La filière brassicole nage en eaux troubles. Certes, le marché de la bière en France s’est stabilisé en 2025 après deux années de repli, et la montée du sans-alcool (+11,5%) ouvre des perspectives. Mais dans le même temps, 209 brasseries ont mis la clé sous la porte, un nombre quasiment équivalent aux ouvertures (213). La période faste du début des années 2000, qui a vu le secteur français croître de façon spectaculaire, passant de 246 brasseurs en 2006 à 2 300 en 2023, est bel et bien close, fragilisée par la hausse des coûts de production, la baisse du pouvoir d’achat et le recul de la consommation d’alcool. Et le syndicat national des brasseries indépendantes de s’inquiéter. Selon lui, une structure sur cinq est menacée.
«Tout le monde ne pourra pas tenir, c’est une évidence. Le secteur est en train de muter et de se consolider autour d’un modèle qui évolue. On voit des microbrasseries se réunir en corporations, d’autres être rachetées par des distributeurs, des brasseries plus grandes, voire des coopératives céréalières qui créent ainsi leur offre », observe Edwards Dilly, directeur général associé de la Brasserie du Comté. Née en 2012 à Saint-Martin de Vésubie, dans les montagnes du Mercantour, elle fait partie de celles qui résistent à la tourmente. L’entreprise de 27 personnes a produit 8 000 hectolitres de bières et de soft en 2025, pour un chiffre d’affaires de 3,35 millions d’euros, en progression de 21% par rapport à l’exercice précédent, ventilé de manière équilibré entre les segments GMS (Grandes et moyennes surfaces) et CHR (Café Hôtel Restauration), à 44% chacun, et la vente en direct, à 12%. Elle prévoit de porter sa production à 10 000 hectolitres en 2026, pour un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros. « La bière artisanale arrive encore à tirer son épingle du jeu », constate-t-il.