sans doute pas... Les finances européennes sont contraintes, mais « cet écart avec les États-Unis et la Chine nous oblige à être plus efficaces dans les domaines choisis, afin d'obtenir le plus grand effet de levier possible. Les grands axes sont identifiés, il suffit d'éviter les dispersions, voire le saupoudrage », assure la générale Eva Portier.
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Les grands axes stratégiques peuvent cependant évoluer, ne serait-ce que pour inclure davantage d'intelligence artificielle (IA) à mesure qu'elle se déploie. De quoi, selon Eva Portier, « repenser les satellites et modifier non seulement leur utilisation mais aussi la manière dont ils sont conçus ». Une vision qui doit inclure les traitements IA à bord des satellites mais aussi « la reuse (réutilisation) des engins », abonde Alain Fauré, président Airbus Defence and Space SAS et vice-président exécutif de Space Systems.
Sans oublier « une mise à l'échelle, avec de forts volumes, de préférence dans des usines en France », ajoute-t-il. Autant dire que l'Europe doit massifier la production. Bien sûr, s'il s'agit de lancer des milliers de satellites, l'Europe pourrait, une fois encore, se heurter à ses capacités limitées d'investissement, mais cette stratégie permettrait de nourrir la supply chain. « Fini le 'small is beautiful', déclare David Cavaillolès, d'Arianespace. La réponse aux défis européens passe par l'industrialisation. »
Au point que les industriels présents à la table ronde revendiquent d'être à la tête du mouvement. Si les États ont du mal à s'entendre du point de vue politique, les industriels, qu'ils soient français, allemands, italiens ou autres, ont, eux, des intérêts économiques en commun. À l'image du nouveau consortium entre Airbus Defence and Space et quatre partenaires allemands pour développer une solution satellitaire d'observation de la Terre et de renseignement, surveillance et reconnaissance (ISR). « Les Allemands ont de grandes ambitions, qui sont bien financées, relève à cet égard David Cavaillolès. Autant s'appuyer sur l'expertise française, quasiment unique au monde ! » Mais attention, cette nouvelle alliance doit se garder des tensions du passé. « Tout le monde doit être gagnant », précise ainsi François Jacq, du CNES.
Toujours est-il que, portés par une nouvelle dynamique, les industriels veulent désormais proposer des « partenariats qui font sens », estime Eva Portier, et qui seraient initiés par les industriels eux-mêmes, sans attendre les États… Pour ce faire, les industriels misent en particulier sur une coopération entre grands groupes et start-up, afin de profiter de l'agilité et de l'innovation de ces dernières. En outre, Airbus, Thales et Leonardo se sont alliés il y a quelques mois au sein d'une joint venture qui porte le nom de code « Bromo », visant à fusionner leurs activités dans les satellites et à tenter ainsi de contrer Starlink, de SpaceX.
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